
Un réseau de fabrication de passeports trafiqués vient d’être démantelé. Les documents, interceptés avant livraison à l’Ambassade de la République Démocratique du Congo en Ouganda, étaient destinés à des proches de Bertrand Bisimwa, figure de proue du M23 et coordonnateur adjoint de l’AFC. Des agents de l’État seraient impliqués.
Des révélations saisissantes viennent ébranler les murs diplomatiques de l’est africain. Un message interne, émanant d’un employé de l’ambassade de la République Démocratique du Congo en Ouganda, fuité et largement relayé, accuse des responsables et des proches du M23 d’avoir négocié l’obtention de passeports par des mécanismes de monnayables. Parmi les bénéficiaires évoqués figurent des personnes liées directement au leadership de la rébellion AFC/M23, notamment la femme, des enfants et un jeune frère de Bertrand Bisimwa, figure centrale de la rébellion.
Le contenu de la note, présentée comme un compte rendu d’identification des requérants, décrit une situation devenue «très confuse» à l’ambassade de Kampala. Selon ce document, une majorité de requérants proviennent du Grand Kivu, avec des flux en provenance de Goma, Bukavu et Uvira, représentant environ 80% des demandes. Le document souligne des difficultés majeures pour identifier les personnes potentiellement liées au M23, dans un contexte où le système de demande en ligne et le paiement par banque semble insuffisant pour garantir une vérification fiable.
Les allégations prennent une tournure explosive: des mouvements suspects se multiplieraient, dépassant la capacité d’identification de l’agent chargé du processus. Selon la fuite, plus de 300 requérants auraient «envahi» l’ambassade pour être enregistrés et capturés dans le cadre de l’identification, avec un insinué soutien, voire bénédiction, d’un chargé d’antenne soupçonné d’obédience M23. L’employé affirme avoir refusé un ordre contraire à l’éthique et avoir proposé une solution restreignant les demandes, tout en appelant à suspendre temporairement toutes les activités liées aux passeports en Ouganda, afin d’éviter une dérive dangereuse et garantir une sécurité nationale.
«Installé par la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba, le nouveau système a failli. Combien de personnes, y compris nos ennemis, ont pu être servies avant cette découverte qui révèle l’inefficacité du nouveau mécanisme malgré sa sophistication?», interroge un fonctionnaire attaché à la Chancellerie. Le document évoque également des tensions internes et des risques, précisant que l’ambassade serait en zone de danger et que certaines figures internes, décrites comme proches du M23, pourraient influencer les procédures. Selon le témoin, il s’agirait d’un appel à la prudence et à la vigilance patriotique, avec des références explicites à la nécessité d’un contrôle renforcé et d’une transparence accrue dans les services d’identification.
Face à ces accusations, les autorités ne restent pas silencieuses. Des sources confient que le ministère des Affaires étrangères, à Kinshasa, a rapidement ordonné l’interception de tous les passeports “suspects” et a annoncé l’ouverture d’enquêtes pour identifier d’éventuels fonctionnaires impliqués dans ce que l’on peut qualifier de faille sécuritaire majeure. L’objectif déclaré: démêler les réseaux potentiels de corruption et rétablir un fonctionnement des services consulaire fondé sur l’intégrité, la transparence et la sécurité.
Ce qui se joue derrière ces lignes n’est pas seulement une affaire de documents. C’est une bataille pour la crédibilité des services publics et la sûreté d’un pays confronté à des défis sécuritaires complexes dans une région en tension. Si les autorités parviennent à démontrer une meilleure régulation des passeports et une traçabilité sans faille, cela pourrait constituer un pas décisif vers une réforme des procédures d’identification et un renforcement des mécanismes de contrôle.Cette situation appelle à la mise en place d’un protocole renforcé de vérification des demandeurs, incluant croisement des données et collaboration avec d’autres services de sécurité.
L’heure est grave, fait-on savoir. Toute manipulation des passeports, ou tentative d’octroi hors cadre légal, devrait être poursuivie avec la plus haute sévérité. «La nation ne tolérera ni l’impunité ni les abus qui pourraient compromettre la sécurité du pays», avertit un responsable au ministère des Affaires étrangères.
Natine K.