
Le président de la République, Félix Tshisekedi, a longtemps cherché les moyens et les méthodes pour rendre l’action publique plus efficace, plus directe, au plus près des RD-Congolais. Le nouveau style semble passer.
Les faits. En itinérance depuis deux mois à travers les provinces, le Chef de l’Etat est arrivé jeudi à Mbujimayi, chef-lieu du Kasaï Oriental, en provenance de Kananga, au Kasaï Central, où il a passé deux jours. Dans la ville diamantifère, il a annoncé un financement de 50 millions de dollars pour relancer la Minière de Bakwanga -MIBA. «C’est avec satisfaction que je vous informe avoir mobilisé une enveloppe de 50 millions de dollars en vue de redynamiser la Société minière de Bakwanga -MIBA», a annoncé le président de la République. Les actionnaires de la MIBA vont verser un premier montant de 120 millions de dollars pour relancer les mines de diamant, d’or et de nickel de cette entreprise stratégique du secteur minier national. Ancien numéro 1 mondial du diamant, la MIBA est en plein redéploiement. Son premier actionnaire, l’Etat, a décidé, fin septembre, d’injecter 70 millions de dollars dans l’entreprise, sur décision du président Félix Tshisekedi. Mais ce n’est pas tout. Son second actionnaire, le groupe sino-belge ASA Ressource, a ajouté un montant de 50 millions de dollars à cet investissement, a rapporté le média français L’Echo. ASA Ressource détient 20% de la MIBA. Parmi ses membres, on retrouve le Belge Olivier Alain Barbeau.
L’argent frais servira à relancer les activités minières dans le diamant, l’or et un secteur en pleine expansion: l’exploitation de nouveaux gisements de nickel et de chrome récemment mis à jour dans la région du Kasaï, des minerais indispensables aux batteries des véhicules électriques. Ces montants seront augmentés dans les mois à venir. À son âge d’or, dans les années 1960, la MIBA représentait 80% de la production mondiale de diamants industriels et 57% de tous les diamants. Au début des années 2000, la guerre en RD-Congo, des contrats douteux et l’anarchie à la tête de l’État ont plongé l’entreprise dans une période de vaches maigres. Les mines se sont retrouvées à l’abandon. Depuis un an, Tshisekedi se défie, croise les doigts en relançant les activités de la MIBA.
L’investissement de 120 millions de dollars servira à acheter des nouvelles machines d’exploitation, payer le personnel, et, surtout, finaliser la certification des mines et la sécurisation du polygone de la MIBA, deux opérations vitales pour rassurer les partenaires.
Parallèlement à la relance de cette entreprise d’économie mixte, le président de la République mise sur la construction de la route Kalambambuji. Le 25 décembre, jour de Noël, il en a inspecté les travaux jusqu’à l’étape du village Matamba. Accompagné du ministre d’État en charge des Infrastructures, Alexis Gisaro, le Chef de l’État a vu le premier tronçon asphalté de cette route d’intérêt national et international avant de recevoir d’amples explications des entrepreneurs chinois qui ont repris ce chantier depuis le mois de septembre dernier. Selon le ministre des ITP, les 230 km de la route Kalambambuji seront rendus praticables en juin 2025, en attendant les grands travaux d’assainissement et de la pose du bitume. La livraison officielle de cette route, selon Alexis Gisaro, interviendra dans deux ans.
Une fois praticable, la route Kananga-Kalambambuji va non seulement relier le chef-lieu du Kasaï Central à l’océan Atlantique par les ports angolais de Lobito et de Luanda mais elle va aussi participer au désenclavement de l’espace Grand Kasai et ouvrir la voie vers l’Afrique australe. Kalambambuji est devenu une question de vie ou de mort pour Tshisekedi, qui a juré, devant le public amassé mardi 24 décembre à la place de la poste à Kananga et pas prêt d’attendre encore pendant longtemps, de terminer les travaux avant la fin de son mandat, allant jusqu’à demander d’être lapidé s’il ne tenait pas cette promesse.
S’il est en mis en service, Kalambambuji sera connecté à la voirie urbaine de Kananga, en pleine réhabilitation. Les travaux confiés à la société Safrimex concernent 42 kilomètres dans les 5 communes: Kananga, Katoka, Ndesha, Nganza et Lukonga.
Objectif «relance économique»
L’apport de la route Kalambambuji et de la MIBA au développement de la région du Kasaï n’est pas à démontrer. Il aura un impact sur les plans social et économique avec la création des emplois directs et indirects. Les efforts du gouvernement pour leur mise en œuvre est salué par la population. En tête, Félicien Tambwe, l’archevêque métropolitain de Kananga. Lors de la messe de Noël à Kananga, le prélat catholique a félicité Félix Tshisekedi pour les nombreux projets réalisés ou en cours de réalisation dans la région du Kasaï. Pour lui, les routes, l’électricité et les ravins constituent les principales préoccupations de la population du Kasaï Central.
Outre ces deux projets phares, Tshisekedi veut également rattraper le retard dans les domaines de l’électricité et l’eau. À Kananga, il a fait part de la fin des études pour le barrage de Mbombo, 10 MW à l’issue de la première phase, et du début des travaux en février 2025, avant de solliciter l’appui de l’autorité coutumière pour la relance des travaux du barrage de Katende, 64 MW avec un financement du gouvernement de la République.
La nouvelle configuration du projet Katende organise le projet en trois phases, avec un mécanisme souple d’autofinancement prévu pour chaque étape. La première s’achèvera en 24 mois. Elle permettra de produire 16 MW et de desservir les villes de Kananga, Mbuji-Mayi et Tshimbulu. Les phases suivantes ajouteront progressivement 32 MW puis 16 MW. «Outre les milliers d’emplois prévus durant la construction, la centrale devrait stimuler l’activité économique locale et améliorer les conditions de vie des populations grâce à un accès accru à l’électricité. Il faut rappeler que le projet comprend la construction de la centrale et la mise en place d’une ligne électrique de 130km reliant les localités de Kananga et de Mbuji-Mayi. Une ligne de 30 km est également prévue pour relier Kananga à Bukonde», a expliqué à AfricaNews le ministre de la Communication et médias Patrick Muyaya, qui accompagne le président de la République dans cette tournée.
Côté eau, Tshisekedi a laissé entendre que la Regideso commence, en juin 2025, les travaux de construction d’une nouvelle usine de traitement d’eau potable dans la ville dont l’hôpital général a reçu une cure de jouvence. Cette grande formation hospitalière locale a été complètement rénovée et équipée d’un laboratoire moderne, d’un service complet de radiologie, échographie et d’un scanner de dernière génération. Selon le ministre de la Santé, hygiène et prévention, Dr Roger Kamba, un grand centre de recherche biomédicale est en pleine construction sur ce site.
À Mbujimayi où la voirie urbaine est en train de revêtir une nouvelle robe, Tshisekedi inaugure ce vendredi la nouvelle usine de traitement d’eau de la Regideso pour une fourniture sans interruption et l’hôpital général de la Muya, désormais doté de plusieurs équipements modernes de pointe, notamment un scanner, une mammographie, des dispositifs d’imagerie médicale et bien d’autres outils diagnostiques et thérapeutiques, grâce aux fonds disponibilisés par le FPI, en exécution du Programme présidentiel de lutte contre les inégalités sociales et la réduction de la pauvreté au Kasaï. Reliée derechef à la nouvelle sous-station électrique de Bipemba grâce à une ligne fournie par le barrage Tubitubidi, Mbujimayi connaît ces derniers jours une amélioration significative dans l’approvisionnement en courant électrique.
