
La justice s’est auto-saisie de l’affaire des surfacturations présumées des forages et stations mobiles de traitement d’eau. Des sources judiciaires ont confirmé, jeudi 18 avril, l’ouverture d’une instruction par le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde. Le maitre de l’action publique a, dans la foulée, mandaté des équipes du Bureau technique de contrôle -BTC- pour une mission d’éclairage au siège du consortium Stever Construct-Sotrad Water. Par cette démarche, le chef des Parquets fouine. Il entend s’enquérir davantage de ce dossier explosif qui fait couler encre et salive depuis quelques semaines à Kinshasa. Les équipes déployées ont, entre autres, pour objectif de se faire communiquer les adresses où ont été installés et/ou construits, à travers le pays, les ouvrages vantés, en évaluer le coût au cas par cas, ou moyen dans l’ensemble, en commençant par la ville de Kinshasa.
Doublée d’un caractère «urgent», la mission confiée au BTC devra être ponctuée par un rapport pour chaque site, ville ou province. Ces forages, 1.000 ou 1.340, c’est selon, ont coûté 398 millions de dollars au Trésor public. Un montant exorbitant, selon des experts locaux qui ont exhalé un parfum de «prédation financière» dans ce contrat «léonin», signé par le ministère du Développement rural, sans passer par le Conseil des ministres.
Trois jours avant l’ouverture de cette instruction judiciaire au Parquet, l’ONG Association congolaise pour l’accès à la justice -ACAJ- avait déjà plaidé pour une enquête judiciaire crédible sur les conditions de passation et d’exécution de ces marchés publics. Dans une note adressée au PG Mvonde, ACAJ a jugé la situation «préoccupante», après avoir recueilli des «informations fiables et vérifiables» sur des «irrégularités dans le processus de passation des marchés, telles que des pratiques frauduleuses, des conflits d’intérêts ou un favoritisme flagrant».
ACAJ a également déploré un manque de transparence, d’intégrité et d’équité dans la passation desdits marchés. Pour voir clair, cette ONG appelait de tous ses vœux à l’ouverture d’une «enquête judiciaire approfondie» face à la «gravité de ces allégations». Avec cette enquête, la Société civile ne s’en cache pas. Elle espère voir cette battue aller à son terme afin de «rétablir la confiance de la population envers les institutions publiques et garantir que les fonds publics sont utilisés de manière juste et appropriée». Cela passe notamment par des «sanctions exemplaires» contre les «auteurs et complices» de cette prédation.
Comme ACAJ, deux autres structures de la Société civile, ODEP et LICOCO, avaient, dans un communiqué conjoint, invité les deux gestionnaires des sociétés concernées à «s’abstenir de gérer les fonds publics et d’empêcher la population d’accéder aux informations sur les deniers publics».
Également cité dans cette affaire, le ministère des Finances avait, dans un communiqué de presse, dénoncé des «informations non vérifiées», tout en reconnaissant la signature, le 21 avril 2021, de ce contrat par le ministère du Développement rural pour un coût global de plus de 398 millions de dollars, soit 398.982 dollars la station en moyenne. «Estimant que ce prix était très élevé, le ministre des Finances a demandé la révision à la baisse de ce coût unitaire», ont révélé les services du ministre Nicolas Kazadi qui avaient, par cette démarche, obtenu la majoration du nombre de stations de 1.000 à 1.340, soit un coût unitaire de 297.748 dollars américains. Une diminution 34% du coût initial qui semble cependant insuffisante aux yeux de observateurs et experts locaux, convaincus que la construction d’une station ne devrait pas atteindre ce montant record.
