
Le 27 mai dernier, le ministère des Affaires étrangères de la République Démocratique du Congo annonçait officiellement l’arrêt de la vente des formulaires pour les passeports actuels, dans le but d’introduire un nouveau passeport biométrique. Ce dernier est censé être plus sécurisé, conforme aux standards internationaux de l’OACI, et mieux protégé contre la fraude grâce à des technologies avancées. Mais à peine ce projet lancé, le processus suscite déjà de vives critiques internes.
Un lancement jugé opaque et précipité
Dans une lettre adressée à la ministre d’État, et transmise à la presse le mercredi 25 juin, le Banc syndical du Secrétariat général aux Affaires étrangères dénonce un processus non transparent, marqué par des irrégularités et une absence totale de concertation avec les services techniques, notamment la Direction de la Chancellerie et Litiges, habituellement chargée de la production des passeports. Le syndicat s’insurge également contre la manière dont la société allemande DERMALOG, partenaire du gouvernement pour ce nouveau système, a été imposée, sans implication des agents de l’administration.
Un projet mal exécuté, selon les syndicats
Deux audits menés par une commission ad hoc ont mis en évidence de sérieux manquements dans la mise en œuvre du partenariat avec DERMALOG: moins de 5 millions de dollars décaissés sur les 48 millions initialement prévus; très faible déploiement du matériel et des centres d’enrôlement dans les provinces; absence d’outils de production adaptés à la forte demande; manque de personnel formé aux nouveaux équipements et difficultés d’accès aux formulaires dans certaines zones du pays.
Une crise aggravée par le passif LOCOSÉM
À cela s’ajoute le passif non résolu du précédent système LOCOSÉM, avec plus de 100 000 passeports non produits, selon les syndicats. Cette situation restée sans réponse claire pourrait s’enliser davantage si des mesures urgentes ne sont pas prises.
Empiètement sur les fonctions régaliennes
Le syndicat dénonce également un incident survenu le 30 mai à la Cité de l’Union africaine: un agent de DERMALOG aurait capturé les données personnelles du Chef de l’État, en remplacement d’un fonctionnaire du ministère. Une démarche qualifiée d’empiètement grave sur les compétences de l’administration RD-congolaise.
Comptes exigés
En conclusion, le Banc syndical appelle les autorités à suspendre immédiatement le partenariat avec DERMALOG, et exige la revalorisation du rôle des agents publics dans la production des passeports. Il met en garde contre les conséquences d’un projet lancé dans la précipitation, mal adapté aux réalités du pays, et potentiellement dommageable pour la souveraineté nationale.
