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Matata: ce dont on parle moins

Quand l’Afrique du Sud a enregistré un taux d’inflation de 4,7% à fin juin 2015 et un taux de croissance à seulement 1,3%, le Brésil un taux d’inflation à 9,5% et un taux de croissance négatif à 0,2%… et la Russie peut seulement espérer un taux de croissance à 0,5% après avoir terminé l’année 2014 avec une croissance à -4,9%, la RD-Congo, elle, maintient le cap… Grâce à son Premier ministre
Ce fut un coup de tonnerre: le mardi 27 août 2013, la roupie indienne recule jusqu’à 66,075 pour un dollar, nouveau plus bas record après celui inscrit jeudi 22 août 2013, en dépit d’une intervention de la Banque centrale indienne pour freiner sa baisse. Depuis le début de cette année 2013, la devise indienne perd, ainsi, plus de 16% de sa valeur face au dollar, la plus mauvaise performance des monnaies des pays émergents d’Asie. Du Brésil à la Russie en passant par l’Afrique du Sud, la majorité des pays émergents ne sont pas au meilleur de leur forme.
Pendant le même temps, souvent conspuée, moquée et raillée jusqu’à un passé récent, la RD-Congo étonne par la performance de son économie et la bonne tenue de ses indicateurs. Deux ans plus tard, Matata Ponyo maintient le cap dans un monde où la croissance peine à retrouver ses couleurs. Même lorsque les régies financières peinent à mobiliser les recettes, une rigoureuse gestion sur base caisse empêche de rebasculer le pays dans les méandres de l’inflation, voire de l’hyperinflation. 
Pour ceux qui ne sont pas toujours au fait des questions économiques, ceci veut dire, en termes simples, qu’un produit qui se vendait sur le marché indien 100 roupies au début de l’année, nécessite désormais 116 roupies pour son obtention. Si l’on répercute ainsi cette inflation sur l’ensemble des produits et biens de consommation, directement affectés par le changement du taux de change, l’on réalise alors l’ampleur de la perte du pouvoir d’achat des citoyens. L’Inde est pourtant un pays émergent. Elle est même membre des fameux BRICS, une association de cinq pays: Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, considérés comme des grandes puissances émergentes. Ils sont, en effet, respectivement les sixième, neuvième, dixième, deuxième et vingt-neuvième puissances économiques mondiales au sens du PIB nominal. Selon le FMI, ces pays, 40 % de la population mondiale, devraient assurer 61% de la croissance mondiale en 2015. Autant dire leur importance.
Tous grippés
Mais ils semblent tous grippés. Même si l’Inde sort la tête de l’eau et renoue avec la croissance. À la recherche d’un nouveau souffle en matière de croissance, ce pays a décidé de baisser ses taux. Jeudi 15 janvier, la Banque centrale indienne a annoncé qu’elle ramenait son principal taux d’intérêt de 8 % à 7,75 %, niveau auquel il se situait il y a un an.
Le taux des «reverse repo», celui auquel la Reserve Bank of India retire des liquidités du marché monétaire, a lui aussi été abaissé de 25 points de base à 6,75%. Les signes d’un ralentissement de l’inflation en Inde se sont multipliés au cours des derniers mois sous l’effet de la baisse des prix du pétrole et des denrées alimentaires. Cependant, selon le site Trading Economics, s’il est vrai que l’inflation avait atteint les sommets avec 7,96% en juin 2014, l’Inde a ouvert l’année 2015 avec un taux d’inflation de 5,19%. Ce taux est passé à 5,37% en février, avant de baisser légèrement à 5,25 en mars et à 4,87% en avril. Et de reprendre l’envol à partir de mai à 5,1, et à 5,4% en juin.
S’ils maintiennent le taux d’inflation à un niveau plus ou moins acceptable, nombre de pays émergents peinent à retrouver le chemin de la croissance. L’Afrique du Sud a un taux d’inflation de 4,7% à fin juin 2015, mais le taux de croissance de son économie stagne à seulement 1,3%. Impossible de réduire un chômage endémique à plus de 25%. La situation est pire au Brésil, avec un taux d’inflation à 9,5% au premier trimestre 2015, mais un taux de croissance négatif à 0,2%, lorsque les prévisions des Etudes économiques de la Banque Scotia -Canada- la place à -1,8% à la fin de l’année.
En juin 2014, en pleine coupe du Monde au pays du foot-Roi, l’on a noté les manifestations monstres qui ont paralysé le Brésil pendant deux mois, suite à un effondrement de la croissance, avec un taux de seulement 0,9 % en 2012, qui se situe en queue des BRICS et au dernier rang de l’Amérique latine. Depuis le début de l’année, les prix augmentent à un rythme supérieur à 6% par mois ce qui est bien au-delà de l’objectif d’inflation à 4,5% que s’était fixé le gouvernement brésilien. C’est à peine mieux que la Russie qui, après avoir terminé l’année 2014 avec une croissance à -4,9%, peut espérer atteindre un taux de seulement 0,5% !
Résultats dignes d’éloges
Or, dans ce contexte de morosité générale, la RD-Congo tient le cap. De toute évidence, Matata Ponyo Mapon tient le bon bout. Bien entendu, il ne s’agit pas de nous comparer aux BRICS, ni sur le plan de la structure industrielle de leurs économies, ni sur celui de leurs capacités exportatrices, ni encore sur celui de l’immensité de leurs PIB. Cependant, il n’en demeure pas moins que, sur le long chemin de l’émergence,  le Gouvernement Matata Ponyo engrange des résultats dignes d’éloges, susceptibles de faire pâlir d’envie de nombreuses économies à travers le monde. L’assainissement du cadre macroéconomique RD-congolais constitue l’un des fondamentaux sans lesquels tout effort en vue de bâtir un pays émergent serait illusoire. En effet, le taux de croissance du Produit intérieur brut a été de 8,7 % à la fin de l’année 2014, ce qui place la RD-Congo à la 5ème place en Afrique, loin devant un pays comme le Rwanda, souvent encensé en la matière -alors que le PIB par tête d’habitant a progressé de plus de 300% en 10 ans. Les prévisions de la Banque Mondiale placent la RD-Congo au troisième rang africain pour cette année 2015 avec un taux de croissance de 8%, ex-aequo avec la Côte d’Ivoire, juste après l’Ethiopie -9,5%- et le Tchad -9%. Cependant, selon les mêmes prévisions, si le même rythme est maintenu, la RD-Congo sera la championne d’Afrique de la croissance d’ici 2017 avec un taux de 9%, devant l’Ethiopie -8,5%. 
Au 2 août 2015, le taux d’inflation hebdomadaire se situe à 0,027%, celui cumulé à 0,134%, pour un total cumulé de l’année de 0,816%. Et le taux d’inflation annualisé se situe à 1,399%,  avec un taux de change stabilisé à 920 francs pour le dollar depuis plus d’une année. Discours des techniciens? Bien sûr que non, car en termes simples, cela veut dire qu’un pain -prenons le cas du «pistolet» de l’UPAK tant prisé des Kinois- qui coûtait 100 francs en début d’année, revient toujours au même prix aujourd’hui. «Miracle à Kinshasa!», s’écrient des commentateurs. Mais au pays, on en parle moins. Ou presque pas assez. On préfère moquer la croissance économique.
Fruits de la croissance
Mais c’est quoi au juste que la croissance économique? Il s’agit d’un processus fondamental des économies contemporaines, reposant sur le développement des facteurs de production, lié notamment à la révolution industrielle, à l’accès à de nouvelles ressources minérales et énergétiques ainsi qu’au progrès technique. En principe, elle transforme la vie des populations dans la mesure où elle crée davantage de biens et de services. À long terme, la croissance a un impact important sur la démographie et le niveau de vie des sociétés qui en sont le cadre. En outre, l’enrichissement qui résulte de la croissance économique peut permettre de faire reculer la pauvreté de cette même société.
Mais pour que les populations puissent ressentir pleinement les fruits de cette croissance, il faudra, d’abord, que le gouvernement arrive à en finir avec cette faiblesse dans la mobilisation des recettes publiques ainsi qu’avec le coulage des recettes de l’Etat, à la base de l’amenuisement du budget. Situation qui fait que début juin 2015, à titre d’exemple, le solde provisoire des opérations financières de l’Etat affichait un déficit de 89,51 milliards de CDF, résultant des recettes de 232,93 milliards de CDF -81% de réalisation- face à des dépenses de 322,43 milliards -89% d’exécution. En cumul annuel, il se dégage des marges de trésorerie de 94,10 milliards CDF. Ensuite, il s’agira d’opter courageusement pour la refonte -ou carrément le changement- de notre système fiscal et parafiscal pour se donner un budget à la mesure de notre ambition de grandeur. En effet, l’actuel système fiscal et parafiscal, trop étouffant et, au final, guère efficace, montre ses limites dans la mobilisation des recettes. Enfin, le partage de la croissance devra être équitable entre les différentes composantes administratives de la nation pour qu’aucune ne se sente frustrée ou laissée pour compte. 

Belhar MBUYI

AKM

 

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