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Nicolas Kazadi: le record de recettes, l’échec de la dépense

Il voulait donner une leçon de soutenabilité. Il a reçu une leçon de faits. Le 2 septembre, invité dans un Space animé par Stanis Bujakera, Nicolas Kazadi juge «cher» le premier Eurobond congolais à 9%. Vendredi, il enfonce le clou sur X avec un long plaidoyer technique. Le problème n’est pas le taux. Le problème est qu’il vient de lui. Car jamais sous la IIIe République un ministre des Finances n’aura disposé d’autant. Entre 2021 et 2023, selon les données de la Banque Centrale, les ressources propres passent de 4 à près de 9 milliards de dollars. La dette, elle, passe de 3 à 12 milliards. Près de 14 milliards de marges nouvelles en trois ans. Pour quel bilan physique? «Quasi nul», selon plusieurs analystes consultés par AfricaNews. 

C’est tout le débat sur la qualité de la dépense. Deux réactions résument le climat sur la toile: L’opérateur économique Christian Zimamoto: «Attention à ne pas transformer un débat économique légitime en campagne de diabolisation de son successeur. L’accès de la République Démocratique du Congo aux marchés internationaux est aussi un instrument de diversification et un test de crédibilité. Le vrai débat n’est pas: dette commerciale = catastrophe. Il est: que fait-on de l’argent emprunté et quelle richesse va-t-il créer?»

Même son de cloche, plus sec, chez Youry Nawej: «Il se transforme en donneur de leçons après son mandat raté!»

Le PDL-145T, matrice du gâchis

Le Programme de Développement Local des 145 Territoires devait être la jambe sociale du quinquennat. Il en est devenu l’illustration la plus douloureuse. Près d’un milliard décaissé, selon des interlocuteurs, pour moins de 500 millions de réalisations tangibles à ce jour. Livré à seulement 30% en 2023, le programme symbolise un gaspillage flagrant, selon Valéry Madianga, chercheur au CREFDL: sur 511 millions de dollars décaissés, seuls 9 millions seraient retracés dans les comptes publics à l’époque. «Des chantiers à l’abandon, des équipements défectueux et des projets inadaptés», déplore le rapport publié par Madianga.

Le schéma est connu: des centaines de millions confiés à trois agences -BCECO, PNUD, CFEF- qui sous-traitent à leur tour à une myriade de prestataires dont beaucoup, selon nos sources, sont des entreprises nouvellement créées. Le montage rend le contrôle en temps réel difficile. L’IGF, qui a tenté de suivre les décaissements, n’a pu intervenir qu’a posteriori. Et «N’eût été le contrepoids de l’IGF, on aurait eu une mégestion roulante, comme des automobilistes sur huit bandes sans code de la route», résume un observateur des finances publiques.

Le Centre financier, 452 millions pour des bureaux financés à 11,12%

C’est pourtant le Centre financier de Kinshasa qui concentre toutes les contradictions de la période.

Budget initial: 200 millions de dollars. Avenant: 200 millions de plus. Soit 100% d’augmentation, en violation de la loi qui plafonne les avenants à 15%.

AfricaNews a consulté la note de la Direction Générale de la Dette Publique -DGDP- du 18 mai 2023. Elle détaille le financement que Nicolas Kazadi a lui-même fait contracter: 157,5 millions de dollars auprès de la TDB et de Frontera.

Coût: SOFR + 6,5%, soit 11,12% au moment de la signature, plus 2,5% de frais d’arrangement payés cash. Le SOFR, c’est le taux de référence du dollar qui a remplacé le Libor. C’est une dette à taux variable: quand le taux américain monte, la facture congolaise monte.

Maturité: quatre ans et demi dont un an et demi de grâce. Service: 8,7 millions d’intérêts par semestre pendant la grâce, puis 35 millions -capital et intérêts- dès que la grâce s’achève. Au total, 218 millions à rembourser pour 157,5 empruntés. Avec les avenants et les 52 millions d’intérêts, on arrive à 452 millions selon nos informations pour deux immeubles dont certains étages, selon nos constatations, n’auraient jamais été livrés à ce jour.

A comparer avec ce qu’il dénonce: un Eurobond à 9% fixe, sur dix à douze ans, avec 7 millions de service par semestre pour le même montant et un capital remboursé in fine.

En appliquant ses propres critères -coût, maturité, profil, risque de change- la dette qu’il qualifie de «chère» pour financer des routes et des barrages est moins onéreuse, plus longue et plus productive que celle qu’il a signée pour ses propres bureaux. «Des bureaux ne génèrent pas de devises. Une route, un barrage, une interconnexion, si. C’est la base de la soutenabilité», argumente-t-on. 

L’urgence sans l’urgence

La même logique se retrouve partout. L’Arena: 104 millions. Les 1.000 maisons de Mont-Ngafula: 59 millions décaissés il y a quatre ans, sans une clé remise à ce jour. Les 241 forages: 71 millions payés en urgence en 2022, jugés introuvables sur le terrain selon plusieurs rapports de contrôle. «Presque tous les projets ont été payés en urgence sans jamais être réalisés en urgence», concluent des analystes, affirmant que «c’est aussi à cette période que naît la dette commerciale chère que Kazadi dénonce aujourd’hui».  A les en croire, avant 2021, la République Démocratique n’avait quasiment pas de dette bancaire privée mais les facilités TDB/Frontera à 11% en sont l’acte de naissance. De même, l’envolée des bons du Trésor de 500 millions à plus de 3 milliards à 20-25% est la conséquence directe des déficits laissés malgré des recettes à 9 milliards: «aucun coussin n’a été constitué».

Comme le note un ancien conseiller du FMI à Kinshasa: «Le FMI classe la RDC en risque modéré et capacité faible depuis 2015. Sa recommandation est d’allonger la maturité et d’éviter la dette courte chère. Transformer de la dette intérieure à 25% sur un an et une dette TDB à 11% sur trois ans en un Eurobond à 9% sur dix ans pour des infrastructures, c’est exactement ce qu’il recommande».

Avancé par Kazadi, l’argument du revenu par habitant -649 dollars en République Démocratique du Congo contre 1.773 au Sénégal et 8.230 au Gabon- est juste. Sa conclusion est paradoxale. Si la surface budgétaire est de 90 dollars par habitant contre 360 à Dakar, comment justifier d’y consacrer 452 millions à du béton administratif?«Gouverner, c’est prévoir», écrit l’ancien ministre. Prévoir, c’était ne pas faire payer 35 millions tous les six mois au Trésor pour des bureaux quand on peut en payer 7 pour des infrastructures productives. C’est pour cela que les faits de gouvernance lui enlèvent aujourd’hui toute légitimité dans le débat sur la dette.

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