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Kinshasa-Brazzaville: l’appel à propositions lancé pour un pont à 414 millions de dollars

Il aura fallu des années de discours et de promesses. Cette fois, les signatures claquent sur le papier. Mardi, à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, l’avis d’appel à propositions pour le pont route-rail Kinshasa-Brazzaville a été officiellement lancé. En face-à-face, deux hommes d’État: Jean-Jacques Bouya, vice-Premier ministre en charge de l’aménagement du territoire de la République du Congo, et Jean-Pierre Bemba, son homologue en charge des Transports de la République Démocratique du Congo. Derrière eux, la BAD, la CEEAC et le groupe G50 en témoins.   «En ce jour, il s’agit de la sélection du concessionnaire stratégique et privé qui passera de la phase de financement, construction et exploitation», a annoncé Jean-Pierre Bemba, visiblement pressé d’en finir avec la phase des études. 

Pour Kinshasa et Brazzaville, séparées de quelques kilomètres par le fleuve Congo, c’est un paradoxe qui prend fin. Deux capitales, environ 20 millions d’habitants de part et d’autre, et zéro pont. Résultat: tout passe par des baleinières, des pinasses et des pirogues, au gré du fleuve et des lenteurs administratives. «Bien plus qu’un simple ouvrage de génie civil, il s’agit d’une œuvre de redynamisation du commerce transfrontalier», a insisté Bemba, en présence de John Banza Lunda, ministre des Infrastructures et Travaux publics de la République Démocratique du Congo. «Je tiens à saluer la vision éclairée des deux chefs d’État, Félix-Antoine Tshisekedi et Denis Sassou Nguesso, d’être déterminés à concrétiser ce projet».

414 millions de dollars pour décloisonner l’Afrique centrale

Le projet est massif: 1 575 mètres d’ouvrage, 10 travées, dont deux haubanées de 152 et 242 mètres de portée. Deux fois deux voies routières, une voie ferrée, tout est prévu pour faire passer hommes, marchandises et trains. 

Il sortira de terre à Maloukou Trechot, à 65 km de Brazzaville et 85 km de Kinshasa. Coût estimé en 2018: 414 millions de dollars. 

«C’est un projet commun entre deux peuples frères qui ont décidé de mutualiser leurs efforts et leurs ambitions», a lancé Jean-Jacques Bouya. «Aujourd’hui est l’étape décisive et de matérialisation de ce projet d’envergure destiné à renforcer la fluidité des échanges humains, des marchandises et commerciaux, avec pour ambition de relier d’autres capitales». L’enjeu dépasse les deux Congo. Le pont doit sécuriser la connexion Brazzaville-Kinshasa, mais aussi ouvrir une voie directe vers le Cameroun, la Centrafrique, le Tchad et le Gabon. En clair : faire sauter le goulot d’étranglement qui plombe l’intégration régionale en Afrique centrale.

Côté technique, la Délégation générale des grands travaux du Congo-Brazzaville et l’Agence congolaise des grands travaux piloteront l’ouvrage. Le cadre juridique avance aussi : début mai 2026, les ministres des Finances des deux pays ont signé l’accord bilatéral sur le régime fiscal et douanier. Si le calendrier est tenu, le concessionnaire privé sélectionné à l’issue de cet appel à propositions passera directement au financement et à la construction. 

Après des décennies d’attente, Kinshasa et Brazzaville pourraient enfin se regarder les yeux dans les yeux… sans barque entre elles.

Natine K.

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