
Tous les individus recherchés par la justice, dont la tête a été mise à prix par l’ancien ministre d’État chargé de la Justice, Constant Mutamba, peuvent désormais dormir sur leurs deux oreilles. Guillaume Ngefa Atondoko, le nouveau ministre en charge, a exprimé son vif désaccord avec cette décision, la qualifiant d’«illégale», car la législation en République Démocratique du Congo n’autorise ni rançon ni compensation financière pour l’arrestation de quiconque. Mercredi, Ngefa a présenté les grandes lignes de ses priorités en tant que responsable du ministère de la Justice et Garde des Sceaux, en insistant particulièrement sur la lutte contre la corruption et l’amélioration des conditions dans les prisons.
Placé aux commandes d’un secteur profondément affecté par la corruption et une surpopulation carcérale, il s’engage à promouvoir des réformes visant à assainir le système judiciaire, à renforcer l’État de droit et à moderniser l’administration de la justice.
Lors de son premier briefing de presse en compagnie du porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, le ministre a clairement réagi à un sujet controversé en affirmant sans hésitation que la législation en République Démocratique du Congo ne prévoit aucune forme de rançon ou de compensation financière pour procéder à des arrestations.
Ngefa a également exprimé son inquiétude quant à la collaboration entre certains avocats de l’État et ceux des parties adverses, qui conduisent à des condamnations de l’État pour des montants très élevés, qu’ils se partagent ensuite.
Pour remédier à ces dérives, le nouveau ministre a annoncé l’instauration de règles strictes, telles que l’obligation pour les avocats de l’État de travailler au sein de cabinets respectueux de l’éthique, spécialisés dans leurs domaines, et la mise en place de sanctions sévères en cas de corruption.
«Concernant les avocats de l’État, j’ai affirmé ma volonté de combattre la corruption. Ce secteur a fait l’objet de nombreux abus, nous allons donc instaurer de l’ordre, sélectionner des avocats qui représenteront dignement l’État et qui ne s’associeront pas aux parties adverses pour faire condamner l’État à débourser des millions. Cela me semble très clair», a-t-il déclaré d’un ton déterminé.
Ngefa a également révélé qu’il avait «refusé de signer des documents pour rémunérer certains avocats dont je n’avais même pas reçu les rapports d’audience, et je ne voyais pas la raison de leur paiement». «Nous devrons procéder à une évaluation, car si nous souhaitons soutenir le Président de la République et réellement lutter contre la corruption, nous devons établir des règles de transparence, j’en suis convaincu», a-t-il ajouté.
Durant son intervention, le ministre Ngefa a admis que la perception de la justice par le public était largement négative. «La justice est vue comme corrompue, inefficace et affaiblie par des manques de moyens», a-t-il indiqué.
D’après lui, le manque de juges, les conditions déplorables dans les prisons et l’insuffisance des infrastructures nuisent gravement à l’indépendance et à la crédibilité de la justice, affectant non seulement des magistrats aux pratiques douteuses, mais aussi l’ensemble du système judiciaire, y compris avocats, greffiers, huissiers et certains représentants de l’État.
Ngefa envisage également de renforcer l’État de droit par une meilleure coopération avec le Conseil supérieur de la magistrature -CSM- et d’établir une cartographie des besoins judiciaires, pour adapter le fonctionnement des juridictions et des prisons aux réalités des 26 provinces de la République Démocratique du Congo.
Le ministre a salué le projet de création d’un parquet financier, adopté par le gouvernement avant son arrivée, qu’il considère comme une «innovation majeure» pour défendre les intérêts de l’État, assainir la gestion publique et améliorer le climat des affaires. Il a également souligné la nécessité de moderniser l’administration judiciaire grâce à la digitalisation des dossiers, rappelant qu’un incendie survenu en 2020 à la prison de Kasapa à Lubumbashi avait détruit de nombreux documents, laissant actuellement 262 détenus sans statut juridique clair. «Une telle situation est inacceptable», a-t-il regretté.

