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Monsengwo et la CENCO réclament un nouveau dialogue, ils appellent Kabila à ne pas briguer un 3ème mandat

Réunis à Kinshasa du 19 au 20 octobre 2016, la Conférence épiscopale
nationale du Congo -CENCO-, en présence du Cardinal Laurent Monsengwo,
exigent un nouveau dialogue inclusif. Ce nouveau cadre à convenir
devrait, dans l’entendement des évêques catholiques, amener les
parties, notamment les signataires de l’accord du 18 octobre 2016 et
le Rassemblement des forces acquises au changement à aplanir les
divergences pour l’intérêt supérieur de la Nation.
Les divergences évoquées par la CENCO, qui appelle en même temps le
président Kabila à ne pas briguer un 3ème mandat conformément à
l’article 220 de la Constitution, concernent la durée de la période
transitoire, l’exercice du pouvoir pendant cette transition non prévue
par la Constitution ainsi que le couplage des élections
présidentielles, législatives nationales et provinciales.
«Dans le contexte qui est le nôtre, il est impérieux qu’il soit
clairement mentionné dans le consensus à trouver que l’actuel
Président de la République ne se représentera pas pour un troisième
mandat, conformément à l’Article 220 de la Constitution», réclament
les prélats catholiques, exigeant que les élections se tiennent en
2017. Ci-après, l’intégralité du message de la CENCO.
MESSAGE DE LA CENCO SUR LE DIALOGUE NATIONAL ET LA SITUATION
SECURITAIRE EN RD CONGO
1. Réunis à Kinshasa, du 19 au 20 octobre 2016, Nous, Cardinal,
Archevêques et Evêques, Membres du Comité de suivi du processus
électoral de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), nous
sommes penchés sur des questions urgentes d’actualité, notamment le
dialogue national convoqué par le Président de la République pour
dénouer la crise socio-politique qui mine notre pays, et sur la
situation sécuritaire. Ces questions ont été abordées dans l’Accord
politique pour l’organisation d’élections apaisées, crédibles et
transparentes en République Démocratiques du Congo (18 octobre 2016)
et le Rapport final des travaux du conclave du Rassemblement des
forces politiques et sociales acquises au changement (4 octobre 2016).
Du dialogue national
2.      Depuis 2012, la CENCO n’a cessé d’exhorter les acteurs politiques
congolais au dialogue comme voie royale de sortie pacifique de crise.
La tenue du dialogue de la Cité de l’Union Africaine (UA) qui a pris
fin le 18 octobre 2016 s’est inscrite dans cette dynamique. Bien que
la CENCO y ait suspendu sa participation pour manque d’inclusivité,
elle en a cependant encouragé la poursuite des travaux en faisant des
recommandations par souci du respect de la Constitution et en vue d’un
large consensus. Nous prenons acte des résolutions issues de ces
assises qui peuvent contribuer au dénouement de la crise.
3.      Malgré la tenue de ce dialogue, nous sommes peinés de constater
qu’à deux mois de la fin du mandat constitutionnel de l’actuel
Président de la République, les acteurs politiques ne réussissent pas
encore à se mettre d’accord pour trouver des solutions pacifiques et
consensuelles à la crise socio-politique qui prend des proportions de
plus en plus inquiétantes et qui risque de plonger notre pays dans le
chaos.
4.      Pourtant, il y a des points de convergence à prendre en compte dans
la recherche d’une sortie de crise pacifique tant attendue par notre
peuple:
1° Aussi bien les Participants au dialogue que le Rassemblement de
l’Opposition sont conscients de la dégradation de la situation
socio-politique et sécuritaire qui appelle des réponses urgentes;
2° Les uns et les autres jurent par le respect absolu de la
Constitution et sont d’accord sur la nécessité d’un large consensus
afin d’aboutir à l’organisation des élections libres, transparentes et
apaisées;
3° Tous les protagonistes reconnaissent qu’il est matériellement
difficile d’organiser ces élections avant la fin de l’année 2016 et,
de fait, ils acceptent une période de transition.
5.      Par ailleurs, nous sommes préoccupés par des grandes divergences
entre les différentes parties au risque de dégénérer en une
confrontation violente. Il s’agit principalement:
1° de la durée de la période transitoire ;
2° de l’exercice du pouvoir pendant cette transition non prévue par la
Constitution ;
3° du couplage des élections (présidentielles, législatives et provinciales).
Il s’avère urgent et nécessaire pour toutes les parties de se
retrouver dans un cadre à convenir en vue d’aplanir les divergences
pour l’intérêt supérieur de la Nation.
6.      En outre, le lundi 17 octobre 2016, seulement cinq juges sur neuf
de la Cour Constitutionnelle ont siégé pour répondre à la requête de
la CENI de reporter les élections. Nous sommes étonnés de constater
que, la plus haute juridiction de notre pays, ait statué sur une
matière aussi importante, sans que le quorum qui est de 7 juges ne
soit atteint. Il y a de quoi s’interroger sur cette procédure.
7.      Au regard des solutions préconisées par les différentes parties,
nous tenons à attirer l’attention de l’opinion tant nationale
qu’internationale sur des points suivants :
1° Mettre en œuvre tous les moyens afin de réduire la période
transitoire pour qu’elle ne dépasse pas l’année 2017 ;
2° Les recommandations visant l’exécution systématique des
attributions du Parlement, du Gouvernement et de la CENI dans le
processus électoral devront être formulées en termes précis,
contraignants et péremptoires ;
3° Outre ses charges régaliennes, le Gouvernement de transition à
constituer devra avoir comme priorité : organiser les élections,
garantir le respect des libertés fondamentales, dont la liberté
d’expression, rétablir l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du
territoire national et améliorer la vie sociale de la population.
4° Dans le contexte qui est le nôtre, il est impérieux qu’il soit
clairement mentionné dans le consensus à trouver que l’actuel
Président de la République ne se représentera pas pour un troisième
mandat, conformément à l’Article 220 de la Constitution ;
5° Pour plus de garantie et de crédibilité de la mise en œuvre des
recommandations du consensus à trouver, il est nécessaire que le
Comité de suivi soit renforcé par une présence active des Nations
Unies.
De la situation sécuritaire
8.      Nous sommes préoccupés par la situation politique et inquiets par
des informations faisant état de l’insécurité dans plusieurs endroits
à travers notre pays : les massacres à répétition au Nord-Kivu, en
particulier dans la Ville et Territoire de Beni, et ce, en dépit des
cris d’alarme ; les tueries au Kasai-Central dues aux affrontements
entre les forces de l’ordre et les miliciens du Chef coutumier
Kamuina-Nsapu ; les conflits intercommunautaires entraînant mort
d’hommes dans plusieurs provinces, notamment au Katanga ; les tristes
événements des 19 et 20 septembre 2016 à Kinshasa et la recrudescence
du banditisme. A cela s’ajoutent la porosité des frontières,
l’installation des rebelles sud-soudanais par la MONUSCO dans le
Territoire de Nyiragongo (Goma), les vagues migratoires incontrôlées
dans l’Est, la résurgence de groupes d’auto-défense, la menace du
Gouvernement ougandais accusant la RD Congo d’héberger des terroristes
au Nord-Kivu et les attaques des paroisses et de certaines communautés
religieuses, notamment à Kinshasa, à Kananga et à Bukavu.
9.      Nous déplorons cette situation inacceptable. Nous condamnons toute
violence d’où qu’elle vienne et nous réitérons nos sentiments de
compassion à l’égard des victimes innocentes et les assurons de nos
prières. Nous en appelons au Gouvernement congolais de prendre
davantage la mesure de cette tragédie, notamment par l’ouverture d’une
enquête indépendante, afin d’établir les responsabilités. Nous
rappelons également à la MONUSCO de protéger davantage les populations
civiles.  Nous prenons acte du fait que le Chef Maï-Maï, Mutanga
Gédéon et une centaine de ses compagnons aient rendu les armes pour la
paix, et nous demandons que justice soit faite pour les centaines de
victimes de leurs exactions.
Conclusion
10.     Face à la gravité de la crise socio-politique et sécuritaire dans
notre pays, nous exhortons les acteurs politiques à prendre de la
hauteur en renonçant aux intérêts partisans, afin de rechercher la
paix par un large consensus en tenant compte des aspirations de la
population.
11.     En ce moment critique de l’histoire de notre pays, nous invitons
le Peuple congolais à tenir bon et à se tourner vers le Seigneur
notre Dieu pour implorer la grâce de la paix. A cet effet, une prière
pour la paix sera organisée dans toutes les paroisses à travers nos
diocèses, le 20 novembre 2016, en la Solennité du Christ Roi de
l’univers, à l’occasion de la clôture de l’Année Sainte du Jubilé
extraordinaire de la Miséricorde. Par ailleurs, nous encourageons tous
nos compatriotes à demeurer vigilants au respect de la vie humaine, de
la Constitution et de l’ordre social, notamment les institutions et
symboles de l’Etat,  sans céder ni à la manipulation ni à la violence.
12.     Nous confions la réussite du processus électoral et l’avenir de
notre pays à l’intercession maternelle de la Sainte Vierge Marie,
Notre Dame du Congo, Reine de la paix. Que Dieu prenne en grâce notre
peuple et bénisse notre beau pays (cf. Ps 66) !
Kinshasa, le 20 octobre 2016.
Les Evêques membres du Comité de Suivi

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