
Après un weekend dans l’incertitude et une longue attente lundi, l’hôtel de ville de Kinshasa a décidé de ne pas instaurer la circulation alternée suivant les plaques d’immatriculation de véhicules. Cette mesure, proposée après une réunion de l’exécutif provincial, visait à «lutter contre les embouteillages et fluidifier la circulation routière à Kinshasa». Ce rétropédalage, annoncé mardi 20 mai, intervient après le tollé du weekend.
Selon un communiqué qui a fuité vendredi dernier et dont le contenu a été confirmé par le directeur de cabinet du gouverneur Bumba, les véhicules portant un dernier chiffre impair sur leur plaque d’immatriculation ne devraient circuler que les jours impairs, tandis que ceux portant un dernier chiffre pair devraient être autorisés à rouler les jours pairs. «Cette mesure ne s’applique pas le dimanche», précisait le document non signé dont l’authenticité était contestée dans l’opinion. Le lendemain, Isaac Mukendi, bourgmestre adjoint de la commune de Limete, a même qualifié le communiqué de «faux» avant la confirmation du chef de cabinet de Bumba.
«Le document relatif à la régulation de la circulation routière, actuellement partagé sur les réseaux sociaux, est authentique. Ce document constitue un projet de communiqué, issu d’une réunion présidée par le gouverneur. Cette réunion visait à apporter des solutions à court terme à la problématique des embouteillages, qui affectent la productivité de la ville. Malheureusement, ce document de travail a été diffusé de manière prématurée. La version définitive est en cours de finalisation et sera officiellement publiée le lundi 19 mai 2025», a signifié Israël Mutala, dans une mise au point signée samedi 18 mai dans la soirée. Suffisant pour nourrir la polémique et la contestation dans l’opinion.
Députés, opposants, acteurs de la Société civile…, les langues se sont vite déliées pour dénoncer un entorse à un des principes sacro-saints en démocratie: la libre circulation. Pour l’opposant Martin Fayulu, la solution passe plutôt par l’installation des feux de circulation fonctionnels, la formation des policiers disciplinés, la régulation de grands ronds-points et carrefours, la réhabilitation des infrastructures existantes, en plus de la construction de nouvelles, ainsi que la remise en service les lignes de train urbain. «Non, l’alternance des plaques paires et impaires n’est pas une politique, c’est un cache-misère. Il est temps de faire preuve de courage politique», a écrit Fayulu sur son compte X.
Restriction de la circulation des gros véhicules
Député national élu de Kinshasa, Ron Bimwala a préféré abonder sur le terrain du social. S’il est d’accord pour des solutions idoines au fléau des embouteillages à Kinshasa, il a, lui aussi, dit non à la mesure de circulation par plaques alternées dans le contexte actuel. «Imposer la circulation alternée selon les plaques paires et impaires, sans transports publics efficaces ni effectifs policiers suffisants pour en assurer le contrôle, c’est punir les plus vulnérables et miser sur une mesure vouée à l’échec. On ne règle pas une crise par l’improvisation», a-t-il prévenu.
Autre député national à railler la mesure de Bumba, c’est Tobie Kayumbi, initiateur d’un projet de révision du code de la route, introduit récemment à l’Assemblée nationale. L’élu du Kasaï Oriental a dénoncé une «mesure socialement injuste», rappelant que le Kinois «n’a pas deux véhicules pour alterner selon les jours». «Cette politique paires/impaires, c’est de l’improvisation sans alternatives. […] Gouverner, ce n’est pas punir, c’est anticiper», a-t-il fait constater.
En défenseur des droits humains, l’avocat Jean-Claude Katende a carrément prédit l’échec de cette mesure qui, selon lui, «ne peut réussir que dans le pays où le transport public est bien organisé et fonctionne normalement». Donc, pas à inshasa, une ville où «le transport public est inexistant» avec risque de «conduire à des troubles sociaux».
Alors que la ville a retenu son souffle dans l’attente de l’annonce officielle de ces nouvelles mesures, le gouvernement provincial a décidé de faire une courbe rentrante. Finalement, le ministre provincial des Transports et mobilité urbaine de la ville de Kinshasa, Bob Amisso, a annoncé, mardi 20 mai, via un communiqué, une seule mesure. À dater de ce mercredi 21 mai, une restriction des horaires va être imposée aux véhicules de vingt tonnes ou plus. «Les camions-remorques, camions de vingt tonnes ou plus transportant des matériaux de construction -ciment, fer à béton, cailloux, sable, bois, grumes, etc.- des boissons, ainsi que les véhicules de livraison sont autorisés à circuler, sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa, uniquement de 22h00 à 05h00», lit-on dans le communiqué.
Mort-née, la décision de circulation alternée des véhicules suivant le dernier chiffre de la plaque d’immatriculation a remis en avant l’épineuse question de réhabilitation de la voirie urbaine actuellement en état de délabrement très avancé alors qu’une précédente mesure d’alternance, créant des sens uniques à des heures de pointe, a également montré des limites entre fin 2024 et début 2025. En octobre 2024, Daniel Bumba avait promis de livrer 63 Kilomètres de routes en béton d’ici février 2025. Sept mois après et trois après l’expiration de l’échéance, les quelques chantiers ouverts ci et là dans la ville avancent à pas de tortue malgré le décaissement de plusieurs dizaines de millions de dollars. Le week-end dernier, le gouvernement central a payé 40 millions de dollars à l’OVD pour réhabiliter 30 km de routes délabrées dans la capitale, en plus de 115 kilomètres en cours de bétonnage également sur financement du gouvernement de la République.
WIDAL


