Politique

Kabila-Tshisekedi, cohabitation annoncée

Joseph Kabila, Chef de l'Etat, et l'Opposant Etienne Tshisekedi
Joseph Kabila, Chef de l’Etat, et l’Opposant Etienne Tshisekedi
L’UDPS est prête à cohabiter avec Joseph Kabila pourvu que l’ordre institutionnel en vigueur soit suspendu et un nouveau compromis politique trouvé pour une gestion en douceur d’une transition dont la durée est à fixer par les concernés
Le compteur sera remis à zéro en RD-Congo! C’est la foi des dirigeants de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. «Si en Centrafrique, la Communauté internationale a exigé et obtenu la démission du Président de la transition Michel Djotodia et de son Premier ministre, en RD-Congo, cette même communauté internationale voudrait obtenir la cohabitation Kabila-Tshisekedi pour une brève durée transitoire.
Les négociations sont déjà entamées à la hauteur de la 10ème rue Limete, en la résidence privée de Tshisekedi», rapportent  les proches de l’opposant historique. Et de préciser: «Le week-end dernier, le sphinx de Limete a discuté de la question avec une délégation secrète de la communauté internationale et celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-».
AfricaNews, journal avant-gardiste, conscient de son rôle d’informer objectivement ses lecteurs en s’appuyant sur la défense de la démocratie et de la cohésion nationale, avait annoncé dans son édition du 6 janvier 2014 qu’«un accord politique entre Kabila et Tshisekedi était en vue», citant des sources proches de Pétunias. Les sceptiques n’y croyaient pas. Mais les choses commencent à se préciser. Le dimanche 19 janvier 2014, les mêmes sources sont revenues à la charge, annonçant une imminente cohabitation entre les deux hommes. Ils avancent des signes précurseurs qui, selon leurs propres mots, ne trompent pas.
«Le week-end dernier, -précisément le vendredi 17 janvier 2014- pendant la journée, le sphinx de Limete a discuté de la question avec une délégation secrète de la communauté internationale et celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-», rapportent les sources proches de l’UDPS. Elles donnent quelques précisions importantes: «La délégation de la communauté internationale, très discrète, et celle de la CENCO ont demandé à Etienne Tshisekedi, si réellement il aime le Congo, de travailler ensemble avec Kabila en vue de jeter les bases solides pour consolider la jeune démocratie et renforcer la cohésion nationale». Une demande qui se base sur le fait que les Concertations nationales, convoquées par Joseph Kabila en sa qualité du Président de la République, ont largement tablé sur la cohésion nationale.
Pour l’UDPS, les assises du Palais du peuple n’ont pas respecté l’esprit et la lettre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, notamment le point concernant la supervision des Concertations nationales par un médiateur neutre issu de la Communauté internationale. N’empêche! Un pas a été franchi. Le problème reste au niveau de Kabila et Tshisekedi. Voilà qui justifie les va et vient de plusieurs catégories des gens à Limete auprès de Tshisekedi.
Schéma extra-constitutionnel
Concernant la demande centrée sur la cohabitation pacifique, comme ce fut le cas au  Zimbabwe entre Robert Mugabe et l’opposant Morgan Tsvangiray, Tshisekedi serait d’accord tout en posant certains préalables. «L’UDPS est prête à cohabiter avec Joseph Kabila pourvu que l’ordre institutionnel en vigueur soit suspendu et un nouveau compromis politique soit trouvé pour une gestion en douceur d’une transition dont la durée est à fixer par les concernés», confie-t-on. Et de noter que le leader de l’UDPS devrait dire s’il veut être Premier ministre ou vice-président de la République.
Selon ses hommes, Tshisekedi penserait que le poste de vice-président lui proposé serait en contradiction avec la Constitution actuelle et les institutions républicaines qui en sont issues. D’où la nécessité de revoir le système notamment en suspendant la Constitution actuelle. Pareil scenario occasionnerait automatiquement le réaménagement du Parlement et des institutions provinciales. Le premier serait remplacé par un Conseil national de transition. Il s’agit en clair de l’Assemblée constituante dont les membres proviendraient des organisations professionnelles et des ONGs de défense de Droits de l’homme et de développement communautaire. Les politiciens, eux, attendraient les votes à plusieurs échelons pour  poser leurs candidatures.
«Si Kabila aime vraiment la RD-Congo, il doit savoir faire des concessions. Comme notre leader Etienne Tshisekedi est prêt à travailler avec lui en qualité de vice-président de la République chargé de la coordination gouvernementale, le Parlement actuel doit tomber, y compris les institutions provinciales. Les nouvelles structures provinciales et nationales devraient aider le duo Kabila-Tshisekedi à travailler pour le bien de la Nation», estime-t-on à l’UDPS.  Ceux qui ne savent pas lire les signes de temps n’ont qu’à considérer le déplacement fait par l’Ambassadeur Mugalu, chef de la maison civile du chef de l’Etat, chez Tshisekedi.
Notre analyse
Le schéma de la cohabitation Kabila-Tshisekedi existe bel et bien. Il change des formes et des stratégies, mais les scénarii se ressemblent. La plus grosse difficulté serait d’envisager un schéma extra-constitutionnel, rejeté depuis de nombreuses années par le parti tshisekediste et récemment écarté par les Concertations nationales. A moins que, à la faveur d’une révision constitutionnelle demandée par l’UDPS à travers ses députés et sénateurs et soutenus par la Majorité, cette difficulté ne soit balayée. Dans ce cas, un consensus pourrait permettre de déverrouiller les articles cadenassés et d’en profiter pour régler tous les autres problèmes que pose la Constitution, notamment celui relatif à la décentralisation.
Difficile de considérer à cette étape de l’analyse que ce schéma puisse avoir les chances de passer lors que les Occidentaux, qui font et défont les rois, cherchent justement à consolider la démocratie balbutiante en RD-Congo, et non pas à l’arrêter. De même, l’allusion avec la Centrafrique semble ne pas tenir la route car les deux situations ne sont nullement comparables. Malgré un processus démocratique critiqué, le président Kabila est reconnu et accepté par toute la Communauté internationale. Le pays de Kabila n’est pas au bord du gouffre et le consensus interne, appelé ici cohésion nationale, ne se porte pas très mal.
Fort de ces quelques éléments, et au vu de nombreuses opportunités offertes à Tshisekedi et manquées par lui dans le passé, le schéma le plus probable est celui qui passe par la participation de tous -principalement des hommes de Tshisekedi, qui devrait avant tout reconnaître ses députés-  au prochain gouvernement de cohésion nationale et aux élections à venir. Ainsi pourra s’organiser en sourdine l’alternance tant souhaitée par les partis d’opposition.
Octave MUKENDI         

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