
Une messe d’action de grâce en l’honneur du Bienheureux Floribert Bwana Chui, qualifié de «martyr de l’honnêteté et de l’intégrité morale», a rassemblé mardi des milliers de fidèles catholiques à Goma. La cérémonie religieuse s’est tenue dans le cadre de la translation officielle des restes du jeune martyr, ancien fonctionnaire de l’État, vers le sanctuaire de la paroisse Saint Joseph, dans le quartier Office.
Présidée par Mgr Fulgence Muteba Mugalu, archevêque de Lubumbashi et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-, la célébration a revêtu une dimension spirituelle et symbolique forte, marquée par une atmosphère de ferveur, de prières et de chants religieux. Depuis le cimetière Kanyamuhanga, où reposaient les restes de Floribert depuis son assassinat en 2007, un cortège pieux a accompagné la dépouille jusqu’au sanctuaire désormais érigé en lieu de mémoire et de vénération. La foule émue, composée de croyants, d’ecclésiastiques venus de tout le pays et même du Rwanda, a salué avec recueillement le parcours de celui qui, à 26 ans, a préféré mourir plutôt que céder à la corruption.
Dans son homélie vibrante, Mgr Muteba a dressé le portrait d’un homme courageux, enraciné dans la foi, devenu modèle pour une société en quête d’intégrité: «Floribert était fonctionnaire de l’État. Nous savons tous l’image souvent ternie des agents publics. Mais lui a prouvé qu’avec une foi authentique en Jésus-Christ, on peut résister aux antivaleurs, même au prix de sa vie. Vivre sa foi aujourd’hui, c’est aller à contre-courant, refuser la compromission, dire non à la corruption même quand elle semble normale».
Devant la famille du défunt, présente et particulièrement touchée, et une assistance composée d’évêques et archevêques venus notamment du Sud-Kivu, du Haut-Katanga, d’Ituri, de Bukavu, d’Uvira, de Butembo-Beni, de Biumba au Rwanda, et de Rome avec la présence du père Angelo Romano, l’Église catholique a voulu rendre un hommage à la hauteur du sacrifice de Floribert Bwana Chui.
Fonctionnaire à l’Office Congolais de Contrôle -OCC-, Floribert avait pour mission de vérifier la conformité des marchandises à la frontière Est du pays. Refusant d’autoriser l’entrée de denrées alimentaires en provenance du Rwanda sans certification sanitaire, il fut enlevé le 7 juillet 2007 et retrouvé assassiné deux jours plus tard. Son geste, considéré comme un acte héroïque de résistance morale, a suscité l’admiration bien au-delà des frontières congolaises.
Reconnu en novembre 2024 par le pape François comme «martyr de l’honnêteté et de l’intégrité morale», Floribert a été béatifié le 15 juin 2025 à Rome. Le souverain pontife avait alors souligné que son martyre était «lié à la corruption et à l’emprise de l’argent, qui polluent l’avenir et les espoirs de l’Afrique».Il rejoint ainsi les rangs des bienheureux congolais, après la sœur Anuarite Nengapeta -Wamba-, le laïc Isidore Bakanja -Mbandaka- et l’abbé Albert Joubert -Uvira-, récemment béatifié avec trois missionnaires xavériens tués dans l’Est de la RDC.
Par cette cérémonie, l’Église entend rappeler la nécessité d’un engagement éthique fort, dans tous les secteurs de la société. À travers l’exemple de Floribert, elle exhorte les croyants, en particulier les jeunes, à devenir des témoins de la vérité, de la justice et de la foi vivante.
Natine K.

