
Le gouvernement de la République dénonce ce qu’il qualifie de désinformation autour du partenariat stratégique entre les États-Unis et la République Démocratique du Congo, signé sous l’administration Trump, par le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba Mugalu. Réagissant à l’homélie prononcée par le prélat catholique lors de la messe de la Nativité, au cours de laquelle le prélat catholique a présenté ce partenariat comme un sacrifice compromettant le développement du pays et le bonheur des générations futures, évoquant un prétendu bradage de l’exploitation minière pour une durée de 99 ans, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fermement réfuté ces allégations.
Ce sont des propos graves. Le président de la CENCO a affirmé, à deux reprises, que l’accord stratégique entre Washington et Kinshasa a une durée de 99 ans. Un tel passage n’existe pas dans cette copie. En tout cas pas dans cette copie à laquelle AfricaNews a eu accès et qu’il reproduit à l’intention de l’opinion. L’opinion congolaise s’abreuve plus de la désinformation que de l’info classique. Mgr Muteba a-t-il vraiment lu l’accord? Est-il conscient de l’extrême gravité de ses affirmations?
Pour sa part, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement de la République Démocratique du Congo, a vigoureusement réagi à ses déclarations, en publiant un démenti sur son compte X. Une sortie qui ne passe pas inaperçue!
«Vous n’avez pas dit la vérité, Mgr Fulgence Muteba!», clame Muyaya avec force. S’appuyant sur des faits irréfutables, il fustige les affirmations erronées de l’évêque, insinuant qu’il aurait mis la main sur une fausse vérité. Dans son argumentaire, le ministre de la Communication et des Médias s’assure que, contrairement à ce qu’avance Mgr Muteba, il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources du pays. Ces informations révèlent une intention de manipulation, selon lui.
L’Accord, loin d’être un pacte secret conférant des pouvoirs étriqués aux États-Unis, serait en effet une promesse de transparence où les deux parties pourraient bénéficier mutuellement. «L’État Congolais conserve l’intégralité de son pouvoir», assure-t-il, rappelant que le pays a le droit de refuser toute proposition jugée contraire à son intérêt national.
Pour Muyaya, c’est une question de principe, mais aussi une question de devoir: «Renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité», cite-t-il, évoquant une référence biblique d’Éphésiens 4-25 qui résonne avec ironie dans le contexte politique tendu du pays. Avec les festivités de Noël à l’horizon, le ministre attendait de la part de l’évêque un discours fort et clair sur les menaces qui pèsent sur la RD-Congo, dénonçant les horreurs engendrées par les guerres et les violences orchestrées notamment par les forces rwandaises.
La charge est également portée sur le problème urgent des déplacés par l’agression: «Plus de 500.000 compatriotes contraints à l’errance après l’attaque d’Uvira, et pas un mot sur cette tragédie», déplore-t-il. La montée en flèche des exportations de coltan par le Rwanda grâce à l’exploitation illicite du site de Rubaya ne fait également pas l’objet d’aucune mention de la part de l’évêque. La question reste donc en suspens: «Dîtes-nous, Mgr., de quel texte tirez-vous les 99 ans sur lesquels vous avez insisté dans votre homélie?», lance Muyaya, appelant à la transparence et à un débat public pour clarifier l’enjeu de cet Accord.
Dans une tribune, le juriste Ikala Engunda est d’avis que «dans un débat aussi sensible et structurant pour l’avenir national, il appartient aux intellectuels et aux analystes d’éclairer l’opinion avec rigueur, objectivité et sens des responsabilités, sans prétention à la vérité absolue; la présente analyse est livrée avec humilité et dans un esprit de contribution au débat public, en invitant chacun à lire directement l’accord, à en examiner les dispositions et à vérifier la pertinence des arguments avancés, car nul ne détient à lui seul la science infuse». Le ton est donné, et le gouvernement semble déterminé à ne pas laisser passer les inexactitudes. Plus qu’un simple échange de mots, cette diatribe de Muyaya ouvre un débat plus large sur la vérité autour de la copie négociée à Washington.
Natine K.
