
La traditionnelle cérémonie d’échange des vœux du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avec les membres du corps diplomatique a été respecté le samedi 18 janvier. 134 diplomatiques ont fait le déplacement du Palais de la nation, à Kinshasa. Une belle occasion pour le Président Tshisekedi de passer en revue sa gestion du pays mais aussi évoquer des relations de coopération avec la Communauté internationale. A cette occasion, le Chef de l’Etat RD-congolais, à l’instar des autres héros nationaux comme Laurent-Désiré Kabila et Patrice Emery Lumumba pour lesquels le pays venait de commémorer leurs anniversaires tragiques, n’a pas transigé avec la sécurité de la RD-Congo.
«En ce début d’année, alors que nous renouvelons nos vœux de paix et de prospérité pour nos nations respectives, je me dois de vous entretenir des défis cruciaux auxquels la République démocratique du Congo fait face, au premier rang desquels se trouve la sécurité de nos populations. L’an dernier, à la même période, nous nourrissions l’espoir d’un retour à la paix pour nos compatriotes des provinces de l’Est, éprouvés par des décennies de conflits armés. Dans cet esprit, mon pays s’était pleinement engagé dans la mise en œuvre de la feuille de route du Processus de Luanda. Ce cadre de dialogue, conçu pour restaurer la confiance entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, visait à désamorcer la crise sécuritaire et à prévenir une escalade régionale», a déclaré le Chef de l’Etat RD-congolais.
Et d’ajouter: «cependant, en dépit de notre bonne foi et de notre volonté inébranlable de privilégier la voie diplomatique, la situation sécuritaire à l’Est s’est gravement détériorée. Des groupes armés, notamment le M23, soutenu directement par le Rwanda, continuent de semer la terreur dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, forçant des millions de personnes à fuir leurs foyers pour s’entasser dans des camps de réfugiés. Le rapport accablant des experts des Nations unies, publié en décembre 2024, a confirmé ce que nous dénonçons depuis des années. Il établit, preuves à l’appui, la présence de milliers de soldats rwandais sur notre territoire, leur soutien politique, logistique et militaire au M23, ainsi que leur implication dans l’exploitation illégale de nos ressources naturelles».
Selon lui, ces actes qui constituent une violation flagrante de notre souveraineté, ont des conséquences humanitaires désastreuses. «En 2024, plus de 650 civils ont été tués dans des attaques perpétrées par des groupes armés soutenus par le Rwanda. Des milliers d’autres ont été blessés ou portés disparus. La crise des déplacés internes s’est aggravée, avec plus de 6 millions de personnes contraintes de quitter leurs foyers et vivant dans des conditions précaires dans des camps surpeuplés.
Dans les zones sous contrôle du M23, des administrations parallèles, à la fois administratives et coutumières ont été instaurées de manière illégitime, imposant un régime répressif qui exploite les populations locales et sape gravement l’autorité de l’État RD-congolais», a-t-il dénoncé, soulignant que «ces pratiques inacceptables constituent bien plus qu’une tentative de légitimer l’illégalité; elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à affaiblir notre nation tout en mettant en place un système dangereux d’épuration ethnique, aux conséquences humaines et sociales désastreuses».
Le Président RD-congolais a reconnu que «grâce à la médiation du Président angolais, Monsieur João Lourenço, un cessez-le-feu avait été conclu dans le cadre du Processus de Luanda et devait entrer en vigueur début août». La RD-Congo s’y était engagée de manière sincère, espérant qu’il marquerait le début d’une paix durable. Mais, à notre grand regret, cet accord a été maintes fois violé par le Rwanda, qui, par le biais du groupe terroriste M23, continue impunément d’attenter à notre souveraineté nationale».
Il a expliqué aux membres du corps diplomatique que «l’annulation du Sommet tripartite du Processus de Luanda, prévu le 15 décembre, du fait de l’absence du Président rwandais et l’introduction, par la délégation rwandaise, d’une nouvelle condition préalable -exigence d’un dialogue direct entre la République démocratique du Congo et le groupe terroriste M23- témoigne du peu de considération accordé par nos voisins aux efforts de paix». Le Chef de l’Etat RD-congolais s’est opposé farouchement à tout dialogue avec le M23, supplétif du Rwanda. «Exiger un dialogue direct avec un groupe terroriste revient à légitimer des agissements qui violent nos lois et principes fondamentaux», a-t-il signifié.
A ces ambassadeurs, il a été clair. «Excellences, Mesdames et Messieurs, nous avons pris note des condamnations émises par certains de nos partenaires à l’encontre du Rwanda pour son rôle dans la déstabilisation de l’Est de notre pays. Ces prises de position, bien qu’importantes, restent insuffisantes face à la gravité des actes commis et à leurs conséquences humanitaires désastreuses. Les preuves accablantes présentées dans le rapport des experts des Nations unies ne laissent aucune place au doute: des sanctions concrètes et immédiates doivent être adoptées pour mettre fin à cette agression et prévenir une escalade régionale», a-t-il relevé.
Puis: «Mais ces engagements ne suffisent pas. Nous attendons de la Communauté internationale bien plus qu’un discours de solidarité. Ce dont la République démocratique du Congo a besoin de la part de ceux qui se considèrent comme ses amis: ce sont les actions décisives, d’un soutien concret et d’un engagement ferme pour répondre aux défis sécuritaires, économiques et humanitaires auxquels nous faisons face».
Kinshasa s’affirme…
«La République démocratique du Congo ne demande pas de l’aide; elle exige une solidarité juste et équitable, fondée sur le respect de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de ses droits fondamentaux. Ce soutien n’est pas une faveur; c’est une responsabilité collective dans la préservation de la paix et de la sécurité internationales. La Communauté internationale doit maintenant transformer ses déclarations en actions tangibles et dissuasives. Des sanctions ciblées contre le Rwanda, ses responsables militaires et politiques impliqués dans ces exactions, ainsi que leurs réseaux financiers, sont impératives. Il est temps que les principes de responsabilité et de justice prévalent», a-t-il insisté. Il n’a cessé de souligner que «le gouvernement de la République démocratique du Congo, pour sa part, reste résolu à défendre l’intégrité de notre territoire et à protéger nos concitoyens contre toute forme d’agression. Nous continuons à renforcer les capacités opérationnelles de nos Forces armées pour éradiquer tous les groupes armés responsables de ces violences». «Toutefois, notre détermination à ramener la paix et la stabilité dans l’Est de notre pays ne se limite pas aux mesures militaires ou aux initiatives de désarmement. Nous sommes convaincus que la lutte contre les conflits armés passe également par une stratégie intégrée de développement, de justice sociale et de gouvernance inclusive», a-t-il martelé. Pour le Président Tshisekedi, «le processus de Luanda, malgré les obstacles, reste une opportunité que nous continuons de privilégier avec détermination, dans un esprit sincère mais lucide». «Notre engagement dans ce cadre a toujours reposé sur la volonté sincère de résoudre pacifiquement la crise qui oppose la République démocratique du Congo au Rwanda. Cependant, les provocations continues de Kigali, ses violations répétées des accords et son soutien actif au M23, disons-le clairement, compromettent la crédibilité de ce processus», a fustigé Félix Tshisekedi. Et de préciser: «mais permettez-moi d’être parfaitement clair: la République démocratique du Congo ne se soumettra jamais aux pressions d’acteurs extérieurs tentant d’imposer des conditions contraires à nos intérêts et à notre souveraineté. Nous ne cesserons de réaffirmer notre position: le dialogue avec un groupe terroriste comme le M23 est une ligne rouge que nous ne franchirons jamais. Toute tentative de normaliser ou de légitimer ces criminels constitue une insulte à la mémoire des victimes et un affront aux principes fondamentaux du droit international». Par ces déclarations, Kinshasa a donné sa position à ceux qui tient les ficelles et surtout aux soutiens obscurs du Rwanda dans cette tragédie sinon génocide qui s’exécute dans l’Est de la RD-Congo. «Dans ce contexte, je salue le rôle crucial joué par la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe -SADC- en République démocratique du Congo -SAMIDRC. Le renouvellement de son mandat en 2024 a été un signal fort de solidarité régionale face à la menace posée par les groupes armés. La SAMIDRC, par son appui aux Forces armées de la République démocratique du Congo -FARDC-, continue de jouer un rôle essentiel dans la stabilisation des provinces affectées. Ce partenariat, fondé sur la confiance et le respect mutuel, est un exemple concret de l’efficacité de la coopération régionale pour faire face aux défis sécuritaires. Nous devons cependant aller au-delà de ces efforts. La lutte contre les groupes armés ne peut être pleinement efficace sans s’attaquer aux racines économiques des conflits», a-t-il reconnu. Aux yeux de Tshisekedi, «l’exploitation illégale de nos ressources naturelles, en particulier les minéraux stratégiques tels que le coltan et l’or, alimente ces violences et profite à des réseaux criminels transnationaux. En 2024, nous avons intensifié nos efforts pour renforcer la traçabilité de nos minerais, avec le soutien de partenaires internationaux. Nous avons également entamé des discussions pour la mise en œuvre des mécanismes de transparence et de certification pour garantir que les richesses de notre pays bénéficient aux RD-Congolais et non à des acteurs extérieurs. Ces initiatives, bien que prometteuses, nécessitent un engagement global pour tarir les sources de financement des groupes armés et renforcer la gouvernance dans le secteur des ressources naturelles», a-t-il déclaré.
