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Momat contre Mende: le procès d’un transhumant (Analyse)

Jeudi 24 juillet, sur le Space X de Stanis Bujakera, deux anciens du FCC se sont affrontés. D’un côté Félix Momat Kitenge, vice-ministre du Budget sous Kabila, aujourd’hui en exil. De l’autre Lambert Mende Omalanga, ancien porte-parole des gouvernements Kabila, aujourd’hui député de l’Union sacrée. En 45 minutes, Félix Momat n’a pas débattu. Il a instruit. Et Lambert Mende s’est retrouvé face à ses propres contradictions. Dimanche soir, sur X, Momat est revenu à la charge pour tirer les conclusions de cet échange.

Fantôme n°1: Sun City

Première question. Les conditions posées par Joseph Kabila aux groupes rebelles pour participer au Dialogue de Sun City en 2002. Mende botte en touche: «J’avais déjà quitté le RCD-Goma pour le RCD-KML. J’étais déjà en intelligence avec Kabila». Précision: Kabila père. Pour les autres, «je n’en ai pas connaissance». Sous la pression, il finit par lâcher: «À ma connaissance, il n’y avait aucune condition». A l’analyse, il s’agit d’un aveu piégé. Car en reconnaissant qu’en 2002 Kinshasa avait accepté un dialogue sans préalable, l’ancien porte-parole de Kabila vient de valider l’argument central du FCC et de Sauvons le Congo voire de toutes les oppositions aujourd’hui: négocier avec le M23-AFC sans condition préalable. «Vous étiez au cœur du dispositif et vous découvrez cela aujourd’hui?», lui a lancé Momat.

Fantôme n°2: Sa supposée manipulation par Kabila 

Second round. Momat ressort une déclaration de Mende lui-même: «J’ai été manipulé par Kabila». Et il ajoute: «Tous les présidents manipulent».Le piège se referme: «Si vous avez été manipulé par Kabila, qu’est-ce qui vous garantit que vous ne l’êtes pas aujourd’hui par Tshisekedi? Et votre rôle de porte-voix n’a-t-il pas consisté à manipuler l’opinion?».Silence. Mende demande qu’on lui répète la question. Puis change de sujet.

Le procès de la transhumance

Entre-temps, Lambert Mende a reconnu avoir «travesti, a posteriori, les délibérations du Conseil des ministres» dont il était le porte-parole de 2007 à 2019. 12 ans à expliquer, justifier, défendre.Dimanche, Félix Momat a formalisé l’accusation: «Lambert Mende ne s’est pas borné à invoquer la manipulation: il a reconnu avoir travesti, a posteriori, les délibérations du Conseil des ministres dont il était le porte-parole. Interrogé sur sa propre responsabilité, il s’en exonère intégralement, comme s’il n’avait jamais été qu’un exécutant sans volonté ni discernement».

Puis il s’en exonère. Comme s’il n’avait été qu’un instrument.

Le problème n’est pas d’avoir servi Kabila, puis Tshisekedi. Le problème est la réécriture. Effacer 25 ans: RCD en 1998, RCD-KML en 2003, CCU en 2006, 12 ans ministre, puis Union sacrée en 2021 et présidence de la LMC. «Plus grave encore, il rature sa propre trajectoire, effaçant alliances, fidélités et engagements, de la rébellion jusqu’aux plus hautes charges de l’État. Vingt-cinq années de responsabilités s’évanouissent ainsi dans l’alibi commode d’une funeste “prise de conscience”», poursuit Momat. En politique, on appelle ça la transhumance. On change de pâturage, mais on fait comme si on n’avait jamais bougé.

Verdict 

«Entre l’aveu d’avoir altéré les faits, le refus d’en répondre et le reniement méthodique de son propre parcours, Lambert Mende ne plaide plus l’innocence: il verse lui-même au dossier les pièces de sa propre disqualification politique», conclut l’ancien vice-ministre. Si Mende a été manipulé pendant 12 ans, qui a manipulé le pays avec lui? La question vaut son pesant d’or. Jeudi soir sur le Space, Lambert Mende n’a pas répondu dans le fond. Dimanche soir, Momat a prononcé la sentence: l’homme au verbe facile «s’est disqualifié».

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