
Il rouille à Faro depuis que l’iPhone n’existait pas. Un Boeing 727-100, propriété de Jean-Pierre Bemba, vient d’être saisi par les autorités portugaises. Verdict: 19 ans de stationnement, près d’un million d’euros d’ardoise, et un appareil cloué au sol pour de bon. L’ultimatum était clair. Début mars, l’autorité aéronautique de Faro somme l’actuel vice-Premier ministre chargé des Transports : 60 jours pour récupérer son avion et régler la facture. Faute de paiement, le Boeing est perdu. L’échéance a expiré. L’appareil est saisi.
L’histoire démarre en 2008. La CPI poursuit Jean-Pierre Bemba. Le bureau du procureur demande le gel de ses biens dans plusieurs pays. Le Boeing, alors stationné à Faro, est immobilisé. Les années passent. L’avion ne bouge plus. Le tarmac devient un parking longue durée. Le Portugal a fini par s’impatienter. Un décret-loi sur les avions abandonnés donne aux aéroports une arme: facturer, puis saisir. Pour le 727 de Bemba, l’addition grimpe à près d’un million d’euros. 19 ans de redevances.
Le prix d’un abandon. Bemba ne pipe mot depuis. Son entourage, lui, renvoie la balle à La Haye. «C’est la CPI qui a déclenché l’affaire. Qu’elle paie», tranchent des proches. L’argument: l’ancien chef rebelle a été acquitté en 2018. Pourquoi assumer les frais d’une immobilisation décidée par la Cour? Le symbole pique.
Le ministre des Transports de la République Démocratique du Congo perd un avion pour défaut de stationnement. Un Boeing devenu monument à l’inaction judiciaire et administrative. À Faro, la carcasse témoigne. Au pays, le dossier vole haut. Qui réglera la note? La CPI, l’État congolais, ou Bemba lui-même? Pour l’instant, le 727 reste portugais. Après 19 ans à l’arrêt, il ne décollera plus.