
C’est un samedi hors du commun que le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a vécu en arpentant les allées sombres du Camp de détention d’Osio. Située à 17 kilomètres de la rive gauche du fleuve Congo, près de Kisangani, cette ancienne structure, construite en 1956, est un véritable vestige du passé. Prévue pour accueillir 1 500 détenus, elle ne compte aujourd’hui que 69 pensionnaires, conséquence directe de l’état déplorable dans lequel elle se trouve.
«L’édifice n’a jamais fait l’objet de réhabilitation», confie Lufutu Belingo Belo, directeur du camp, alors que les yeux des visiteurs se posent sur des murs blanquis, déjà ternis par l’usure du temps. Osio porte une histoire lourde: c’est ici que le maréchal Mobutu avait enfermé, dans les années 1980, son rival le plus redoutable, Étienne Tshisekedi, le père de l’actuel président de la République.
La visite du ministre d’État Ngefa dévoile la dure réalité: des cellules exiguës, des sanitaires inappropriés caractérisés par des couches de champignons et des ateliers abandonnés qui, jadis, avaient pour mission de favoriser la réinsertion par des activités comme l’agriculture, la fabrication de briques ou l’élevage de poissons.
Dans ce décor austère, Ngefa visite l’une après l’autre les cellules sombres et sales. Toutes manquent d’air et de lumière, ce qui met sérieusement en péril le bien-être physique et mental des détenus. Certains ont pu se procurer des petits panneaux solaires pour faire fonctionner leurs radios. Le ministre fait également un tour dans les magasins puis la cuisine rudimentaire, où il découvre le seul et maigre repas quotidien: une boule de foufou accompagnée de haricots cuisinés à l’huile de palme et agrémentés d’un soupçon d’oignons ainsi que quatre boîtes de tomates. Pas plus. Clair, la faim tenaille tous les pensionnaires.
Autrefois pulsante de vie, cette institution semble désormais être une ombre de ce qu’elle était. «Les détenus vivent dans un cadre de vie extrêmement précaire, sans accès à l’eau courante», explique Lufutu Belingo. Pour se procurer de l’eau potable, ils se voient contraints de marcher près de trois kilomètres. L’absence de mécanisation parmi le personnel pénitentiaire et les salaires non versés aggravent une situation déjà très précaire.
«Je suis ici depuis 2012. Ça fait donc 13 ans que je travaille sans salaire ni prime», déclare un surveillant, implorant que le gouvernement les regarde et améliore leur misère. La vie sociale autour d’Osio, autrefois dynamique grâce aux activités de la prison, subit également les conséquences de cette situation. De manière tragique, certains détenus, condamnés à de lourdes peines, passent de nombreuses années derrière les barreaux sans avoir pu bénéficier des mesures de grâce récemment mises en place. Arrêtés entre 2009 et 2011 à Kinshasa, beaucoup parmi eux ont vu leurs liens familiaux se briser.
Dans un cri du cœur, ils implorent la réouverture des communications avec leurs proches. Le camp d’Osio, un symbole de frissons et de désespoir, continue d’accueillir des condamnés à mort et des peines de réclusion à perpétuité, ainsi que ceux transférés de la capitale pour purger de longues sentences. Cette situation interpelle et soulève d’importantes questions sur l’état dégradé de notre système pénitentiaire. Une réalité que le ministre d’État Ngefa a eu l’audace d’affronter, plein d’espoir de pouvoir déclencher le changement tant espéré.
Natine K.