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Kinshasa-FMI: accord dénoncé

Dans une tribune transmise à «AfricaNews», le chercheur et Doctorant en Economie Arthur Mbumba juge inexplicable et inacceptable le prêt accordé à la République Démocratique du Congo…

Arthur Mbumba Ngimbi dénonce l’accord Kinshasa-FMI. Ce chercheur et Doctorant juge inexplicable et inacceptable le prêt accordé à la RD-Congo. «Ce montant de 1,5 milliard de dollars, convenu, semble-t-il, après deux ans d’âpres négociations est dérisoire par rapport aux nombreux besoins de l’économie congolaise. Il nous paraît du reste inexplicable, en raison de l’augmentation exponentielle des recettes fiscales», livre Arthur Mbumba. Il poursuit que ce prêt est inacceptable par rapport au sacrifice qui sera exigé de la population pour son remboursement. Ce Doctorant en Economie a par ailleurs contredit le ministre des Finances justifie la décision de la reprise de la coopération par le souci de l’instauration de la transparence dans la gestion de l’Etat en vue d’attirer d’autres partenaires. Pour lui, cet argument paraît peu convaincant étant donné que cet objectif peut être atteint par l’observance d’une discipline budgétaire rigoureuse par les gestionnaires. Ci-dessous, la tribune d’Arthur Mbumba.

FMI-RDC: Rompre la coopération avec les institutions de Bretton Woods, responsables de la pauvreté et de l’insécurité en RDC

L’accord de 1,5 milliards de dollars conclu le 15 juillet dernier entre le Fonds monétaire international et la République Démocratique du Congo pour le financement du programme triennal du gouvernement continue à alimenter les conversations et à susciter des débats. Alors que certaines personnes l’approuvent, d’autres restent sceptiques en ce qui concerne ses résultats. Il faut également ajouter à la question de cet accord, celle du retour dans notre pays de la Banque mondiale, évoqué le 03 août par le Premier Ministre Sama Lukonde, au cours de son point de presse sur le bilan de 100 jours de son gouvernement. Nous voulons pour notre part donner notre point de vue sur ce sujet de brûlante actualité. Après avoir situé le problème dans son contexte historique et analysé les causes de l’échec de plusieurs programmes conclus dans le passé, nous proposerons pour terminer, un certain nombre des solutions alternatives.

Un prêt inexplicable et inacceptable

Ce montant de 1,5 milliard de dollars, convenu, semble-t-il, après deux ans d’âpres négociations est dérisoire par rapport aux nombreux besoins de l’économie congolaise. Il nous paraît du reste inexplicable, en raison de l’augmentation exponentielle des recettes fiscales. Selon le Chef du gouvernement, ces recettes sont passées de 1.538 milliards de francs congolais fin 2020 à 3.538 milliards de francs congolais actuellement, soit une augmentation de 130 %. D’après plusieurs sources crédibles, la moyenne mensuelle qui était de 400 millions de dollars serait de 500 millions de dollars pour la même période comparée. Ce dernier montant équivaut à celui de la tranche annuelle du crédit sollicité.

Cette belle performance pour laquelle le gouvernement a des raisons de se réjouir et de se féliciter, relève à notre avis de plusieurs facteurs conjugués, notamment l’exceptionnel effort de mobilisation des recettes par les trois régies financières que sont la DGDA, la DGI et la DGRAD, l’efficacité du travail de contrôle effectué par l’Inspection générale des Finances et l’effet dissuasif exercé sur les détourneurs. Nous pensons aussi que ce prêt est inacceptable par rapport au sacrifice qui sera exigé de la population pour son remboursement.

Le ministre des Finances justifie la décision de la reprise de la coopération par le souci de l’instauration de la transparence dans la gestion de l’Etat en vue d’attirer d’autres partenaires. Cet argument nous paraît peu convaincant étant donné que cet objectif peut être atteint par l’observance d’une discipline budgétaire rigoureuse par les gestionnaires. Pour calmer les inquiétudes, l’argentier national fait état du niveau très bas du taux d’intérêt qui serait «zéro». Nous ne partageons pas ce point de vue parce que nous savons qu’un taux d’intérêt concessionnel, même nul, n’est pas la seule condition pour garantir la soutenabilité d’une dette. Il y a aussi d’autres conditions, à savoir la durée de la période du différé pendant laquelle l’emprunteur ne rembourse rien et surtout les conditionnalités imposées en contrepartie des crédits octroyés.

Ces conditionnalités portent généralement sur le désengagement de l’Etat des secteurs producteurs comme l’agriculture pour faire place au secteur privé et à la libre concurrence, la privatisation des entreprises publiques et des secteurs sociaux, l’alourdissement des impôts et des taxes,  la libéralisation du commerce des matières précieuses, le relèvement des prix des produits de base, l’application du principe de la vérité des prix, la priorité donnée aux forces du marché, la réduction des effectifs de la Fonction publique, la diminution des dépenses des secteurs à finalité sociale comme l’éducation et la santé, le respect du cadre macro-économique consistant dans  l’équilibre budgétaire, un taux de croissance supérieur à 3%, la maîtrise de l’inflation et  le contrôle de la masse monétaire.

Risque de répétition de l’échec du passé.

Tous les experts qui se sont intéressés à l’étude de la dette congolaise sont unanimes pour reconnaître que le partenariat pendant plus de quatre décennies avec les Institutions de Bretton Woods n’a rien apporté de bénéfique à notre pays. Il a été au contraire un échec en termes d’augmentation de la production et de l’amélioration des conditions de vie de la population. Selon certaines études, la dette a été une dette «odieuse», qui n’a pas profité au pays mais a enrichi les organisations internationales et les dirigeants chargés de l’application des différents programmes.

Ce sont justement les difficultés d’application de ces conditionnalités qui ont conduit à l’échec des programmes antérieurs. On pourrait citer à titre illustratif   celui de l’ajustement structurel de stabilisation économique et de redressement financier conclu en 1976 avec la Banque mondiale. Au cours de sa 12ème session ordinaire du mois de Mai 1986, à l’issue d’un diagnostic sévère, le Comité central du Mouvement populaire de la révolution -MPR-, avait abouti à ce triste constat d’échec.

On se souvient encore de cette phrase restée célèbre, prononcée à cette occasion par le Président Mobutu. Elle résume à elle seule le bilan catastrophique et décevant de ce programme: «les beaux discours et les prétendues performances économiques et financières artificiellement créées, grâce à une propagande savamment montée par des lobbies extérieurs pour manipuler l’opinion publique n’ont eu aucun impact sur le vécu quotidien de la population. On ne mange pas la rigueur».

Graves conséquences et amplification de la pauvreté

Cet échec est attesté par des résultats pour le moins désastreux avec des conséquences dramatiques tant sur le plan financier, économique que social.

Sur le plan financier, le Congo n’a jamais résolu le problème de son incapacité de remboursement de sa dette. Il s’est au contraire trouvé dans une situation d’enlisement sans fin, l’obligeant de continuer à s’endetter pour faire face à l’insuffisance des moyens financiers. A la suite de ces difficultés, il est allé 11 fois au Club de Paris, instance regroupant les créanciers multilatéraux et bilatéraux, pour solliciter les rééchelonnements afin de repousser dans le futur les échéances de remboursement, moyennant des intérêts moratoires et des commissions. Il faut donc le souligner, l’alourdissement de la dette est dû pour une très large part au poids de la charge d’intérêts résultant de ces rééchelonnements. A la veille de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative des Pays pauvres très endettés -PPTE-, fin décembre 2009, le stock de la dette s’élevait à 13,7 milliards de dollars. Ce montant devenu colossal correspondait à celui des recettes de quatre années d’exportations et le ratio du service de la dette atteignait le chiffre record de 146 % du PIB, faisant de la dette extérieure du Congo l’une des plus élevées du monde par habitant.

Sur le plan économique, malgré des nombreuses réformes engagées, les différents programmes n’ont jamais réussi à relancer le pays sur la voie du développement ni à résoudre le problème des déséquilibres de son économie. Ils ont plutôt contribué à la régression de celle-ci, comme on peut en juger par les indicateurs économiques qui montrent que c’est en 1989, qu’il y a eu pour la première fois depuis 1973 une croissance négative, soit -1,4%.

Sur le plan social, plus soucieuses de la croissance que du développement, les institutions de Bretton Woods ont imposé d’énormes sacrifices supplémentaires à une population déjà démunie. Elles ont largement favorisé l’amplification de la pauvreté avec leurs exigences d’équilibre macroéconomique, basé sur la réduction anarchique et désordonnée des agents de l’Etat ainsi que les restrictions et le blocage des leurs maigres  salaires, l’accentuation du chômage résultant de la suppression d’emplois à la suite des réformes opérées dans les entreprises publiques, la mauvaise distribution macroéconomique du revenu national, entraînant des fortes inégalités et une disparité  plus grande entre les plus riches et les plus pauvres, au détriment de la justice  distributive. Les programmes ont eu un coût social très élevé, résultant des privations et des souffrances et leur poids s’est avéré lourd. Ils se sont traduits par une forte baisse du niveau de vie de la population, mesuré par le PIB par tête d’habitant. Celui-ci est tombé de 421,6 dollars en 1975 à 304,53 dollars en 1981, soit une régression de 28% en 6 ans. Le Congo est ainsi devenu, malgré ses richesses surabondantes, l’un des 64 pays les plus pauvres de la planète.

La pauvreté est certes générale mais elle est davantage rurale. Le rapport établi par le ministère du Plan à ce sujet est sans concession: 60% des Congolais pauvres sont des ruraux tandis que 10% vivent en ville. La pauvreté rurale s’explique essentiellement par la suppression des aides publiques à l’agriculture par les autorités congolaises, à la suite des pressions de ces institutions, au nom du principe «d’avantages comparatifs», d’après lequel au lieu de produire, un pays doit se contenter d’importer et de consommer ce que les autres produisent à moindres coûts. L’agriculture qui occupe 70 % de la population active a été   délaissée au profit de l’industrie minière, devenue l’épine dorsale de l’économie.   

Recherche des profits

Pendant que la population s’est appauvrie, ces institutions, obsédées par la recherche effrénée des profits, se sont enrichies en accumulant des millions de dollars. La preuve en est que le Congo leur rembourse plus qu’elles ne lui prêtent et d’après des informations disponibles et corroborées, un dollar investi leur rapporte trois dollars. Jusqu’à l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative des Pays pauvres très endettés -PPTE-, 50 millions des dollars étaient consacrés chaque année au service de la dette extérieure et presque rien à la dette intérieure qui ne représentait pourtant à peine que 23 % de l’encours de la dette publique. Sans oublier les opérations de rachat des créances, payées avec «les fonds vautours», moyennant une décote de 60%.

Il est évident que c’est à cause de tous ces profits et pour maintenir la population congolaise dans la pauvreté que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont toujours cherché à perpétuer les prêts et à multiplier des réformes inutiles. Il faut également ajouter aux méfaits causés par ces institutions, leur part de responsabilité dans la persistance de l’insécurité qui règne depuis plus de deux décennies à l’Est du pays. En effet, c’est suite aux pressantes injonctions de la Banque mondiale que les dirigeants congolais s’étaient vus obligés de prendre en décembre 1982 la décision autorisant la détention et la vente des matières précieuses. Depuis lors, les produits de l’exploitation artisanale des minerais alimentent régulièrement les groupes armés qui sévissent dans cette partie de la République et dont le nombre est estimé actuellement à plus de 120.                  

Causes de l’échec

Les causes de l’échec des programmes sont multiples autant que diverses, parmi lesquelles, nous pouvons citer:

  • Des réformes superficielles, inopportunes et inappropriées, conçues et imposées de l’extérieur, oubliant, comme l’affirme l’économiste belge Fernand Bézy, que le développement ne se donne pas de l’extérieur mais procède de l’intérieur;
  • L’application aveugle et brutale à l’économie congolaise des mesures conçues pour des économies mieux structurées et plus évoluées, à la manière des charlatans qui, sans diagnostic clinique préalable, administrent la même potion à tous les malades, même à ceux souffrant des pathologies différentes;
  • La contradiction entre les programmes qui sont souvent de moyen et long terme et les mesures sévères d’application de court terme. Ce qui ne permet pas de résoudre les problèmes des déséquilibres structurels de l’économie congolaise dont les solutions requièrent des délais plus longs;
  • L’erreur de croire qu’une simple réduction de la masse monétaire en circulation par la simple compression de la demande peut résoudre des problèmes structurels tels que la relance de l’agriculture, la revitalisation du milieu rural, la baisse du chômage, une saine gestion financière et administrative, la construction des infrastructures structurantes…
  • Les prêts accordés après 1980 ont servi essentiellement au refinancement de la dette, c’est-à-dire au paiement des arriérés des anciens. C’était notamment le cas en 2001 avec les 700 millions des dollars destinés au financement du Programme intérimaire renforcé -PIR. De ce montant déboursé par la Banque mondiale, 160 millions de dollars seulement ont été débloqués au profit du Congo tandis que le reste a été affecté à l’apurement des arriérés de cette institution.

Crainte du retour du dictat

Si nous ne prenons pas garde, nous risquons de revivre le dictat que nous avons subi sous la deuxième République de la part de ces institutions, comme elles ont d’ailleurs l’habitude de le faire pour la plupart des pays emprunteurs. En effet, bien que ne disposant d’aucune légitimité dans ce domaine, elles s’imposent dans le choix et la désignation des personnalités devant assumer des responsabilités. L’intervention dernièrement du Fonds monétaire international dans la nomination de la gouverneure de la Banque Centrale et la récusation de trois de ses administrateurs en sont l’illustration la plus parfaite.

Nous pouvons même nous demander si cette reprise de la coopération avec les institutions de Bretton Woods ne sera pas un obstacle à la réussite du programme du social du Président de la République. Car avec ce dictat qui s’apparente à une véritable recolonisation rampante du pays, il faudra s’attendre prochainement à des décisions impopulaires du gouvernement, comme celle relative à la majoration du prix du carburant, avec ce qu’elle implique comme effets d’entraînement sur le prix de transport des personnes et des produits agricoles ainsi que sur le pouvoir d’achat de la population.

Il y a également lieu de craindre la diminution des dépenses réservées à l’éducation et à la santé, comme cela a été le cas en 1983, lorsque la Banque mondiale avait obligé les responsables politiques de l’époque de réduire à 1% le budget de ces deux secteurs vitaux qui auparavant étaient respectivement de 30% et 20%. Dans le même ordre d’idées, il est permis de douter de la concrétisation de la promesse faite par le Président de la République d’accorder des bourses d’études aux étudiants des Universités et des Instituts supérieurs publics. Comme on le voit, tout montre que notre coopération dans le passé avec les institutions de Bretton Woods a abouti à l’inverse des résultats attendus. La question qui se pose est celle de savoir pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui.

Solutions alternatives

Il ne fait guère de doute que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ne viennent pas pour nous développer mais pour leurs profits, pour nous faire régresser et nous maintenir dans la pauvreté. Nous devrions renoncer à cette idée qui fleurit malheureusement chez nombre d’hommes politiques congolais, d’après laquelle le développement de ce pays doit dépendre de l’assistance extérieure des pays riches.

Nous devons plutôt comprendre que le Congo peut amorcer son développement sans recourir à l’aide internationale grâce aux importantes ressources dont il regorge: minières, agricoles, halieutiques, pétrolières, touristiques, hydro-électriques. Il peut aussi réussir à réduire en si peu de temps son taux actuel d’extrême pauvreté. Pour cela, il doit tout faire pour s’affranchir de la tutelle des institutions de Bretton Woods. Il peut dans ce domaine suivre l’exemple du Ghana. Ce petit pays, moins étendu que l’ancienne Province du Bandundu avec ses 240.000 km2, connaît un développement extraordinaire depuis qu’il a mis fin à trente ans de coopération avec ces deux institutions financières internationales.

Pour y arriver, il a mis en place une gestion rigoureuse et rationnelle des finances publiques, une panoplie des sanctions sévères contre les détourneurs des deniers publics et un accent particulier sur les dépenses d’éducation, de santé et d’infrastructures. Ce qui lui a permis d’atteindre depuis 2.000 une croissance économique supérieure à 5% par an et d’être aujourd’hui la plus importante puissance économique de l’Afrique de l’Ouest, la deuxième après le Nigeria. Grâce à ce développement spectaculaire, le Ghana est aussi cité en exemple en matière de lutte contre la pauvreté. Il est le premier pays en Afrique qui a atteint ce premier objectif du Millénaire: alors que 40% de sa population était en 1999 sous le seuil d’extrême pauvreté, cet indicateur est tombé à 26% en 2006.

Loin de nous l’idée de désapprouver l’endettement qui en soit n’est pas une mauvaise chose. La dette peut être une ressource et un facteur de développement, à condition qu’elle soit bien gérée et que la charge de son remboursement soit inférieure aux recettes d’exportations et au PIB. Elle a permis à des pays comme le Brésil et la Corée du Sud qui, bien que fortement endettés, de réussir à résoudre les problèmes structurels de leurs économies. La dette ne devrait cependant être qu’un appoint et n’intervenir qu’à titre supplétif. L’essentiel des investissements devrait provenir des ressources locales et de l’épargne intérieure des entreprises et des particuliers. Celle-ci suppose la création d’emplois et de richesses, les paiements des salaires convenables ainsi que la juste répartition de la richesse nationale. Dans le cas où l’endettement s’avérait nécessaire, il faudra songer à d’autres sources de financement que le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale.

Nous songeons ici à la Belgique, un pays relativement riche avec ses 600 milliards de dollars de PIB, supérieur à celui de tous les pays africains sub-sahariens à part celui du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Notre ancienne métropole n’hésiterait certainement pas à nous accorder des prêts à des conditions concessionnelles. Cependant pour tout nouvel endettement, il sera nécessaire de préciser les objectifs, le taux d’intérêt et la durée du différé pour éviter la capitalisation des intérêts et de pénaliser les générations futures. C’est ici le lieu de rappeler la recommandation faite en 2009 par la Commission épiscopale nationale du Congo -CENCO-, préconisant que tout programme à conclure avec les institutions de Bretton Woods, soit au préalable approuvé par le Parlement. Malheureusement ce souhait de cette prestigieuse institution religieuse qui s’est toujours battue pour le bonheur des Congolais, n’a jamais eu de suite de la part de nos Députés, plus préoccupés par la recherche de leurs intérêts égoïstes que par ceux de la population qui les a élus. On devra aussi songer à faire un audit de la dette extérieure pour savoir qui doit à qui et quels sont les Congolais qui ont profité des prêts obtenus, comme l’a fait le Nigeria pour la dette contractée pendant la dictature. Il a pu ainsi récupérer 1,800 milliard de dollars.

La critique majeure que l’on puisse formuler à l’égard de l’orthodoxie des institutions de Bretton Woods concerne sans aucun doute l’agriculture. Le Congo ne doit plus compter sur une économie de rente, dominée par l’apport des ressources minières qui demeurent assujetties aux fluctuations de la conjoncture mondiale mais il doit diversifier son économie par la promotion de ce secteur. À ce sujet, la politique de libéralisme à outrance doit être condamnée. L’agriculture étant une activité aléatoire et à rentabilité lointaine, l’Etat devra continuer à y avoir une certaine primauté et non des particuliers, motivés plus par la maximisation de leur profit que par l’intérêt général.

Il sied d’ailleurs de préciser à ce propos qu’actuellement une des caractéristiques de l’économie agricole mondiale est l’importance de l’intervention de l’Etat, même dans les pays qui se réclament les champions du libéralisme économique comme les Etats-Unis et l’Union européenne. Les pouvoirs publics y interviennent pour subventionner leur agriculture, soutenir les prix agricoles et protéger leur marché national.

Arthur MBUMBA NGIMBI

Chef de travaux et Doctorant en Economie à l’Université de Kinshasa

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