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Octobre rose: les hôpitaux de Kinshasa pris d’assaut pour le dépistage

C’est un tueur silencieux qui ne prévient pas. Il s’installe, sans bruit. En ce mois d’Octobre rose, les hôpitaux de Kinshasa intensifient la sensibilisation au cancer du sein et du col de l’utérus. Du Centre hospitalier Lisungi et de La Sunamite à Mont-Ngafula, à Monkole 2 et à l’hôpital militaire du Camp Tshiatshi à Ngaliema, le message est identique: «Le dépistage précoce sauve des vies». Si la maladie reste une préoccupation majeure de santé publique -touchant près de 99% de femmes et 0,5 à 1% d’hommes- la grande nouveauté de 2026, c’est le financement du dépistage volontaire par le Gouvernement. Moyennant 2 dollars symboliques, les femmes peuvent désormais accéder à l’échographie, à la mammographie et au dépistage du col de l’utérus. Une mesure qui fait exploser la fréquentation et qui, selon les médecins, permet à 60% des femmes dépistées à temps d’éviter les complications graves. AfricaNews a fait le constat dans quatre structures: Lisungi, La Sunamite, Monkole 2 et l’hôpital militaire du Camp Tshiatshi.

Dans les couloirs du Centre hospitalier Lisungi, à la Cité Pumbu dans la commune de Mont-Ngafula, la file s’allonge depuis le début d’Octobre rose. Des femmes, de jeunes dames, parfois accompagnées de leur mère ou d’une amie, viennent poser la même question, simple et angoissante: «Docteur, est-ce normal?»

Ici, la lutte contre le cancer du sein ne se fait pas à coups de slogans, mais par un geste concret: la sensibilisation et le dépistage précoce. Sur le terrain, la réalité est crue. La prévention reste vitale mais encore mal comprise. Certaines femmes viennent par démarche volontaire, pour mieux connaître leur état de santé. D’autres arrivent inquiètes, après avoir observé un changement au niveau de leurs seins: une boule, une asymétrie, un écoulement. Cette démarche est déjà une victoire. Elle brise le tabou et rappelle l’importance de consulter dès qu’une anomalie apparaît. Selon le Dr Chic Mandala, médecin au Centre hospitalier Lisungi, le cancer du sein peut toucher toutes les catégories de femmes dès la puberté, mais le risque augmente avec l’âge. Or toutes les modifications ne signifient pas un cancer. Certaines boules peuvent être liées à des affections bénignes, comme des kystes ou des fibro-adénomes. Seul un examen médical permet de déterminer leur nature.

Le message des soignants est martelé: ne jamais négliger l’apparition d’une nouvelle boule, un changement de forme du sein, une modification du mamelon, un écoulement inhabituel, sanguinolent ou non, une rougeur, une inflammation, une douleur persistante ou un aspect de peau évoquant une peau d’orange. Parmi les points abordés figure l’auto-observation. Les femmes sont encouragées à mieux connaître leur corps afin de remarquer les changements inhabituels. Le tissu mammaire possède naturellement différentes structures qui varient avec les changements hormonaux. Mais une boule nouvelle ou une modification inhabituelle ne doit jamais être considérée comme normale. «Nous encourageons les femmes qui remarquent une anomalie à se rendre dans une structure sanitaire pour bénéficier d’une évaluation adaptée. Et le message est celui de ne pas se fier uniquement à ses propres observations pour conclure», insiste le Dr Chic Mandala.

Le dépistage ne consiste pas simplement à palper ses seins. Il s’agit d’une démarche médicale complète: examen clinique et, selon la situation, examens complémentaires prescrits comme une échographie mammaire ou une mammographie. Si Lisungi montre la voie, l’hôpital Monkole confirme la tendance et l’amplifie grâce à l’appui de l’État. Le samedi 17 octobre 2026, l’établissement a mené une vaste campagne de sensibilisation au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, avec un objectif identique: encourager à consulter pour favoriser la détection précoce.

La nouveauté, c’est l’affluence. Les informations recueillies sur le terrain font état d’une augmentation significative de la fréquentation par rapport aux années précédentes. La raison est clairement identifiée: le financement du dépistage volontaire par le Gouvernement. «À Monkole, le dépistage se fait désormais moyennant quelques frais symboliques grâce à la subvention publique. Une mesure qui lève une barrière financière majeure. La patiente ne paie que deux dollars», explique le médecin traitant.

Pour le cancer du sein, les examens complémentaires peuvent comprendre une échographie ou une mammographie. Pour le cancer du col de l’utérus, qui peut évoluer silencieusement pendant plusieurs années, des examens comme le frottis ou l’inspection visuelle à l’acide acétique peuvent être proposés. Les personnes souhaitant se faire dépister doivent s’enregistrer pour assurer le suivi. Il est conseillé aux femmes de 30 ans et plus de se faire dépister selon les recommandations.

«Une masse au niveau du sein ou sous l’aisselle, un changement de taille ou de forme, un écoulement mamelonnaire anormal, une modification de l’apparence du mamelon, une rougeur, une inflammation ou une douleur persistante, ce sont des signes qui doivent pousser à consulter», déclare le Dr Blanchard, médecin à l’hôpital militaire du Camp Tshiatshi. Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque: l’âge, les antécédents familiaux, la consommation d’alcool, le surpoids, l’obésité, le tabagisme, une vie sédentaire, particulièrement après la ménopause. Les notes du Camp Tshiatshi précisent qu’environ 80% des cancers du sein toucheraient des femmes ne présentant aucun autre facteur de risque que le sexe féminin et l’âge de plus de 40 ans. «Les mesures préventives recommandées sont notamment l’allaitement maternel, la pratique d’une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et la limitation de la consommation d’alcool», ajoute le Dr Doudou du Centre hospitalier La Sunamite. Selon les médecins des quatre hôpitaux, le traitement est plus efficace lorsqu’il est commencé tôt. Il varie selon le type et le stade: chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie ou autres traitements spécialisés. Les médecins insistent: les patientes doivent suivre les consignes de l’équipe médicale, respecter les rendez-vous et ne jamais interrompre leur traitement sur ordre non médical, ni le remplacer par des remèdes miracles. De Lisungi à Monkole en passant par La Sunamite et le Camp Tshiatshi, le message est le même. Grâce à l’engagement des hôpitaux et désormais au soutien financier de l’État qui subventionne le geste qui sauve, Octobre rose n’est plus seulement un mois de sensibilisation. C’est un mois d’action.

Syntiche KAZADI 
Delphine NGONGO
Divine IMPOTE
Divine TSHIKAJI
Victoria KAMBU

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