
Alors que les Léopards ont écrit la plus belle page de leur histoire en se qualifiant pour la première fois en seizièmes de finale de la Coupe du Monde 2026, une autre bataille se joue en coulisses: celle du contrôle des millions générés par cette qualification. Dans une tribune publiée mardi 11 août, José Libya Nzalingo, juriste et licencié en droit public à l’UNIKIN, met la Fédération Congolaise de Football Association -FECOFA- face à ses responsabilités. Et il interpelle directement son président, Véron Mosengo-Omba.
Gouvernance: les zones grises du début du mandat
Contrairement à la démarche de Patrice Mangenda et Jean-Claude Mukanya devant le TAS, le juriste Libya ne conteste pas l’élection de Mosengo. Il questionne sa méthode. Premier point noir: «l’absence prolongée» du nouveau président et du 2e vice-président Amadou Diaby, «pendant que plusieurs dossiers importants étaient sur la table de la Fédération».
Deuxième point: le timing. Pourquoi la candidature de l’ancien secrétaire général de la CAF n’a-t-elle été confirmée qu’après la qualification historique? Pour l’auteur, il faut expliquer cette chronologie afin d’«écarter toute perception de candidature opportuniste liée aux ressources financières» du Mondial. Troisième point: les changements à venir au Secrétariat général. Quand la décision a-t-elle été prise? Pourquoi n’a-t-elle pas été communiquée pendant la campagne?
Dans un contexte où la gestion des fédérations sportives est régulièrement pointée du doigt en République Démocratique du Congo, ces zones grises nourrissent la méfiance.
Le nerf de la guerre: la clarté sur les fonds du Mondial
La question centrale posée par la tribune porte sur la «cagnotte Mondial». Quel est le montant exact? Quelle part revient à la FECOFA? Existe-t-il un budget détaillé et approuvé? Quand? Par quels organes de la Fédé? Des audits indépendants sont-ils prévus? Libya réclame un mécanisme de reddition des comptes. «L’argent généré par la participation de la République Démocratique du Congo doit être géré dans l’intérêt du football congolais», insiste-t-il.
Kurara Mpova: la question explosive
Le projet du centre technique de Kurara Mpova, annoncé pour 10,6 millions de dollars, concentre les interrogations.Le juriste liste les angles morts: absence d’appel d’offres public, cahier des charges, études de faisabilité, coût détaillé. Et surtout: «Quelle société a remis une offre d’un montant exactement égal à 10,6 millions de dollars?» Et si une telle sélection n’a jamais eu lieu et pareille société n’existe pas encore, qui, quand et comment a-t-on arrêté cette somme?
Autre alerte: le foncier. Des interrogations subsistent sur une éventuelle spoliation d’une partie du site. «Aucun investissement d’envergure ne devrait être engagé sans clarification préalable de la situation juridique», prévient-il. Pour la FECOFA, réussir ce centre, c’est donner un héritage au football congolais. Le gérer sans traçabilité, c’est prendre le risque de le transformer en source de division.
Vers une reddition de comptes sous Tshisekedi?
Pour désamorcer la crise, José Libya propose une sortie institutionnelle: une séance publique de questions-réponses avec l’ensemble du mouvement sportif congolais, «sous le patronage» du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, présenté comme «1er sportif congolais» et artisan du projet «Léopards Mondial 2026». L’objectif: présenter le montant exact des fonds, les projets, les marchés, les entreprises retenues et le calendrier d’exécution. «Demander des comptes, ce n’est pas s’opposer au développement du football congolais. C’est exiger que chaque dollar destiné au football congolais soit utilisé conformément à l’intérêt général», conclut le juriste. Quelques semaines après les performances sportives du Mondial, le message est sans équivoque: une gestion claire des finances sera le prix à payer pour transformer cette manne en héritage durable.

