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Ngondankoy: comment le gardien des verrous constitutionnels est devenu serrurier en chef en 15 mois chrono

Il y a 15 mois, il brandissait la Constitution comme un bouclier. Aujourd’hui, il en fait un passe-partout. Bienvenue dans le grand écart du professeur Paul Gaspard Ngondankoy.

Décembre 2024: le catéchisme des intangibilités

Fin 2024. Plateau de Radio Okapi. Au micro de Jeff Ngoy. Ton grave, dos droit. Ngondankoy joue les pères la rigueur. Changer la Constitution? «Une fraude à la Constitution», lâche-t-il. L’article 220 est un mur. Le pouvoir constituant originaire, explique-t-il, «est au-dessus de toutes les institutions» et, une fois la Loi fondamentale votée, «se dépouille de son pouvoir». Le réveiller par référendum pour sauter les garde-fous? Suicide juridique.

«Le peuple est en dehors du cadre constitutionnel» et «dépouillé de son pouvoir», assène-t-il. Il ne peut être sollicité qu’en cas de vide constitutionnel, précise-t-il: coup d’État ou effondrement des institutions. Quant aux institutions issues de 2023, elles se mettraient «en impossibilité juridique d’exister». Le professeur prévient : «On ne peut jamais faire tabula rasa» des articles blindés. «Si on le fait […] on change l’identité de la Constitution et il y a des conséquences juridiques qui sont attachées à cela». Il ajoute: le peuple «s’est auto-limité à l’article 218 […] excluant lui-même par là certains articles qui ne peuvent faire l’objet d’aucun changement». À l’entendre, c’était de la physique nucléaire: propre, net, indiscutable. Les éléments sonores existent. Ils sont téléchargeables.

Juin 2026: le braconnage constitutionnel

Mi 2026. Space de Stanis Bujakera. Même costard, autre partition. Pas le professeur constitutionnaliste, mais le politique Ngondankoy. Le député national a découvert un truc : il y aurait deux peuples. Le gentil «peuple du dedans» de l’article 218, «lié par les conditions fixées aux articles 218 à 220 lorsqu’il est consulté par les pouvoirs constitués». Et le «peuple du dehors», version Hulk de l’article 5, «souverain, pouvoir constituant originaire», qui «peut faire et défaire la Constitution sans être tenu par des conditions de fond ou de forme». Les intangibilités de l’article 220? «Il n’est pas de bonne loi d’opposer au peuple lui-même les limites qui sont à ces articles-là», jure-t-il désormais. «Ces blindages ont été établis uniquement pour les pouvoirs constitués».

Le Président de la République? «Une sorte de monarque constitutionnel», «le seul qui assure la continuité de l’État en vertu de l’article 69». Il peut donc «seul convoquer le référendum et initier le changement de la Constitution», sans que cela constitue «une concentration de pouvoirs, mais l’exercice d’une fonction régalienne suprême».

Mieux: «Le Parlement a reçu délégation du souverain lui-même». Pour Ngondankoy, l’article 5 autorise «le législateur à créer une Assemblée constituante par simple loi sur le référendum, même si les articles 218 à 220 n’en font nulle mention». Ce qui s’appelait «fraude» en 2024 s’appelle «compétence de la compétence» en 2026. La sémantique, c’est fantastique.

Le malaise: l’auteur fait boxer ses propres thèses

Le souci n’est pas qu’un prof change d’avis. C’est qu’il organise lui-même le match entre ses démonstrations. En 2024 : le peuple «s’est auto-limité à l’article 218» et «ne pourrait intervenir qu’en cas de vide constitutionnel», soit coup d’État ou effondrement des institutions. En 2026: ce même peuple dispose de «la compétence de la compétence pour faire ou défaire la constitution», y compris «ses clauses d’éternité», sans condition. L’auteur se fait hara-kiri. Il fait boxer ses propres thèses. Une seule peut rester debout. Car si le peuple s’est dépouillé de son pouvoir en 2006, sauf cataclysme, il ne peut le récupérer en 2026 par simple invocation de l’article 5. «Tout pouvoir émane du peuple signifie que le peuple est compétent sur toutes les matières», dit-il aujourd’hui. Il disait hier que ce peuple s’était lui-même lié les mains, sauf coup d’État.

Et les institutions de 2023?

Étrange: en décembre 2024, Ngondankoy s’inquiétait du sort des institutions issues des élections de 2023. Un changement de Constitution les mettrait «en impossibilité juridique d’exister», alertait-il. En juin 2026, cette angoisse a disparu. Qu’est-ce qui s’est passé? À ses yeux, la Loi fondamentale qu’il défendait pour protéger le mandat des institutions, y compris son propre mandat de député, a cessé d’être un rempart. Mais c’est quoi donc sa nouvelle protection? C’est qui, ce nouveau puissant abri, plus fort que la Constitution? Réponse dans sa bouche: une Institution, le Président, «une sorte de monarque constitutionnel», «le seul qui assure la continuité de l’État». Le bouclier n’est plus le texte. C’est l’homme. Et le timing interpelle. Décembre 2024: le scientifique Ngondankoy fustige le projet de l’UDPS, «opposé à toute initiative de changement de Constitution, défendue bec et ongles par le parti au pouvoir». Juin 2026: le politique Ngondankoy livre une théorie juridique qui coïncide avec la ligne de l’UDPS sur les garde-fous. La coïncidence est troublante.

Verdict: zéro en cohérence  

Un constitutionnaliste qui invente un «peuple du dehors» pour déverrouiller ce qu’il cadenassait hier, ce n’est plus du droit. C’est de la plomberie politique. Si les concepts juridiques durent moins longtemps qu’un mandat présidentiel, alors la Constitution n’est qu’un brouillon. Ngondankoy voulait «éclairer non seulement l’opinion publique, qui est inquiète, mais aussi et surtout le Président de la République». Il a surtout grillé sa lampe. En droit, la girouette ne fait pas jurisprudence. Elle fait juste du vent. «Après toutes ces contradictions publiques documentées, le professeur aurait-il encore le courage de descendre dans les auditoires pour défendre encore quelles théories sur le droit constitutionnel?», s’interroge un activiste de droits de l’homme.  «Quelle leçon tiendrait debout face à ses étudiants, quand le maître piétine lui-même la copie qu’il notait hier 20/20 ?», tranche un diplomate occidental en poste à Kinshasa.

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Note de la rédaction 

Cette analyse se fonde exclusivement sur des déclarations publiques, documentées et vérifiables, du professeur Paul Gaspard Ngondankoy en décembre 2024 sur Radio Okapi et en juin 2026 sur le Space de Stanis Bujakera. Les extraits sonores sont disponibles.

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Les pièces à charge

Décembre 2024: «Le peuple […] se dépouille de son pouvoir […] Il ne pourrait intervenir qu’en cas de vide constitutionnel.» / «On ne peut jamais faire tabula rasa.» / «C’est une fraude à la Constitution.» / «Impossibilité juridique d’exister» pour les institutions de 2023.  

Juin 2026: «Le peuple du dehors […] peut faire et défaire la constitution sans être tenu par des conditions de fond ou de forme.» / «Le Président […] est une sorte de monarque constitutionnel.» / «Tout pouvoir émane du peuple signifie que le peuple est compétent sur toutes les matières.»

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