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Les secrets derrière Milvest: Nicolas Kazadi payait Thuran Mildon en urgence à l’insu de Tshisekedi et Sama

L’avantage, quand on s’appelle Nicolas Kazadi et on est ministre des Finances, c’est qu’on ne paraît coupable de rien et on échappe à la censure de la hiérarchie. Cité dans l’affaire judiciaire de surfacturation des stations des forages, sans être inquiété jusqu’ici, l’ancien argentier national est trempé dans un autre fleuve de boue. Un scandale des instructions de paiement en procédure d’urgence cachées au président de la République, Félix Tshisekedi, et à son ancien chef direct, l’ex-Premier ministre Sama Lukonde.

Le 25 mars 2024, exactement un mois après les mesures conservatoires prises par la présidence de la République interdisant notamment aux ministres en affaires courantes les liquidations et les paiements de toutes dépenses publiques autres que celles liées aux charges du personnel, Nicolas Kazadi a adressé un courrier à la gouverneure de la Banque centrale du Congo, Kabedi Malangu.

Dans cette correspondance jamais portée à la connaissance du président Tshisekedi et de Sama Lukonde, tous deux jamais copiés et zappés, l’alors ministre des Finances a ordonné le paiement en procédure d’urgence du montant global de 22.586.912,17 dollars au bénéfice de la société Milvest Akaryakit Finansve Tikaret As. Outre les noms de la bénéficiaire et ses coordonnées bancaires, Kazadi a indiqué les numéros des factures et fixé un échéancier. Suivant ses ordres, Kabedi devrait payer à Milvest 4.899.502,74 dollars le 31 mars 2024; 4.411.530,34 dollars le 15 avril; 5.108.574,68 dollars le 30 avril; 4.948.904,15 dollars le 15 mai et 3.218.400,26 le 31 mai.

Deux courriers cachés aux deux principales têtes de l’exécutif

Alors que des sources à la Banque centrale parlent de près de 520 millions de dollars déjà versés au même groupe suivant les mêmes méthodes exceptionnelles, Nicolas Kazadi semble avoir joué un rôle déterminant dans les financements des affaires de Thuran Mildon en République démocratique du Congo, surtout après sa lettre transmise le 2 mars 2024 aux banques commerciales opérant au pays, dans laquelle il leur a fait part des montants des contrats conclus avec le groupe Milvest avant de s’engager à entamer la procédure de paiement dans un délai de nonante jours. À l’instar du courrier transmis à la Banque centrale du Congo, la missive écrite aux banques commerciales n’a pas non plus été portée à la connaissance du chef de l’État et du chef du gouvernement.

Dans les salons huppés de la capitale et les milieux des finances saisis, l’affaire commence à faire grand bruit. Tout le monde y va de son commentaire. «Nicolas Kazadi a tout faux. Pour pareilles dépenses, et compte tenu de la série de mesures conservatoires prises à l’égard du gouvernement pendant les affaires courantes, il était tenu d’aviser préalablement le président de la République et le Premier ministre», commente un ancien ministre du Budget.

«On a beau dire qu’un ministre est seul responsable de son département, un tel montant suivant pareil décaissement ne saurait l’être sans l’aval de la hiérarchie», estime pour sa part un ancien député national expert en finances publiques.

Dans son agir, Nicolas Kazadi a ouvert la porte à toutes les supputations autour de la vraie capacité du groupe Milvest à financer les marchés lui accordés par la République et l’existence éventuelle d’un deal entre les deux personnalités au détriment des intérêts de l’État, en contournant tous les mécanismes de contrôle de décaissement de l’argent public. Soit l’insubordination a consisté à cacher des choses aux deux principales têtes de l’exécutif. Soit, parce qu’il a choisi de les bypasser tous les deux, il a levé l’option de les épargner de toute responsabilité en cas d’un possible retour de flammes.

Nicolas Kazadi risque gros. Sa lettre du 25 mars en dit long sur le système opaque mis en place pendant son règne aux Finances. Cette nouvelle affaire pourrait compliquer sa situation s’il s’avérait que les instances compétentes jugent ses décisions contraires aux procédures régulières. Tout le temps qu’il a entrepris de négocier un programme économique avec Kinshasa, le FMI a décrié ces décaissements en procédure d’urgence, faisant obligation au gouvernement de les limiter à 8% et de publier à chaque trimestre leur niveau, en vue de la transparence dans la gestion des finances publiques.

Fin mai 2024, alors que Kazadi expédiait encore les affaires courantes aux Finances, les dépenses exécutées en procédure d’urgence étaient de 49%. Au premier trimestre 2024, elles se situaient à 1.211,16 milliards de CDF contre un volume de 1.217,34 milliards de CDF au quatrième trimestre 2023, selon les chiffres fournis par le ministère des Finances.

Avec Jeanric UMANDE

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