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La course à l’argent: gouvernance, transparence et gestion des fonds de la FECOFA (tribune)

Introduction

La gestion de la Fédération Congolaise de Football Association -FECOFA- soulève aujourd’hui plusieurs interrogations sur la gouvernance, la transparence financière, la gestion des ressources issues de la Coupe du Monde, ainsi que sur les choix opérés par ses dirigeants.Au-delà des personnes et des considérations politiques ou sportives, ces interrogations portent sur un principe fondamental: l’argent généré par la participation de la République Démocratique du Congo aux compétitions internationales doit être géré dans l’intérêt du football congolais, avec un niveau de transparence à la hauteur des enjeux. Dans ce contexte, des réponses précises sont attendues de la part des responsables de la FECOFA, notamment sur le rôle et la position de M. Véron Mosengo-Omba, les conditions de sa candidature, la gestion des fonds de la Coupe du Monde, le projet du centre technique de Kurara Mpova ainsi que sur d’éventuels changements au sein du Secrétariat général.

1. La présence et le rôle de M. Véron Mosengo-Omba au sein de la FECOFA

M. Véron Mosengo est présenté comme un proche allié de Gianni Infantino, président de la FIFA, auquel il aurait apporté un soutien important. Cette proximité soulève des interrogations sur son parcours et son implication actuelle dans la gestion du football congolais.

Questions à clarifier:

1. Pourquoi cette absence prolongée de M. Véron Mosengo-Omba et du deuxième vice-président, M. Amadou Diaby, y compris après l’élimination des Léopards et pendant que plusieurs dossiers importants étaient sur la table de la FECOFA?

2. Quelles étaient précisément leurs responsabilités durant cette période?

3. Pourquoi leur implication semble-t-elle avoir évolué au moment où la situation institutionnelle et financière de la FECOFA devenait critique?

4. Existe-t-il des comptes rendus, procès-verbaux ou documents permettant de retracer leurs activités et décisions durant cette période?

Ces questions ne visent pas à incriminer sans preuve, mais à comprendre la chronologie des faits et les responsabilités institutionnelles de chacun.

2. De la CAF à la FECOFA: quelles motivations?

Le passage de M. Véron Mosengo de ses hautes responsabilités au niveau de la Confédération Africaine de Football (CAF) vers la FECOFA appelle des explications.

Questions essentielles:

1. Quelles raisons institutionnelles, sportives ou personnelles ont motivé ce choix?

2. Pourquoi avoir attendu la qualification des Léopards pour confirmer sa candidature?

3. Pourquoi cette confirmation est-elle intervenue à la veille de cette échéance?

4. Cette candidature était-elle préparée de longue date ou a-t-elle été décidée en fonction de l’évolution de la situation sportive?

La chronologie de ces événements mérite d’être expliquée afin d’écarter toute perception de candidature opportuniste liée aux ressources financières issues de la qualification à la Coupe du Monde.

3. La gestion de la cagnotte de la Coupe du Monde

L’une des questions centrales porte sur l’annonce faite par M. Véron Mosengo concernant l’utilisation des fonds liés à la participation de la République Démocratique du Congo à la Coupe du Monde.

La question centrale:

Quel mécanisme transparent a été mis en place pour décider de l’utilisation de cette cagnotte?

Autres interrogations:

1. Quel est le montant exact des ressources disponibles?

2. Quelle part de ces ressources revient directement à la FECOFA?

3. Quelles sont les conditions d’utilisation de ces fonds?

4. Existe-t-il un budget détaillé et approuvé?

5. Quels organes de la FECOFA ont validé leur affectation?

6. Les décisions ont-elles fait l’objet de procès-verbaux?

7. Des audits indépendants sont-ils prévus?

4. Le projet du centre technique Kurara Mpova

Le projet de construction du centre technique Kurara Mpova constitue un point majeur. Un montant de 10,6 millions de dollars a été annoncé. Au-delà du montant, il est nécessaire de comprendre comment il a été déterminé et selon quelle procédure le marché a été attribué.

Questions relatives à la procédure:

1. Un appel d’offres a-t-il été lancé?

2. Combien d’entreprises ont été consultées?

3. Existe-t-il un cahier des charges?

4. Une étude de faisabilité et une étude technique et financière indépendante ont-elles été réalisées?

5. Sur quelle base le montant de 10,6 millions de dollars a-t-il été fixé?

6. Quel est le coût détaillé des travaux et équipements?

7. Quels mécanismes de contrôle sont prévus pendant l’exécution du projet?

Question particulièrement importante:

Quelle société a remis une offre d’un montant exactement égal à 10,6 millions de dollars?

Si une entreprise a été sélectionnée, il est légitime que le mouvement sportif congolais connaisse: son identité, ses références, son expérience, le contenu de son offre, les critères de sélection, le contrat signé ou ses principales dispositions, le calendrier d’exécution, les mécanismes de contrôle et de réception des travaux. La publication de ces éléments permettrait de dissiper les soupçons et de démontrer que le projet répond à une logique de développement du football congolais.

5. La question foncière de Kurara Mpova

Avant d’engager plusieurs millions de dollars, la sécurisation juridique du terrain est une condition préalable. Des interrogations ont été soulevées sur une éventuelle spoliation d’une partie du site.

Il convient de demander:

1. Quelle est la superficie exacte du site destiné au centre technique?

2. Quelle superficie est légalement détenue par la FECOFA?

3. Existe-t-il un titre foncier établissant clairement la propriété ou le droit d’occupation?

4. Quelle superficie aurait été spoliée?

5. Le différend foncier est-il définitivement réglé?

6. Pourquoi prévoir un investissement aussi important avant la résolution complète du problème?

7. Le projet initial a-t-il été adapté à la superficie réellement disponible?

Aucun investissement d’envergure ne devrait être engagé sans clarification préalable de la situation foncière et juridique du site.

6. Le changement éventuel du Secrétaire général

Questions à poser:

1. Le remplacement du Secrétaire général était-il prévu avant l’élection?

2. Quand cette décision a-t-elle été prise?

3. Quels critères ont motivé le choix d’un éventuel nouveau Secrétaire général?

4. Pourquoi cette information n’a-t-elle pas été communiquée aux électeurs et aux membres du mouvement sportif pendant la campagne?

5. Existe-t-il une feuille de route institutionnelle justifiant cette modification?

6. Une réunion du Comité exécutif a-t-elle été préalablement tenue à ce sujet?

7. Si oui, existe-t-il un procès-verbal sanctionnant ce choix?

7. Quel rôle pour la nouvelle Secrétaire générale?

La nomination d’une nouvelle Secrétaire générale appelle des explications sur son rôle dans la gouvernance.

Il est important de savoir:

1. Quelles sont précisément ses attributions?

2. Quelle est sa responsabilité dans la gestion administrative et financière?

3. Quel rôle joue-t-elle dans les dossiers liés aux fonds de la Coupe du Monde?

4. A-t-elle participé à la préparation ou à la validation des projets d’investissement?

5. Quels mécanismes de transparence et de contrôle compte-t-elle mettre en place?

Le changement de responsable administratif ne devrait pas être perçu comme un moyen de réduire l’accès à l’information. Au contraire, il doit être l’occasion de renforcer la transparence, la traçabilité des décisions et la reddition des comptes.

8. La FECOFA doit-elle rendre des comptes au mouvement sportif congolais?

La FECOFA n’est pas une propriété privée. Elle est l’instance faîtière du football congolais et a pour mission de servir le développement de cette discipline en République Démocratique du Congo.

La gestion des ressources issues des compétitions internationales ne peut donc être considérée comme l’affaire de quelques dirigeants.

Clubs, ligues, associations, joueurs, entraîneurs et arbitres ont le droit de savoir comment ces ressources seront utilisées.

Proposition concrète:

M. Véron Mosengo devrait, dans un souci d’apaisement et de transparence, convoquer une séance publique de questions-réponses avec l’ensemble du mouvement sportif congolais, sous le patronage du 1er sportif congolais, le Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a joué un rôle important dans le projet «Léopards Mondial 2026».Cette rencontre devrait permettre de présenter: le montant exact des fonds, le budget prévisionnel, les projets prioritaires, le coût de chaque projet, les procédures de passation des marchés, les entreprises sélectionnées, les études réalisées, la situation foncière de Kurara Mpova, le calendrier d’exécution, les mécanismes d’audit et les responsabilités des dirigeants.

Conclusion: L’argent du Mondial doit servir le football congolais

La question fondamentale n’est pas de savoir qui contrôlera l’argent de la Coupe du Monde, mais comment cet argent sera utilisé pour construire l’avenir du football congolais.

La République Démocratique du Congo a une opportunité exceptionnelle de transformer ces ressources en infrastructures, en formation, en développement du football des jeunes, en amélioration de l’arbitrage et en professionnalisation des clubs.

Mais cette opportunité ne sera saisie que si les décisions sont prises dans la transparence.

Le montant de 10,6 millions de dollars, le projet du centre technique Kurara Mpova, les procédures de sélection, la situation foncière, les changements au sein de l’administration et la gestion globale des ressources doivent faire l’objet d’explications documentées. Demander des comptes, ce n’est pas s’opposer au développement du football congolais. C’est exiger que chaque dollar destiné au football congolais soit utilisé conformément à l’intérêt général. La FECOFA doit donc privilégier la transparence, la reddition des comptes et le dialogue avec l’ensemble du mouvement sportif, afin que les ressources issues du Mondial laissent un héritage durable au football congolais, plutôt que de devenir une source de suspicion et de division.

José LIBYA NZALINGO

Licencié en Droit public de l’UNIKIN

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