
Après une année d’exercice, le gouvernement Suminwa II a été passé au scalpel. Nommé le 8 août 2025, l’Exécutif national a mené plusieurs réformes tout en affichant une forte résilience. Douze mois plus tard, l’institut de sondage «Les Points» a interrogé les Kinois sur les retombées de l’action gouvernementale sur leur vécu quotidien. Si les douze derniers mois ont été marqués par la poursuite de la gratuité de l’enseignement primaire et l’extension progressive de la Couverture santé universelle -CSU-, plusieurs membres du gouvernement ont crevé l’écran.
Sur la liste, John Banza Lunda s’adjuge le maillot jaune. Surnommé «cantonnier national» suite à son activité intense sur le terrain, le ministre des Infrastructures et Travaux publics a marqué les esprits. En une année, Banza Lunda a littéralement imprimé sa marque, en accélérant la modernisation des infrastructures, tout en renforçant la gouvernance technique, avec en ligne de mire les grands projets structurants. Pour gagner son pari, JBL a retroussé ses manches dès sa prise de fonctions. Au lendemain de son installation, il a troqué son costume officiel contre sa chemise bleue et ses bottes de chantier. Plus sur le terrain que dans son bureau, le ministre des ITP a fait de la transparence son maître-mot. Sous son mandat, la gestion des projets publics s’est sensiblement améliorée, note «Les Points», qui cite également l’amélioration du suivi des chantiers. Autre motif de satisfaction, Banza Lunda a entrepris de faire des infrastructures un levier de croissance économique et d’intégration nationale.
«Cette orientation a été confortée par la feuille de route que lui a remise la Première ministre Judith Suminwa, axée sur l’accélération des projets prioritaires et l’amélioration de la mobilité sur l’ensemble du territoire», renseigne le document explicatif de «Les Points». Pour sa première année à la tête des infrastructures, Banza Lunda a également entrepris une vaste réforme avec la création de la Commission nationale d’élaboration des normes de construction des infrastructures et travaux publics -CNE-ITP. Placée sous son autorité directe, cette structure travaille à doter le pays de normes nationales adaptées aux réalités géographiques, climatiques et économiques. Cela inclut notamment l’utilisation des matériaux locaux et le renforcement de l’expertise congolaise.
La caravane infrastructurelle comme symbole
Symbole de son action, la caravane infrastructurelle, menée entre le 19 juin et le 3 juillet. Durant plus de deux semaines, le ministre et sa suite ont avalé 2.700 kilomètres sur les 8000 en réalisation, parcourant une dizaine de provinces. Sur les routes, sa chemise bleue a perdu son éclat mais sa motivation est restée intacte, palpant la réalité de la colonne vertébrale du pays, traquant les ravins, les retards et les entrepreneurs défaillants, et lançant d’autres chantiers.
De retour à la capitale, John Banza Lunda a présenté plusieurs projets destinés à transformer durablement la mobilité urbaine. Parmi eux figurent le projet de première autoroute moderne, un tramway ou métro urbain ainsi que la réalisation d’un viaduc pour fluidifier la circulation à Kinshasa. «Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie visant à répondre aux défis de la croissance démographique et des embouteillages chroniques», note «Les Points». Dans le même élan, le ministre a également été au front dans la planification à travers l’organisation de la première Conférence nationale sur les infrastructures et les travaux publics. Ce cadre de concertation réunissant les principaux acteurs du secteur a permis de «définir les priorités nationales, améliorer la coordination institutionnelle et promouvoir des investissements durables».
Pour les interrogés, le bilan de la première année de John Banza à la tête des Infrastructures et Travaux publics «se caractérise principalement par le lancement de réformes institutionnelles, la relance de projets structurants et la définition d’une vision à long terme pour le développement des infrastructures nationales». Toutefois, la concrétisation complète de ces ambitions reste tributaire de la mobilisation des financements, mais aussi de la poursuite des chantiers et du respect des calendriers d’exécution.
Kalumba et Muyaya sur le podium
Derrière Banza Lunda, Justin Kalumba Mwana Ngongo, des PME et assurant l’intérim à l’Industrie, s’offre la deuxième place, à deux unités du maillot jaune. Cette percée se justifie par sa détermination à promouvoir l’entrepreneuriat, le renforcement des petites et moyennes entreprises et l’accélération de l’industrialisation. En douze mois, il aura réussi à implémenter une vision stratégique articulée autour des «trois C»: un entrepreneuriat congolais plus structuré, compétitif et créateur de valeur, ainsi que du soutien aux grandes initiatives nationales.
Sous son impulsion, note «Les Points», le gouvernement a poursuivi les réformes visant à améliorer l’écosystème entrepreneurial, à renforcer les structures d’appui aux PME et à mobiliser davantage de financements en faveur des porteurs de projets. À la tête du département gouvernemental de l’Industrie à la suite de la démission de Boji Sangara, Justin Kalumba y a accéléré plusieurs dossiers. Mais son plus grand succès reste la promulgation de la Loi sur le contenu local.
Homme à tout faire du gouvernement, Patrick Muyaya prend la troisième marche du podium. Véritable «couteau suisse», le ministre de la Communication et des Médias a poursuivi son offensive contre l’agression rwandaise, détricotant l’argumentaire de Kigali, «fait de désinformation» qu’il qualifie de «poison rwandais». Initiateur du concept «changement de narratif», Muyaya a surtout fait de la promotion de l’image de la République Démocratique du Congo un objectif. Au cours des douze derniers mois, il a multiplié les conférences de presse et les séances d’information en tant que porte-parole du Gouvernement, «afin d’expliquer les principales réformes engagées, les décisions du Conseil des ministres et les actions des institutions publiques». «Après une année, son bilan est marqué par la consolidation de la communication institutionnelle, le renforcement de la communication de crise, la valorisation de l’action gouvernementale et la poursuite des initiatives en faveur d’une information responsable et d’une meilleure visibilité de la RDC sur les scènes nationale et internationale», justifie «Les Points».
Social, économie, infrastructures, diplomatie et sécurité au cœur des enjeux
Derrière ce trio, Daniel Mukoko Samba et Thérèse Kayikwamba Wagner complètent le Top 5. Le premier, à la tête de l’Économie nationale, est récompensé pour son «excellent bilan» marqué par le renforcement du contrôle des prix, la protection du pouvoir d’achat, le dialogue avec les opérateurs économiques ainsi que la régulation des marchés. La cheffe de la diplomatie, quant à elle, surfe sur sa lancée de défense de la souveraineté nationale.
Artisane de la publication des résultats de l’Examen d’État en temps record, Raïssa Malu est sixième de la notation, juste devant Julien Paluku du Commerce extérieur. Jean-Pierre Lihau de la Fonction publique -8ᵉ-, Doudou Fwamba des Finances -9ᵉ- et Louis Watum Kabamba des Mines -10ᵉ- figurent aussi dans le classement.
Le barrage de Katende et deux usines de traitement d’eau
L’action du gouvernement dans son ensemble a été marquée en grande partie par la stabilité macroéconomique, l’amélioration de certains services sociaux, notamment avec l’inauguration du barrage de Kakobola, des modules 1 et 2 de l’usine de traitement d’eau de Binza Ozone ainsi que du centre de captage de Lovoy à Kamina, la poursuite des projets d’infrastructures et l’intensification de la diplomatie. Toutefois, les défis restent considérables, notamment avec la persistance de l’insécurité dans l’Est, mais aussi le coût élevé de la vie qui demeure élevé et le chômage des jeunes toujours aussi prononcé. Les interrogés ont également évoqué la nécessité d’améliorer l’accès aux services publics de qualité.
Dans cette logique, la deuxième année de l’équipe Suminwa II sera particulièrement déterminante, alors que les douze derniers mois ont été l’occasion de renforcer la gratuité de l’enseignement primaire. La PM Suminwa a également, dès la première année de son deuxième bail à la Primature, renforcé la prise en charge des militaires et policiers engagés dans la défense du territoire national. Sur le plan économique, les efforts ont porté sur la maîtrise de l’inflation, la stabilité relative du franc congolais, l’amélioration de la mobilisation des recettes publiques et le renforcement des réserves internationales. «Le budget de l’État a accordé une place importante aux investissements publics, aux infrastructures et à la sécurité», explique «Les Points».
Enfin, le gouvernement devra poursuivre l’intensification des contacts avec les Nations Unies, l’Union africaine, la SADC, les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs partenaires bilatéraux dans le but de pacifier l’Est du pays, en obtenant le retrait des groupes armés et le renforcement des sanctions contre les soutiens extérieurs aux rébellions.
WIDAL
