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Les deux Congo signent l’accord de la Boucle de l’Amitié et font entrer le projet Pioka-Tombe en phase opérationnelle

Cinq ans après l’accord-cadre resté lettre morte, les deux Congo décident de brancher enfin leurs réseaux. En visite de travail à Kinshasa les 8 et 9 octobre, le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique de la République du Congo, Bruno Jean-Richard Itoua, et son homologue de la République Démocratique du Congo, Aimé Sakombi Molendo, ont paraphé le Protocole d’Accord de la «Boucle de l’Amitié énergétique», un projet de corridor électrique appelé à relier Pointe-Noire à Inga en passant par Brazzaville et Kinshasa. C’est l’acte politique qui manquait.

Depuis l’Accord de coopération énergétique signé à Brazzaville le 6 décembre 2021, la Boucle de l’Amitié était un concept, une ambition affichée lors des sommets régionaux, mais sans traduction opérationnelle. Le paraphe intervenu vendredi au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité change la donne. Il fixe, selon les termes du communiqué final interministériel, le «cadre institutionnel, technique et opérationnel nécessaire» pour faire du fleuve Congo non plus une frontière, mais un trait d’union électrique.

La visite a été savamment orchestrée en deux temps. Le 8 octobre, place au terrain. La délégation de Brazzaville, composée d’experts et de hauts cadres du secteur, s’est rendue au siège du groupement Ray Group – Congo Industrial Power -CIP-, partenaire technique du projet. Dans la zone industrielle de Kingabwa, à l’est de Kinshasa, les ministres ont inspecté les installations logistiques et les équipements mobilisables.

Au cœur des échanges: la capacité à déployer des axes de transit en haute tension capables de supporter les échanges transfrontaliers, et la structuration de partenariats industriels pour accélérer le calendrier. Le 9 octobre, place au politique. Selon la formule consacrée de l’hospitalité congolaise, Sakombi Molendo a déroulé la vision de Kinshasa. Après un entretien en tête-à-tête, les deux délégations élargies ont défini la feuille de route. Quatre piliers en ressortent.

Premier pilier: la gouvernance. Les deux parties annoncent l’activation immédiate du Comité de suivi bilatéral, prévu par l’article 7 du projet de Protocole. Un comité ministériel épaulé par une commission technique bilatérale qui aura la lourde tâche de piloter les études, de réconcilier les comptes entre opérateurs et de préparer les appels d’offres.

Deuxième pilier: les études. Lancement de l’actualisation et de l’harmonisation des études de faisabilité technique et économique, sur la base du protocole d’accord signé sur le site de Pioka-Tombe. Un aveu implicite que les études de 2021 sont obsolètes face à l’explosion de la demande à Kinshasa et à Pointe-Noire.

Troisième pilier: l’argent. Les deux capitales promettent une démarche conjointe auprès des institutions financières internationales -Banque mondiale, BAD, AFD- pour mobiliser financements concessionnels et capitaux privés. Sans eux, la Boucle restera un tracé sur une carte.

Quatrième pilier: l’ouverture. Le corridor a vocation à s’élargir à l’Angola, membre du Pool Énergétique de l’Afrique Centrale, pour devenir un véritable réseau sous-régional. Mais la véritable annonce de cette visite est ailleurs. Dans son allocution, le ministre Sakombi Molendo a confirmé que le projet hydroélectrique de Pioka-Tombe entre «désormais dans une phase opérationnelle». Situé sur le fleuve Congo, dans le district des Cataractes, entre Kinshasa et Luozi, Pioka-Tombe est redynamisé par un accord signé le 26 février 2026 entre les deux gouvernements. Présenté comme complémentaire à la Boucle de l’Amitié, il est appelé à devenir, selon Kinshasa, «le plus grand barrage d’Afrique» à sa mise en service. Concrètement, la République Démocratique du Congo annonce l’ouverture des négociations pour le contrat d’études de faisabilité avec le cabinet italien ELC, référence internationale des grands barrages. Dans les prochaines semaines, un comité technique paritaire sera installé et les activités conjointes de suivi lancées.

Pour les deux Congo, l’équation est vitale. Brazzaville dispose d’un réseau relativement stable mais d’une production limitée. Kinshasa, à l’inverse, possède le gigantesque potentiel d’Inga mais peine à alimenter ses 17 millions d’habitants, avec un taux d’accès à l’électricité qui stagne sous les 20%. Relier Pointe-Noire, capitale économique du Congo-Brazzaville, à Inga permettrait de sécuriser les échanges, de mutualiser les excédents et de créer un marché de 100 millions de consommateurs. Reste à transformer le paraphe en pylônes. Les défis, le ministre congolais lui-même les a listés: finalisation des cadres contractuels, réconciliation des comptes, installation de bancs de condensateurs pour stabiliser la fréquence, et surtout, confiance des investisseurs dans un projet transfrontalier sur l’un des fleuves les plus puissants du monde. Entre Kinshasa et Brazzaville, les capitales les plus proches du monde, l’électricité n’a jamais été une simple affaire de kilowatts. C’est une affaire de souveraineté, d’industrie et de fraternité. Avec ce paraphe, les lignes bougent enfin.

YA KAKESA

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