
Alors que le processus électoral au sein de la Fédération congolaise de football -FECOFA- traverse une zone de turbulences, les présidents des ligues provinciales ont décidé de monter au créneau. Inquiets face à la confusion grandissante autour des élections dans les ligues nationales de football des jeunes, de football féminin, de la Linafoot, ainsi que du Comité exécutif fédéral, ils ont adressé fin mai une correspondance commune au Comité de normalisation -Conor. L’objectif de cette démarche était clair: obtenir des éclaircissements sur l’état d’avancement du processus électoral, suspendu brusquement en raison d’un dysfonctionnement entre la commission électorale et la commission de recours. Ce blocage institutionnel a suscité de nombreuses interrogations au sein des instances locales. Cependant, la réponse du Conor n’a pas été à la hauteur des attentes. Jugée sèche et peu respectueuse, elle a surpris et déçu les dirigeants provinciaux, qui espéraient un dialogue constructif et transparent. Dans leur retour écrit, ces derniers n’ont pas manqué de dénoncer le ton de cette communication, estimant qu’elle témoigne d’un manque de considération à leur égard. Dans un contexte déjà marqué par des tensions internes et une méfiance croissante, cette nouvelle friction entre le Conor et les ligues provinciales risque d’envenimer davantage la situation. Nombreux sont ceux qui appellent désormais à un réajustement du processus et à un retour à la concertation pour garantir la crédibilité des élections à venir.
Le climat est de plus en plus électrique à la Fédération congolaise de football association -FECOFA. À douze jours de la fin du mandat du Comité de normalisation -Conor-, mis en place par la FIFA en avril 2023, aucune date n’a encore été fixée pour les élections censées mettre fin à cette période de transition. Et le malaise est profond entre le Comité Sambi et les ligues provinciales, désormais en rupture de dialogue. Le torchon brûle. Les élections tant attendues pour doter la FECOFA d’un nouveau Comité exécutif se font toujours attendre 26 mois après l’ouverture du processus. Les ligues provinciales, excédées, ont décidé d’interpeller directement le Conor. Leur demande: des explications claires sur les blocages actuels. Mais leur initiative a rapidement tourné à la confrontation.
Une correspondance à l’origine de l’affrontement
Tout a commencé fin mai, lorsque les présidents des ligues ont adressé une lettre commune au Conor pour s’enquérir de l’évolution du processus électoral. La réponse du comité Sambi, loin d’être apaisante, a été perçue comme condescendante, voire irrespectueuse. Les échanges épistolaires entre les deux parties ont rapidement viré à une passe d’armes, dans un ton jugé discourtois par les ligues. Le Conor justifie les retards par des «contradictions» entre les différentes parties prenantes du processus et évoque de «graves erreurs procédurales, matérielles» ainsi que des «violations des statuts de la FECOFA et du Code éthique de la FIFA».
Il pointe notamment le rejet, par l’Assemblée générale, de l’amendement visant à doter la fédération d’une Commission d’éthique effective. Une entrave, selon lui, à la mise en place d’un processus électoral crédible et transparent.
Rejet des arguments et appel à la FIFA
Ces justifications n’ont pas convaincu les ligues provinciales. Elles dénoncent un manque de transparence et réclament désormais une implication plus ferme des instances internationales -FIFA et CAF- pour débloquer la situation. Elles redoutent que l’avenir du football à la base soit compromis si les dysfonctionnements actuels perdurent. Les 11 présidents de ligue provinciale fustigent également un ton «hautain» et une «absence totale de reconnaissance» pour les efforts fournis localement, souvent sans appui de la FECOFA. Ils s’inquiètent en particulier de la perte présumée des fonds FIFA alloués au développement du football à la base, et affirment que le Conor évite d’aborder ce point avec clarté.
Le Conor riposte… et coupe la communication
En guise de réponse, le Conor a accusé les ligues de mauvaise gestion, notamment concernant l’utilisation des fonds destinés à la construction de sièges pour les ligues provinciales. Le comité Sambi insinue que les signataires de la lettre auraient été manipulés, ajoutant que certaines allégations étaient «infondées». Il a même remis en question la légitimité de leurs griefs, tout en se refusant désormais à entretenir une communication avec eux, jugeant leurs correspondances «non productives».
Vers une troisième prolongation?
Malgré son mandat initial de 8 mois, le Conor a déjà été prolongé à deux reprises. À l’approche de la date butoir de ce second renouvellement, aucune visibilité n’est donnée sur la suite. Tout semble indiquer qu’une troisième prolongation se profile à l’horizon, alors que la FECOFA bat le triste record de la plus longue mise sous tutelle de son histoire. Avant l’élection du nouveau comité exécutif, les trois ligues nationales doivent encore élire leurs propres dirigeants. Ces processus, lancés puis suspendus récemment, ont été émaillés de polémiques, avec des accusations de favoritisme. Des soupçons de matchs truqués dans le championnat national géré par le Conor viennent enfoncer le clou: selon certaines sources, le dossier aurait été transmis à la FIFA à Zurich.
Une sortie de crise incertaine
Si le Conor affirme vouloir continuer ses échanges avec la CAF, la FIFA et le panel d’experts désigné, sa rupture de dialogue avec les ligues provinciales complique encore davantage la sortie de crise. Dans l’attente d’une décision claire, l’avenir du football nationale reste suspendu à une issue politique et institutionnelle qui peine à se dessiner.
WIDAL