
Le corridor de Lobito, stratégique dans la chaîne logistique de l’industrie minière, offre l’itinéraire le plus court pour les exportations, soit 1345 km contre 3000 km pour Durban en Afrique du Sud, réduisant ainsi les délais de transport de quelques semaines à quelques jours, ainsi que les coûts logistiques. Au-delà de la possibilité de générer quelques milliers d’emplois supplémentaires, Lobito aidera aussi les entreprises minières à avoir un impact environnemental bien réduit, parce que les émissions sont nettement plus importantes quand on transporte par camions, comparé au chemin de fer. Des avantages inédits dont parle Benoît Munanga, le président du Conseil d’administration de Kamoa Copper, entreprise minière basée dans la province du Lualaba, à la faveur d’un entretien avec RFI.
Benoît Munanga, bonjour.
Bonjour.
Quelles sont actuellement les voies pour évacuer le cuivre et le cobalt du sud du Congo?
Les voies actuellement pour évacuer les produits marchands miniers utilisent cinq ports: Durban, qui a le plus gros volume, suivi de Dar-es-Salaam, et puis Beira, et puis il y a Walvis Bay, et tout récemment Lobito. Durban en Afrique du Sud, Dar-es-Salaam en Tanzanie, Beira en Mozambique, Walvis Bay en Namibie, et Lobito en Angola.
Donc actuellement, les minerais sont essentiellement évacués par les ports de l’océan Indien. Avec ce nouveau corridor, ils seront aussi évacués par l’océan Atlantique. Quels avantages attendez-vous de ce futur corridor de Lobito réhabilité?
Le plus gros avantage tient essentiellement à la distance entre la zone minière de Kolwezi et Lobito. Nous parlons de 1600 kilomètres de trajet, une seule frontière à traverser, à l’opposé de 3000 kilomètres si on prenait par exemple le port de Durban. Donc le bénéfice, il est d’abord dans le coût de la logistique. D’ici 2025, 2026, ils vont être réduits de 18%. Et il y a le temps d’un aller-retour entre le point de départ et le retour de la cargaison ou de l’attelage, si c’est par voie ferrée. Par route, un seul trajet de Durban prendrait 25 jours, par contre Lobito 8 jours, ça fait 17 jours de gain. Et un aller-retour, élément comparatif, Durban 50 jours, Lobito 20 jours, un gain de 30 jours, qui équivaut à faire un voyage deux fois au lieu d’une fois.
Oui, parce que le corridor entre le sud du Congo et l’océan, ce n’est pas seulement pour exporter du minerai, c’est également pour importer du matériel, j’imagine…
Tout à fait, le gain en distance et en temps s’applique aussi bien pour l’exportation des produits miniers marchands que pour l’importation, soit des réactifs chimiques, soit des équipements.
Benoît Munanga, vous êtes le PCA, le président du conseil d’administration de la société qui exploite la mine de cuivre Kamoa-Kakula, qui est la première mine de cuivre en Afrique et la troisième du monde. Alors quand ce corridor de Lobito sera opérationnel, est-ce que vous l’utiliserez ou pas?
Nous allons certainement utiliser ce corridor de Lobito et, à titre indicatif, je peux vous dire que le tonnage que nous allons mettre en 2025 sur ce corridor comparé à 2024. Ça sera une augmentation de 173%, très significatif. Et à l’horizon 2026, encore un 42% de tonnages qui vont prendre le corridor de Lobito.
Parce que ce corridor vous fera gagner du temps, donc de l’argent…
Et il nous aidera aussi à avoir un impact environnemental bien réduit, parce que les émissions sont nettement plus importantes quand on transporte par camion que par chemin de fer.
Il y aura moins de pollution…
Exactement.
Parmi les actionnaires de votre société congolaise Kamoa Copper, il y a la compagnie chinoise Zijing Mining. Donc j’imagine que la Chine est l’un de vos principaux acheteurs. Est-ce que le minerai à destination de la Chine pourra emprunter ce corridor de Lobito?
La logique simple, c’est que s’il y a un gain en termes de coût de logistique, la question de la destination finale du produit n’a presque plus d’importance, parce que nous avons tous à y gagner, y compris notre actionnaire Zijing Mining.
Alors si les États-Unis investissent plusieurs centaines de millions de dollars dans ce corridor de Lobito, et si Joe Biden vient personnellement en Angola cette semaine, c’est évidemment pour que les compagnies américaines profitent aussi des richesses minières de votre pays. Est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde?
Bien sûr qu’il y a de la place pour tout le monde, parce que tous les produits miniers marchands n’empruntent pas la destination de la Chine. Il y a de l’espace pour tout le monde. La question est de négocier le prix d’achat.
Du côté des pays occidentaux, votre société est détenue également en partie par la compagnie canadienne Ivanoé Mines. Est-ce le signe que vous êtes attaché au multi-partenariat et au jeu de la concurrence sur le marché des minerais?
Certainement, Kamoa Copper, compte tenu de la stature de ses actionnaires, que ce soit Zijing Mining ou Ivanoé Mines du Canada, la société est ouverte à des partenariats multiples.
Pour l’instant, Benoît Munanga, le Congo n’exporte que du minerai brut, du cuivre, du cobalt notamment, et il ne transforme pas ces minerais sur place. Quelles sont vos perspectives de ce point de vue?
Je voudrais ajouter une nuance dans le terme minerai brut. Je préfère utiliser le terme partiellement transformé, parce que le cuivre ou le minerai de cuivre que Kamoa Copper exporte subit déjà un traitement métallurgique pour produire du cuivre dans un concentré. Donc il y a déjà un premier étage de bénéficiation. Et je suis heureux de vous annoncer qu’à partir de mars 2025, Kamoa Copper va transformer ses produits, le cuivre en concentré en métal, parce qu’une fonderie est en cours d’achèvement au moment où nous parlons.
Sur quel site?
C’est sur le site de Kakula. Nous sommes dans la province du Lualaba, c’est ce qu’on appelait dans le temps le Grand Katanga.
Donc dans la région de Kolwezi?
Dans la région de Kolwezi.
Combien de personnes employez-vous actuellement à Kamoa Copper et combien de nouvelles embauches espérez-vous avec le corridor de Lobito?
Nous employons actuellement 6400 personnes, mais nous avons sur site, du fait des chantiers de construction en cours, un total de 20.000 chiffres arrondis. Et à la mise en service des usines qui viennent, nous atteindrons facilement les 10.000 employés.
Et avec le corridor de Lobito réhabilité?
Avec le corridor de Lobito réhabilité, il y aura des effets d’entraînement par les services liés ou associés qui pourraient injecter quelques milliers d’emplois du fait de l’utilisation de ce corridor-là.
Quelques milliers d’emplois supplémentaires?
Oui, quelques milliers d’emplois supplémentaires.
Hier, Benoît Munanga, vous étiez sur le barrage d’Inga sur le fleuve Congo. Pourquoi votre société Kamoa Copper, qui produit du cuivre comme son nom l’indique, investit-elle dans la réhabilitation de la turbine 5 de cet immense barrage?
Dans le processus de transformation des produits miniers en produits marchands, les traitements métallurgiques, qu’ils soient hydrométallurgiques ou pyrométallurgiques, utilisent beaucoup d’énergie électrique. Premier point. Le deuxième point, lorsque, à la promulgation du cours de minier de 2002, les investisseurs ont repris l’appétit pour revenir au Congo, ils se sont tous aperçus qu’il n’y avait pas suffisamment d’énergie électrique en quantité et en qualité pour pouvoir développer leurs activités. Alors le mécanisme, le seul mécanisme qui était trouvé à l’époque à travers les partenariats public-privé, c’était à travers un véhicule. Dans le cas de Kamoa Copper, il s’agit d’une société sœur appelée Ivanoé Mines Energy, qui a investi et qui continue à investir dans la réhabilitation de certains actifs, dont ceux de production de la Snel, la Société Nationale d’Électricité, Société d’État, de façon à relever le niveau de desserte pour donner accès à de l’énergie électrique à la société sœur qui est Kamoa Copper. Donc c’est correct de dire que Kamoa Copper a investi dans les activités d’énergie électrique, mais à travers Ivanoé Mines Energy. Donc travailler sur la turbine numéro 5 à Inga 2 n’est que la continuation de cet élan, de cet esprit de partenariat entre Kamoa Copper et la Snel.
Avec RFI