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Nangaa cherche-t-il noise à Tshisekedi?

A un peu moins de trois mois d’une nouvelle élection présidentielle, la problématique des résultats de celle de 2018 refait surface et défraie la chronique, non sans rappeler un disque d’apparence vieux mais qui ne semble avoir pris aucune ride après 5 ans: le fameux «compromis à l’africaine», lancé par l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, au lendemain de la publication de ces résultats par Corneille Nangaa, alors président de la Commission électorale nationale indépendante -CENI.

Un rebondissement qui place, sur le banc des accusés, deux des acteurs principaux de ce fameux «compromis à l’africaine», qui, depuis un temps, se regardent en chien de faïence et se retrouvent, bon gré mal gré, dans une posture de «ta parole contre la mienne».

Le président Félix Tshisekedi, auprès d’une certaine opinion, passe pour le bénéficiaire d’un accord conclu en secret avec son prédécesseur, Joseph Kabila, afin d’être sacré vainqueur de la présidentielle de 2018 au détriment d’un certain Martin Fayulu qui n’a eu de cesse à réclamer sa victoire, exigeant la «vérité des urnes».

Félix Tshisekedi a relancé le débat autour de cette «vérité des urnes» ou «compromis à l’africaine» -c’est selon- à la faveur d’un échange avec les médias le mercredi 20 septembre 2023 à New-York, en marge de la 78ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

A l’occasion, Tshisekedi a juré: «Il n’y a jamais eu d’arrangements frauduleux entre moi et mon prédécesseur». Dans la foulée, il a livré sa version des faits en racontant: «Après les résultats des élections, Raymond Tshibanda m’a contacté. Et, d’entrée de jeu, je lui ai dit: ‘‘cher grand frère, si vous m’appelez ici pour un arrangement afin que je devienne le Premier ministre de votre candidat -Emmanuel Ramazani Shadary-, c’est niet. Moi, j’ai gagné les élections. Je connais les résultats. Je n’entrerai pas dans ce jeu’’».

Tshisekedi a-t-il dit la vérité? «Il a simplement menti et il le sait», a, dans une déclaration publiée le samedi 23 septembre, répondu Corneille Nangaa, le même qui avait déclaré Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle de décembre 2018 et dont l’administration avait défendu la victoire du candidat UDPS devant la Cour constitutionnelle.

«Un accord politique existe bel et bien. Il a précédé la publication des résultats définitifs. J’en suis l’un des co-rédacteurs. Cet accord inaltérable a été signé devant témoins, par le Président Tshisekedi et son prédécesseur», a soutenu Nangaa, non sans révéler l’intitulé de cet arrangement:  «Accord pour la stabilité de la RD-Congo».

Cet accord, a affirmé l’ancien président de la CENI, a été certifié et validé par trois Chefs d’État africains qui ont félicité Tshisekedi et Kabila d’avoir trouvé un «compromis» ayant «permis la première passation du pouvoir sans effusion de sang en RDC».

Au-delà de la littérature couchée sur son document, Corneille Nangaa n’a cependant pas présenté les «preuves» de l’existence d’un arrangement entre Tshisekedi et Kabila ou d’une fraude en faveur de l’actuel Président de la République. «Ceux qui parlent de fraude doivent nous en apporter les preuves et dire qui est le responsable de cette fraude», avait pourtant demandé Tshisekedi au cours de sa sortie médiatique newyorkaise.

Toutefois, Nangaa insiste et persiste que Félix Tshisekedi a «falsifié un fait historique majeur, ancré depuis janvier 2019 dans la mémoire collective RD-congolaise»

Le même Nangaa, en février dernier, a, au sujet du vrai-faux accord secret entre Kabila et Tshisekedi, entretenu un imbroglio à la suite des propos tenus lors d’une interview avec Jeune Afrique.

«Grâce à Dieu, j’étais aux premières loges lors de cette alternance. Un accord politique a été conclu et je demeure convaincu qu’il ne faut pas le jeter dans les poubelles de l’histoire, parce qu’il a sauvé le pays d’un possible bain de sang», avait-il dit.

Ces propos ont résonné tel un «aveu qui confirme la forfaiture» de Nangaa au bénéfice de Tshisekedi, au point que le premier s’est retrouvé dans l’obligation de faire une nouvelle sortie médiatique, sur le plateau de JMK Today, pour préciser qu’il parlait de l’accord ayant donné lieu à la coalition FCC-CACH, signé le 6 mars 2019 et publié quatre mois plus tard.

Faut-il alors considérer que Nangaa cherche noise à Tshisekedi? La question taraude les esprits.

A celle-ci, Thierry Monsenepwo en rajoute: «Les RD-Congolais se demandent si en quelle qualité, un président de la CENI, numéro 1 d’une institution d’appui à la démocratie, réputée neutre et apolitique, ayant déjà joué sa partition lors des élections comme organe technique du scrutin, et en proclamant d’ores et déjà les résultats provisoires, peut-il encore être impliqué dans la signature des accords entre acteurs politiques pendant que lui ne l’est pas?»

Aussitôt publiés, les résultats provisoires de la présidentielle de 2018, rendus par la CENI et confirmés par la Cour constitutionnelle, ont été rejetés par l’assemblée des évêques catholiques -CENCO- qui avait aligné des observateurs dans pratiquement tous les bureaux de vote. Elle avait soutenu que ces résultats n’étaient pas «conformes» à la vérité et aux procès-verbaux en leur possession. A la suite des évêques catholiques, des pays de la communauté internationale, à l’instar de la France, de la Belgique ou encore des États-Unis, n’avaient pas non plus validé ces résultats ayant donné Félix Tshisekedi pour vainqueur du scrutin présidentiel de 2018 devant Martin Fayulu, candidat de Lamuka -rassemblement des leaders de l’Opposition- et Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin de Joseph Kabila.

De quoi conforter Martin Fayulu dans sa défense de la «vérité des urnes» sans obtenir gain de cause.

Ya KAKESA

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