Dossier à la UneEcofinHi-TechSociété

Quand l’usine d’assemblage se met en place à Maluku, les magasins de vente des smartphones Okapi, créés par le chercheur RD-congolais Mongu Bele, s’installent dans la ville de Kinshasa et dans les provinces

Le nom de Jean Mongu Bele est désormais synonyme de fierté technologique en Afrique. Âgé de 68 ans et professeur de renom à MIT à Cambridge, aux États-Unis, ce physicien RD-congolais a pour objectif d’impacter l’industrie mondiale de la téléphonie avec sa marque Okapi Mobile, qu’il a lancée en 2019 à Boston. Les smartphones Okapi se distinguent par leur robustesse et leurs performances exceptionnelles. «La batterie de nos téléphones dure deux fois plus longtemps que les autres marques de renom, et c’est moi qui l’ai conçue», déclare l’inventeur, soulignant ainsi l’ingéniosité de cette technologie de pointe qui positionne la marque RD-congolaise parmi les plus durables sur le marché global.

Les smartphones Okapi possèdent aussi des caractéristiques étonnantes. «Nos appareils peuvent être immergés dans l’eau pendant trois jours», affirme Jean Mongu Bele, rencontré dans sa résidence de Boston. Il précise également que «les appareils Okapi respectent des normes deux fois supérieures à celles des téléphones européens, ce qui leur confère une certification internationale». Une autre spécificité mentionnée par le créateur concerne la qualité sonore.

«Nos téléphones produisent des fréquences très puissantes, appréciées tout particulièrement par les Américains», indique-t-il.

En fait, les smartphones Okapi se vendent aux États-Unis, où ils sont brevetés, ce qui est rare parmi de nombreuses marques concurrentes de fabrication chinoise, notamment Tecno. Le smartphone Okapi est également résistant à la poussière. Il est équipé de la reconnaissance faciale et de la détection d’empreintes digitales. Pour Bele, le succès d’Okapi réside dans son authenticité et sa vision patriote: «Lorsque nous avons lancé l’entreprise, notre but n’était pas de me servir moi-même, mais de servir mes compatriotes. Les RD-Congolais doivent se reconnaître dans ce produit» À ce jour, plus de 400.000 produits Okapi ont été écoulés à travers le monde et 2500 emplois créés.

Une vision patriotique et économique

«Je vis aux États-Unis depuis 30 ans, et je me suis rendu compte que je n’avais jamais rien fait pour mon pays. C’est pour cela que j’ai choisi de créer une marque congolaise qui mette en valeur notre expertise», confie-t-il à Ouragan.cd, AfricaNews et Yabiso. En 2021, l’entreprise a réussi à vendre plus de 60 000 téléphones en République Démocratique du Congo. L’objectif était clair: bâtir une économie locale pérenne. «Nous avions ouvert 40 points de vente dans différentes provinces. Les Congolais achetaient nos produits, les revendaient et remportaient 15 % de bénéfice, alors que des marques comme Apple ou Samsung n’avaient que 5%. C’était notre manière de témoigner notre amour au peuple congolais», explique le professeur. Cependant, cette initiative n’a pas eu le succès escompté. «Nos compatriotes ont abusé de cette confiance. J’avais investi 2 millions de dollars, mais je n’ai récupéré que 20% des bénéfices», déplore-t-il. Malgré cet échec, Bele reste déterminé à poursuivre son rêve. Actuellement, Okapi se concentre sur son propre réseau de distribution. «Nous avons ouvert notre première boutique à Lemba, la deuxième à Masina, et la troisième sur l’avenue du Flambeau à Gombe», précise-t-il. Le siège technique de la marque est situé au collège Boboto, symbole d’excellence RD-congolaise.Le développement continue à travers le pays: Lubumbashi, Kolwezi, Kalemie, Mbandaka, et prochainement à Mbuji-Mayi, Kananga et Kisangani. «D’ici décembre, tous nos magasins Okapi seront opérationnels dans l’ensemble du pays», promet l’ingénieur. En ce qui concerne la reconnaissance de la marque, Jean Mongu Bele reste réaliste: «Nous devons encore affiner notre stratégie marketing. Si le téléphone Okapi n’est pas encore connu de tous, cela signifie simplement que nous devons améliorer notre communication». Il ajoute également que le rapport qualité-prix est un avantage significatif: «Nous proposons des téléphones à partir de 15 dollars, d’autres à 25 dollars, et notre modèle haut de gamme, comparable à l’iPhone, coûte 500 dollars. Nous souhaitons que toutes les catégories socio-économiques aient accès à la technologie».

Une innovation saluée à l’international

Le professeur ne se limite pas aux smartphones. «Nous fabriquons aussi des power banks, des chargeurs solaires et même des ordinateurs», partage-t-il. Parmi ses réalisations figure le premier ordinateur RD-congolais certifié à l’international, appelé Okapi Win8, proposé à partir de 269 dollars.

Le parcours de la marque Okapi Mobile a déjà impressionné les cercles européens. «Lors de la tournée de la directrice générale en avril dernier en Belgique, France, Angleterre et Suisse, le ministre allemand de l’Industrie a exprimé sa fierté pour notre innovation, saluant le fait qu’un produit africain ait obtenu une certification en Europe», raconte-t-il.

L’entreprise est maintenant en d’établir une usine d’assemblage en République Démocratique du Congo,  dans ses installations de Maluku, un projet qui pourrait créer jusqu’à 20 000 emplois. «Notre objectif est de connecter le monde avec une petite touche africaine et congolaise», résume Jean Mongu Bele. À ses côtés, son épouse Léa Bele, chercheuse haïtienne et directrice générale de l’entreprise, partage cette même ambition.

Né le 27 février 1957 à Bandundu, le professeur Mongu Bele a dédié sa carrière à la science, la technologie et l’innovation au service du développement en Afrique. Il s’assure également que l’origine et la traçabilité du coltan utilisé pour la fabrication des téléphones et ordinateurs Okapi soient respectées, afin de ne pas participer à l’exploitation des minerais de sang.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page