
À la suite des accusations formulées par l’Auditeur général des FARDC contre l’ancien Président Joseph Kabila devant la Haute cour militaire, il est évident que le débat dépasse le cadre strictement judiciaire, qui semble déjà perdu pour le clan Kabila. Afin de mettre la pression, les partisans de Kabila et leurs alliés se tournent désormais vers la scène politique pour intensifier les efforts visant à sauver leur leader des conséquences de la justice militaire. Engagés dans une bataille politique et identitaire aux implications vastes, Kabila peut encore compter sur sa base fidèle, notamment le Bloc katangais, sa région d’origine, pour contrer des adversaires qui espèrent que ce procès pourrait entacher son héritage.
Dans une déclaration publiée samedi depuis Ottawa, le Bloc katangais interpelle la communauté internationale afin de «montrer sa capacité à être juste et impartiale». À travers cet appel, le professeur Jean-Paul Mbuya Mutombo, président du Bloc katangais, cherche à rassembler le soutien pour cette cause, soulignant un combat pour les droits des Swahiliphones et des Katangais. «Il est impératif que la [Communauté internationale] comprenne que ce combat va au-delà des différences politiques et qu’il y a un risque d’embrasement dans une région clé du pays, avec toutes les conséquences que cela engendrerait pour sa population et pour l’unité nationale», peut-on lire dans cette déclaration.
Une «mise en scène» pour ternir la mémoire de Kabila
Ce groupe régional déclare que Kabila a subi depuis son départ du pouvoir en janvier 2019, à la fin de la première alternance pacifique du pays, des «persécutions, humiliations et dénigrements systématiques», tout en dénonçant le «silence complice de la Communauté internationale». Cette atitude contraste avec celle de la fin des années 2010, où elle se posait en tant que «gendarme masqué».
Parmi les persécutions, le professeur Jean-Paul Mbuya Mutombo mentionne le retrait de ses immunités d’ancien président, la dissolution de sa garde rapprochée, des perquisitions dans ses résidences, ainsi que la confiscation de ses biens familiaux. Cette accumulation de mesures justifie, selon lui, son choix de l’exil pour préserver sa sécurité.
Pour les Katangais, le procès actuel a l’odeur d’une «mise en scène destinée à dévaloriser la mémoire de Kabila et à marginaliser son soutien politique». Dans ce contexte tendu, le Bloc katangais accuse le régime de Félix Tshisekedi de mener une «guerre politique et identitaire» à l’encontre de l’ancien président. Ce procès pourrait même entériner la perte de nationalité de Joseph Kabila, mettant en cause son identité et sa filiation avec ses parents, Laurent Désiré Kabila et Sifa Mahanya. Ce que le Bloc katangais perçoit comme une humiliatioin, ne touche pas seulement Kabila, mais également tous les Katangais et Swahiliphones, représentant une entorse à l’histoire nationale.
Risque d’un «embrasement régional»
Profitant de cette occasion, le Bloc katangais a dénoncé un climat d’oppression et d’insécurité marqué par des assassinats ciblés, des disparitions, des arrestations arbitraires et des exils forcés. Il cite notamment la mort en détention du lieutenant-général Shabani Sikatenda, l’exil obligatoire de Moïse Katumbi après l’élection présidentielle de 2023, ainsi que l’enlèvement de l’ancien président de la CENI, Daniel Ngoy Mulunda.
Ces événements montrent, selon cette structure, une volonté délibérée d’affaiblir les élites katangaises et swahiliphones sur la scène nationale. En réaction à toutes ces difficultés, le Bloc katangais avertit d’un risque d’«embrasement régional», particulièrement dans le Katanga et le Kivu, deux régions riches en ressources et cruciales pour l’équilibre national. «Défendre Kabila, écrivent-ils, c’est défendre la mémoire du Katanga ainsi que l’âme de la République», prévient le Bloc, conscient des dangers d’une fracture durable qui pourrait compromettre l’unité nationale. Alors que la justice congolaise a clôturé ses plaidoiries et que l’issue du procès reste incertaine, la tension politique s’accroît visiblement.
À l’instar du Bloc katangais, de nombreuses organisations se sont élevées pour dénoncer le réquisitoire jugé excessif. «Le réquisitoire est sévère alors que les preuves présentées pour étayer ces accusations sont faibles et contestables», argumente Jean-Claude Katende, avocat et défenseur des droits humains. Le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, ainsi que le Cadre de concertation des forces politiques et sociales, et les défenseurs des droits de l’homme ont également exprimé leur désaccord face à l’utilisation jugée «abusive de la justice comme outil de répression et de persécution à l’encontre des opposants politiques».
Natine K.
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