
Patrick Muyaya calme le jeu. À quelques heures de la probable signature d’un pré accord ce vendredi 02 mai à Washington, alors qu’une partie de l’opinion nationale commençait à s’inquiéter après les mauvaises interprétations répandues dans les réseaux sociaux sur les passages à caractère économique de l’accord de principes signé entre Kinshasa et Kigali fin avril dans la capitale fédérale américaine, évoquant un prétendu bradage des minerais de la République Démocratique du Congo et une supposée entente pour les cogérer, le ministre de la Communication et des Médias calme les esprits. «Ces minéraux, si on les brade à Washington, on les brade comment alors qu’il y a une déclaration de principes qui est claire, qui parle d’abord de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC qui n’est pas négociable. Et puis, il ne faut pas oublier l’objectif», assure avec force le porte-parole du gouvernement dans un entretien accordé à un groupe de médias de la République Démocratique du Congo à Paris, parlant de «l’expérience européenne entre la France et l’Allemagne», devenues partenaires économiques après trois séries d’affrontements armés, entre 1870 et 1871, entre 1914 et 1918, puis entre 1939 et 1945, sans avoir à bradé chacune ses ressources naturelles.
Muyaya explique que l’idée est surtout de promouvoir la paix et la stabilité sans lesquelles des échanges sérieux ne pourraient être envisagés. «Si nous réussissons le processus en cours actuellement, on sera en mesure d’apporter des réponses à une crise qui dure depuis 30 ans. Et donc, il faut considérer que tous les aspects doivent être mis sur la table. Et ici, qu’on ne vous trompe pas, si intérêt économique doit y avoir, ce sera d’abord l’intérêt économique pour la RDC. Et les intérêts économiques ne peuvent prospérer dans un contexte d’instabilité», ajoute le ministre. À en croire le spokesperson de l’Exécutif national, il n’y aura pas non plus de cogestion comme certains tentent de le faire croire. Il est plutôt question de faire des études pour promouvoir des projets intégrateurs. Lisez plutôt l’interview.
Mr le ministre Patrick Muyaya, êtes-vous rassuré que le processus de Doha va aboutir, alors que nous avons de l’autre côté les États-Unis qui réunissent aussi les gouvernements congolais et rwandais, n’y aura-t-il pas de chevauchement?
Il n’y a pas de chevauchement. Ici, il y a un seul objectif, la paix. Et vous savez, la République Démocratique du Congo est parmi les pays les plus importants du monde. Et que la crise en République Démocratique du Congo a des conséquences mondiales. Nous avons une base à partir de laquelle toutes les initiatives travaillent. La base, c’est le travail qui a été fait à Luanda. Si vous lisez les six principes de la déclaration qui a été faite à Washington, vous allez mieux comprendre que nos intérêts, dans ce que nous souhaitons imprimer, le respect et la souveraineté de l’intégrité territoriale, sont bien spécifiés.
Et donc, Doha comme Washington peuvent être considérés comme des accélérateurs du processus, parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a un nouveau médiateur qui a été désigné par l’Union africaine qui s’appelle le président Fauré Gnassingbé et qui a déjà commencé à travailler. Donc, il y a un palier du travail qui s’est fait à ce niveau-là et puis il y aura évidemment un atterrissage. Le plus gros du travail commencera d’ailleurs après la signature de l’accord. Parce que dès que l’accord est signé, il faut s’assurer que les troupes rwandaises, par exemple, sortent du territoire.
Dès que l’accord est signé, regardez ce qui avait été dit le 8 février par les chefs d’État de l’EAC et de la SADC. Il y a une première condition, la cessation des hostilités, voir comment on desserre l’étau sur Goma pour permettre notamment l’arrivée des appuis humanitaires et tout ça. Donc, il y a un rôle qui avait été donné à la sous-région, aux chefs d’état-major. Et donc, il y a ce qui se fait actuellement entre Doha et Washington et ce qui devra absolument se faire au niveau de la région qui aura la tâche la plus difficile de s’assurer du suivi de ce qui sera décidé pour l’implémentation. Doha, Washington et Luanda, ici, il faut considérer que toutes ces initiatives se font dans un seul objectif, réussir à restaurer la paix dans l’est de la RDC.
On parle de bradage des minerais, il y a beaucoup de craintes au sujet de ce qui s’est passé à Washington. Le pouvoir de Kinshasa est-il en train de brader les minerais congolais en échange de la paix?
Dites-moi alors, ces minéraux, si on les brade à Washington, on les brade comment alors qu’il y a une déclaration de principes qui est claire, qui parle d’abord de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC qui n’est pas négociable. Et puis, il ne faut pas oublier l’objectif. On a vu, par exemple, l’expérience européenne entre la France et l’Allemagne par le passé. Nous ne serons pas continuellement dans un état de guerre.
L’idée derrière le président de la République, lorsque nous adhérons à la Communauté de l’Afrique de l’Est, c’est quand même d’être en mesure de faire des échanges. Et dans ce qui se prépare ici, l’idée c’est d’abord la paix, non pas seulement une paix de façade, parce que les gens ne se rendent peut-être pas compte de la complexité du processus en cours. Si nous réussissons le processus en cours actuellement, on sera en mesure d’apporter des réponses à une crise qui dure depuis 30 ans. Et donc, il faut considérer que tous les aspects doivent être mis sur la table. Et ici, qu’on ne vous trompe pas, si intérêt économique doit y avoir, ce sera d’abord l’intérêt économique pour la RDC.
Et les intérêts économiques ne peuvent prospérer que dans un contexte d’instabilité. Ce n’est qu’après qu’on pourra envisager évidemment au regard de la position géostratégique de la RDC, une intégration régionale et par la suite, pourquoi pas avoir une dynamique mondiale, parce que les ressources que nous avons, ce ne sont pas des ressources que nous utilisons d’abord, ce sont des ressources qui sont utilisées ailleurs. Alors il faut cesser de parler du bradage, là-bas on ne discute pas au nom d’une mine A, d’une mine B, on discute du principe et tout dépendra de la paix, de la nature de la paix et de comment on va structurer le reste. Parce que si on a la paix et qu’on veut parler d’économie, d’intégration régionale, ça suppose que toute la dynamique économique de la région va changer.
Quelles sont les concessions que le gouvernement peut faire aujourd’hui?
Concessions à faire sur quel point? Nous, on n’a pas de concessions à faire pour ce qui concerne le respect de notre intégrité territoriale. On va concéder sur quoi? On ne concèdera sur rien. Quelle concession on va faire, on a la souveraineté de nos mines. Quelle concession vous pensez qu’on peut faire sur la souveraineté de nos mines? Mais parce que nous sommes dans une dynamique régionale, nous appartenons à des blocs régionaux, EAC, SADC, CEEAC, s’il y a des opportunités économiques qui se dégagent, dans un contexte comme celui-là, tous les pays voisins pourront tirer profit de ce qui se fait en RDC.
J’aimerais quand même vous rappelez ce qui est énoncé dans les six principes parce que c’est ça qui est la base de tout. Le premier principe, je rappelle, c’est la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Tout le monde s’est mis d’accord sur ça. Le deuxième principe, ce sont les préoccupations sécuritaires des uns et des autres parce que nous entendons toujours le Rwanda recycler la question des FDLR.
Et aujourd’hui, quand vous regardez la présence des groupes armés étrangers en RDC, il y a beaucoup de pays qui pensent qu’en RDC, il y a des menaces qui peuvent partir delà. Il faut voir comment gérer tout ça. C’est lorsqu’on aura géré, nous assurer d’abord que l’intégrité territoriale de la RDC est restaurée, que les conditions de paix ont été ramenées, qu’on peut parler des conditions d’intégration économique. Mais dans cette intégration économique, lorsque vous lisez la déclaration de principes, on ne parle pas que de l’EAC, on parle de la CIRGL, on parle du COMESA, pour que nous puissions avoir dans la région la possibilité de faire du commerce.
Et d’ailleurs, ici, si nous avançons dans ce qui est prévu, le Rwanda devra radicalement changer son modèle économique. Parce que le modèle économique du Rwanda est construit sur la base du pillage des ressources dans l’est de la RDC. Et ici, lorsque nous voulons amener la transparence, lorsque nous voulons connecter les pays de la sous-région, lorsque nous voulons, par exemple, avoir des capitaux américains qui doivent investir, vous connaissez les conditions de capitaux américains, on doit commencer par démanteler tous les circuits frauduleux.
Parce qu’il faut identifier ce qu’il y a à faire dans l’est, c’est beaucoup de choses. On peut identifier… On a les mines de Bisiye à Walikale. Là-bas, avec Washington, on se dit qu’est-ce qu’il y a dans la région, il y a le coltan vers Rubaya, il y a le tungstène… Il ne faut pas oublier que les opportunités qu’il y a là-bas ne sont pas que dans les secteurs miniers. Il y a des opportunités notamment au plan touristique. Nous, nous n’allons pas négocier sur l’intégrité territoriale.
Donc, il ne faut pas penser qu’une partie des Virunga peut, d’une manière ou d’une autre, être exploitée par les autres. Ici, il faudrait vraiment que les Congolais intègrent que pour nous, il est hors de question dans ce processus de faire un quelconque bradage. L’objectif pour nous, c’est de développer notre pays, du fait qu’il est lié à neuf autres pays voisins et qu’il a un rôle moteur en Afrique à jouer, ne peut pas vivre en autarcie et que les opportunités économiques qui vont se dégager pourraient en profiter à tous les autres. Nous n’allons pas nous asseoir avec les Rwandais pour dire, écoutez, prenez ça, nous vous donnons pour la paix. Il est hors de question d’envisager les choses de cette façon. Il faut relire la déclaration de principes qui est assez claire là-dessus.
Est-ce qu’il y aura une gestion commune des ressources de la RDC?
Il n’y aura pas de cogestion. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une région où la CEPGL a existé auparavant et qu’il y a eu des projets intégrateurs qui bénéficient à tous ces pays-là. Aujourd’hui, si on parle de Cinélac, une société d’électricité qui donne le courant à la fois au Rwanda et à la RDC, on a eu des modèles qu’on a développés. Il ne faut pas ici, maintenant, aller de manière prématurée dire qu’il y aura ça, il y aura ça. S’il faut parler d’un investissement, il ne se fait jamais sans études. Si on dit par exemple qu’il faut qu’on développe un projet dans le parc des Virunga, on doit faire des études, on dit qu’est-ce qu’on veut faire? Est-ce qu’on veut faire un circuit touristique qui passe par le Rwanda et qui vient par la RDC?
Il faut étudier tout ça, faire des études et trouver des prestataires. Mais, vous pensez que ces choses-là, se font en un claquement de doigts? Non. N’essayons pas d’avoir une vision court-termiste des choses. Essayons plutôt de comprendre ce qui se fait comme une réponse en réalité qui va changer toute la configuration économique de la région. Et cela va nécessiter de la paix, une paix durable. Et c’est avec cette paix durable qu’on peut prendre le temps de faire des études parce qu’un projet minier ne se développe pas au claquement de doigts.
Un projet, quel qu’il soit, nécessite un temps minimum de maturation avant que cela ne puisse connaître son point le plus fort en termes de productivité. Les uns et les autres doivent s’y rassurer et c’est ce que nous répétons qu’il n’y aura aucun intérêt de la République démocratique du Congo qui ne sera bradé.
Mais vous parlez de l’intégrité territoriale. Est-ce qu’il est mentionné clairement dans les six principes, le départ préalable des troupes rwandaises sur le sol congolais avant la signature d’un quelconque accord?
Mais écoutez, pourquoi pensez-vous que les gens se retrouvent à Doha? Je peux vous relire ce qui est écrit. Les participants reconnaissent mutuellement la souveraineté et l’intégrité territoriale, et que nous devons convenir que tous les différends doivent être réglés de manière pacifique et éviter des actions hostiles ou des rhétoriques hostiles. Les participants reconnaissent les frontières des uns et des autres et s’engagent à ne plus poser des actions qui menacent la question de la validité de ces frontières. Qu’est-ce que cela veut dire?
Ici, on énonce les principes, mais maintenant, on va travailler parce que lorsque vous faites un accord, après l’accord, il y a des modalités d’exécution sur le terrain et tout le monde sait que l’intégrité territoriale de la RDC, par exemple, n’est pas négociable. Tout le monde sait que la RDC est victime de l’agression rwandaise et que nullement, les troupes rwandaises ne peuvent continuer à être sur le sol congolais. C’est clair. Qu’on ne vous trompe pas. On n’a pas besoin de le dire ou de le mentionner, dès lors que tout le monde sait que les troupes rwandaises n’ont rien à faire dans l’est de la RDC, résolution 2773, ou si vous voulez vous référer à la déclaration de Massad Boulos, le conseiller spécial du président américain pour l’Afrique.
Je vous parle de la résolution 2773 des Nations unies. Et ne vous y trompez pas. Qu’est-ce que vous pensez qu’on va faire? On va aller négocier, on dit, on fait un accord pour le retour de la paix en RDC et on garde les troupes rwandaises sur notre sol? Pourquoi faire?
Que pensez-vous de cette boutade de Corneille Nangaa qui, dans un média britannique, rappelle que le peuple congolais ne veut pas entendre parler du mot cessez-le-feu, mais veut, par contre, le départ du président Tshisekedi?
Je ne peux malheureusement pas réagir à ces propos. Vous savez, la guerre nous la faisons avec le Rwanda, les armes viennent du Rwanda, les équipements viennent du Rwanda, les renseignements sont rwandais. M23 et tout ce qui est assimilé, on peut considérer que ce sont des bataillons de l’armée rwandaise. Il suffit de regarder les rapports du Conseil de sécurité de l’ONU. Et donc moi je ferai une économie des commentaires sur ceux qui n’ont pas la décision. Vous avez vu que nous étions à Doha, le 18 mars 2025.
Il y a eu une signature, il y a eu une déclaration conjointe faite par le président rwandais, l’émir du Qatar et le président Tshisekedi. Et c’est ce qui a précédé la déclaration qui est arrivée au 23 avril. En tenons nous à ce qui est écrit dans ces déclarations, c’est qu’on s’est mis d’accord pour une trêve qui va donner lieu à un cessez-le-feu. Ici, on ne va pas rentrer dans des considérations individuelles, on va rester sur les principes. Et les principes, c’est ce qui avait été défini par les trois présidents le 18 mars et la suite, on a vu les experts du gouvernement et ceux du M23.
Nangaa dit que le Président Tshisekedi n’est pas une bonne personne avec qui négocier…
De toute évidence, ne comptez pas sur moi pour faire des commentaires de ceux qui n’ont pas la décision de ce qui s’est fait là-bas. Nous avons sur la table, le gouvernement rwandais qui s’est engagé à Washington. Tout le monde connaît la vraie réalité. Alors ça ne sert à rien d’aller épiloguer sur des mots et des positions de certains. Il faut qu’on se réfère à ce qui avait été écrit à Doha, à deux reprises, à ce qui avait été écrit à Washington dans la déclaration de principes et à ce qui en ressortira. C’est beaucoup plus important que des opinions personnelles.
Peut-on toujours parler de la trêve alors que les combats se poursuivent sur le terrain?
Avoir de trêve ou de cessez-le-feu dans un contexte du conflit qui est le nôtre où il y a beaucoup d’acteurs, on ne peut pas être sûr de tout. C’est pas qu’il n’y a pas d’incident, mais il y a un mécanisme lorsque les discussions se font, ce mécanisme permet de répertorier tous les incidents auprès de la médiation. Parce que ne vous y trompez pas. Ce n’est pas que la médiation est faite à Doha par les Qataris qu’il n’y a pas de mécanisme qui permet de voir ce qui s’est fait sur le terrain. Ne pensez pas non plus que nous ne voyons pas. Même si nous sommes dans un contexte de discussion d’atterrissage, nous restons vigilants, nous savons ceux qui sont en face.
Qu’est-ce que vous êtes prêts à concéder aujourd’hui par rapport aux exigences du M23?
Quelles sont ces exigences? Je crois qu’il y a un mécanisme qui a été mis en place. Vous savez que la position du président Tshisekedi a été toujours une position radicale sur ces sujets. Et c’est la fermeté et la clarté de la position du président Tshisekedi qui ont permis qu’on ait autant de sanctions qu’on a eues contre le Rwanda. Et parce qu’on ne peut pas arriver à une paix sans compromis, il fallait montrer une ouverture. C’est l’ouverture qu’on a montrée.
Et aujourd’hui, il y a des experts du gouvernement qui discutent avec les délégués du M23. Il y a le gouvernement qui discute avec le gouvernement rwandais autour des Qataris et des Américains, après avoir fait ça avant, à Luanda, je crois qu’il y a des dynamiques qui nous permettent d’avancer. Aujourd’hui, les considérations qu’il faut avoir, c’est ce qui est écrit et d’ailleurs tous ceux qui discutent, tous ceux qui négocient, j’ai rappelé que pour nous il existe des lignes rouges. La ligne rouge, c’est qu’on ne déroge pas sur l’intégrité territoriale de la RDC, on a la souveraineté sur les mines et on voit ici comment on sort d’une crise, en réalité, qui est une phase récurrente des crises qui durent depuis 30 ans.
La question est sensible. Il y a certains individus que vous mentionnez ici qui pensent pouvoir continuer à tirer profit de la crise. Mais ici, l’idée, ce n’est pas de regarder le sort des individus. Ici, l’idée, c’est de regarder le sort du pays et des millions de Congolais, et c’est ça qui guide l’engagement du président de la République.
Kinshasa pourra-t-elle accepter le brassage et le mixage, si jamais le M23 les posait comme conditions?
Écoutez, si vous lisez la feuille de route de Luanda à ce sujet, il y avait un plan de démobilisation. On a déjà une boussole sur toutes ces questions. C’est pour ça qu’ici, je crois que les uns et les autres doivent faire confiance à la stratégie du président de la République et du gouvernement. Et toutes ces questions qui seront attenantes à la question principale, trouveront la réponse dans l’accord. D’ailleurs, elles pourraient être traitées au cas par cas et on verra comment progresser. Mais pour nous, il y a des principes que nous avons déjà énoncés sur lesquels nous tenons.
Comment jugez-vous la position des leaders majeurs de l’opposition qui se penchent pour le Pacte social des Églises catholique et protestante ?
C’est leur opinion. Nous nous sommes engagés dans les processus de Luanda et Nairobi, et aujourd’hui, nous avons des accélérateurs qui se font à Doha et Washington. Nous pensons que ce sont là les processus qui ont été créés pour nous assurer le retour de la paix. Ici, je dois ajouter, il ne faut pas oublier qu’il n’y a aucune crise de légitimité en RDC. Ici, il y a un pays étranger qui s’est appuyé sur des gens pour faire la guerre à la RDC. Il ne faut pas l’oublier.
Les prêtres ont pris l’initiative de faire une médiation qu’ils appellent Pacte social, et ils ont l’occasion d’échanger à propos avec le président. Quelque soit ce qu’on peut dire sur leur posture, je crois qu’ils attendent d’être reçus par le président de la République. Personne ne doit venir dire que c’est qu’on a comme plan, c’est cela impérativement qui conduira à la paix. Ne nous faites pas croire que si les gens mettent des réserves par rapport au Pacte social, qu’il n’y a pas d’autres voies pour parvenir à la paix. On va dialoguer.
Le président de la République a toujours été un homme de dialogue, mais il ne faudra pas qu’on se perde. On va dialoguer dans quel objectif et pour arriver à quoi? Nous avons un ordre constitutionnel qu’il faut respecter. Nous avons eu des élections, et il faut respecter la volonté des électeurs. Le président de la République a entamé sa deuxième année. Il faut que les uns et les autres tempèrent leurs ardeurs. Le moment venu, le président de la République discutera avec les prêtres pour voir s’il y a des choses qu’il faut prendre dans le Pacte social. J’ai vu qu’il y avait d’autres initiatives engagées par d’autres confessions religieuses. Les uns et les autres ne doivent pas considérer que ce qu’ils ont fait uniquement comme réflexion, doit obligatoirement s’appliquer.
Le retour annoncé de Joseph Kabila dans la partie orientale, n’est-ce pas un mauvais signal pour le pouvoir de Kinshasa?
Pour nous gouvernement, le président honoraire justifie le combat du M23 et le président Tshisekedi l’a dit plusieurs fois, qu’il était dans une posture insurrectionnelle. Lorsque vous lisez sa déclaration dans les médias, vous sentez qu’il justifie sa position. Il faut savoir que le président Kabila a combattu le M23. Aujourd’hui, la hiérarchie militaire du M23 n’a pas changé. Ce sont les mêmes qui sont à la base de la mort de plusieurs militaires. Le rôle qui était attendu de lui pour la contribution au retour de la paix, n’est pas celui-là. En tout cas, dans ce que nous avons lu, qu’importe ce qui a été énoncé par après, on n’a pas vu une posture d’un homme qui veut contribuer pour le retour de la paix. Au contraire, on a vu la posture d’un homme qui veut se joindre à l’axe du mal.
Est-ce qu’il n’y a pas d’incohérence quand vous discutez avec la M23 à Doha, au Qatar, au même moment vous perquisitionnez chez Kabila?
Écoutez, sur tous ces sujets-là, je crois qu’il y a des aspects judiciaires pour lesquels il faut vous référer au ministre de la Justice. Il pourra vous en dire davantage. Souvenez-vous, le président de la République, lorsque pour la première fois, il parle de liens entre son prédécesseur et l’AFC, ça date de plusieurs mois. Le ministre de la Justice a eu l’occasion de s’exprimer pour dire qu’il y a eu des faits corroborés qui attestent cette position. Moi je rajoute, est-ce que vous avez entendu le président Kabila et toutes les personnalités que vous citez, s’exprimer contre l’agression dont le pays est victime ? Est-ce que vous les avez entendues dénoncer la présence des troupes rwandaises en RDC ? Est-ce que vous les avez entendues montrer la solidarité envers le peuple congolais touché ? Qui ne dit mot consent. Mais pour le reste, ce sont des questions qui relèvent du domaine de la justice pour lequel nous, nous ne saurons pas répondre pour le moment.
Ça fait 17 mois que Moïse Katumbi attend le renouvellement de son passeport, qu’est-ce qui bloque?
Je dois me référer au ministère des Affaires étrangères pour savoir parce que le passeport relève d’un droit individuel. Je ne sais pas s’il a formulé les demandes de quelle manière. Il faudrait peut-être qu’on se renseigne à ce niveau-là pour en savoir davantage.
Êtes-vous satisfait de la campagne « Congolais Telema »?
Nous sommes d’ailleurs bien plus que satisfaits de voir que les Congolais du monde entier se sont mobilisés le 22 avril pour le concert “Solidarité Congo”. Lorsqu’au début de cette guerre, nous disions que ce n’est pas une guerre qui est faite au président Tshisekedi, c’est pour que les Congolais comprennent qu’en réalité, ce sont tous les Congolais qui sont touchés. Et le fait de voir les Congolais partout au monde se lever pour soutenir les FARDC et se joindre aux différentes initiatives dans la défense de la patrie, je pense qu’il y a quelque chose de fort qui est née. Je pense aussi que les Rwandais ont compris qu’il vaut mieux pour eux de ne plus jamais essayer de venir de nouveau affronter la République démocratique du Congo parce qu’il y a un tel sentiment de mobilisation qui fait que les Congolais n’accepteront pas qu’aucun centimètre de notre territoire soit occupé. Nous sommes heureux de voir qu’au Canada, en Australie, au Brésil, des gens prennent l’initiative. Les Congolais partout où il se trouvent, se disent prêts à apporter leur pierre à l’édifice pour le retour de la paix.
Propos recueillis par Achille KADIMA et Jeanric UMANDE

