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Mines: le projet alternatif de Muzito

Encore une fois Adolphe Muzito, ce crack des chiffres, a scruté les
enjeux et perspectives économiques en RD-Congo alors que le pays git
dans la crise. L’ancien Premier ministre désigné, pour la
circonstance, orateur au café économique sur les ressources
naturelles, a échangé, statistiques à l’appui, avec des jeunes et
étudiants, samedi 15 avril, sur le rôle du secteur minier dans le
développement économique de la RD-Congo. Au moment où le Franc
congolais se déprécie de plus en plus face au dollar américain, Muzito
a concocté un projet politique alternatif pour faire profiter au pays
de ses ressources naturelles.
En plus de sa tournée dans différentes universités de la place pour
réfléchir avec les élites des problèmes qui rongent la RD-Congo,
Adolphe Muzito, ancien chef du gouvernement, s’est entretenu avec la
Dynamique des jeunes pour la transparence dans la gestion des
ressources naturelles -DYJET. C’était au cours d’un café économique
organisé samedi 15 avril au Centre culturel Boboto à Gombe. Son exposé
a essentiellement porté sur le rôle du secteur minier dans le
développement économique de la RD-Congo.
L’élu de Kikwit a architecturé son intervention en quatre principaux
points dont le premier a fait un état de lieu de l’économie
RD-congolaise tout en identifiant les défis de développement auxquels
cette économie fait face. Pour analyser et comprendre l’économie
RD-congolaise, Muzito l’a placée dans le contexte global des économies
sous-développées ou pauvres, soulignant que la faillite d’un Etat dans
une économie, c’est son incapacité à payer ses dettes et ses
obligations à court et à moyen terme. «C’est aussi son incapacité à
faire face à ses obligations économiques et sociales, en termes
d’infrastructures économiques et sociales de base», a-t-il poursuivi.
A en croire «Mfumu mpa», les économies dites sous-développées ou
pauvres ont globalement les mêmes défis. «Ces défis concernent les
problèmes de leur intégration nationale et de leur fonctionnement. Ces
défis ont pour effet principalement le faible niveau de revenus des
populations et de la qualité de leur vie», a-t-il expliqué. La
RD-Congo, étant un pays sous-développé, son économie connait
globalement les mêmes défis que les autres économies pauvres. Ces
défis, selon Muzito, sont principalement: la pauvreté, le chômage de
masse et les infrastructures.
 
Un projet politique alternatif
«Le niveau particulièrement faible du PIB par habitant de la RD-Congo
traduit la gravité et la spécificité des défis que le pays doit
relever comparés à ceux des autres pays pauvres», a expliqué Adolphe
Muzito avant de plonger au cœur de son deuxième point où il a évalué
le potentiel du secteur des ressources naturelles de la RD-Congo et sa
capacité à relever le défi de sa construction et de son développement.
«La RD-Congo n’a ni secteur industriel, ni secteur agricole capables
de lui rapporter des avoirs extérieurs pour financer ses importations.
Il se pose donc un problème de la compétitivité de l’économie
congolaise sur le plan international», a-t-il scruté.
Et de poursuivre: «la RD-Congo n’a pas de tissu industriel et que
celui-ci n’a contribué que faiblement à la croissance du PIB. Bien que
le tertiaire a contribué pour 3,5%, ce secteur reste extraverti en
amont, car ses transactions portent essentiellement sur une production
industrielle et agricole d’origine extérieure». Conséquence: le pays
produit ce qu’il ne consomme pas et consomme ce qu’il ne produit pas.
Après avoir examiné, au troisième point, les faiblesses de la
gouvernance à faire profiter l’opportunité de ces ressources, Muzito a
culminé sa réflexion par la proposition d’une esquisse de projet
politique alternatif pour faire profiter au pays de ses ressources
naturelles. Ce projet se repose sur deux piliers: reconfiguration de
l’ordre de priorité d’exploitation de nos minerais et l’élargissement
du champ d’exploitation.
Dans ce projet, Muzito, considérant le secteur minier comme un faux
moteur de l’économie RD-congolaise, propose de reconfigurer et de
trouver un nouvel ordre sur la base d’un modèle économique intégré.
«Un modèle intégré qui définit nos priorités et nous permet de
reconfigurer l’ordre des minerais à exploiter dans la vision de
construction d’un Etat et non basé uniquement sur l’extraction des
matières premières à vendre à l’étranger. Il faut que nous ayons
nous-mêmes les matériaux pour construire notre pays. En ce moment-là,
le cuivre, le cobalt, etc. pourront jouer un rôle subsidiaire», a
expliqué Muzito. Et d’enchainer: «la RD-Congo n’a pas besoin d’un plan
de développement plutôt d’un plan de construction. Notre priorité est
de construire nos villes. Par rapport à cette priorité nous allons
savoir par quoi commencer hormis le cuivre, le cobalt, l’or et le
diamant. Ces matières doivent entrer dans un programme où après
évaluation des priorités, nous détectons ce dont on a besoin pour
construire notre pays».
De l’avis de l’élu de Kikwit, le champ d’exploitation de nos
ressources devra être élargi. «Nous sommes un scandale géologique qui
est sous-exploité», a-t-il dit. A titre d’exemple, Muzito a évoqué le
déficit dans la production de l’électricité. «Nous avons près de
100.000 MW de potentiel hydroélectrique mais nous n’exploitons que
2000 MW», a-t-il explicité non sans signifier que continuer avec l’or,
le cuivre et le diamant, le cobalt, implique le parachèvement du
besoin d’industrialisation des pays occidentaux. «C’est pour
parachever leur besoin d’industrialisation que les blancs ont eu
recours à nos matières premières comme l’or, le cuivre, le diamant.
Quand nous arrachions l’indépendance, nous continuions avec le modèle
européen alors que nous étions sensés construire notre pays», a
rappelé Muzito. Et de dévoiler: «Quand nous poursuivons l’exploitation
du cuivre, du cobalt, nous continuons avec la division internationale
du travail au profit des partenaires blancs. Il se fait que quand les
partenaires blancs n’ont plus besoin de ses matières premières pour
leurs usines, les prix baissent et nous devenons incapables de
soutenir notre monnaie. A chaque fois qu’ils n’en auront pas besoin,
nous serons toujours bloqués parce que, par manque d’industrie, nous
ne pouvons pas les utiliser».
Laurent OMBA

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