
La signature, le 27 juin dernier, de l’accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, sous la médiation de Washington, semble avoir embarrassé le président rwandais Paul Kagame. Lors des festivités marquant le 25ᵉ anniversaire du Jour de la libération au Rwanda, ses propos ont trahi une gêne que le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, n’a pas manqué de relever.
Pour Muyaya, les déclarations du président rwandais sont révélatrices d’un «désespoir», signe que la fin d’une époque de «mensonges répétés» est imminente. À ses yeux, l’accord de Washington représente de facto une reconnaissance implicite de l’implication du Rwanda dans les activités illicites qui alimentent l’instabilité dans l’Est de la République Démocratique du Congo. «On ne signe pas un accord de paix si l’on n’est pas partie prenante au conflit», a déclaré Muyaya, estimant que Kigali ne peut plus masquer son rôle actif sur le terrain RD-congolais.
Réplique aux attaques contre Tshisekedi
Le porte-parole du gouvernement congolais a également fustigé les attaques de Paul Kagame contre la légitimité du président Félix Tshisekedi. Ce dernier, a rappelé Muyaya, a été élu démocratiquement en 2018 et réélu en 2023 selon les lois électorales du pays. Kagame, lui, avait affirmé que Tshisekedi aurait simplement été «appelé au bureau» en 2018 pour se voir attribuer le pouvoir, insinuant que les scrutins RD-congolais manquaient de crédibilité.
Une sortie vivement critiquée par Muyaya: «Il n’a aucune leçon à donner sur la démocratie ou les droits humains. Si le président Kagame s’intéresse autant à la politique congolaise, il pourrait commencer par s’inspirer du modèle de pluralisme et d’élections régulières qui caractérise notre pays. Ce qui, malheureusement, est loin d’être le cas au Rwanda». Le ministre a poursuivi, appelant à l’élévation du débat: «Ne nous demandez pas de descendre dans la boue. Quand ils vont bas, nous allons haut».
Un appel à la responsabilité
Tout en fermeté, Muyaya n’a pas exclu un ton plus conciliant, rappelant que les déclarations de Kagame nuisent à l’esprit de l’accord de paix de Washington, censé tourner la page des tensions persistantes entre les deux voisins. Pourtant, lors de son discours à Kigali, Kagame est resté sur une ligne dure. Il a notamment déclaré que «si les FDLR continuent d’être là, le problème continue», ajoutant: «Le Rwanda n’a besoin de la permission de personne pour protéger son territoire».
Et d’avertir: «Si les autres ne respectent pas leurs engagements, cela aura des conséquences sur ce que nous avons accepté». À rebours de cette posture martiale, le président Tshisekedi s’est montré constant dans sa volonté d’apaisement. Le 30 juin, à l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, il a réaffirmé son engagement en faveur d’un retour durable à la paix, en insistant sur la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et la justice pour les victimes des exactions et pillages liés au conflit.
Un rapport accablant de l’ONU
La nervosité du président rwandais s’expliquerait aussi par la publication récente d’un rapport accablant des Nations unies. Ce document accuse Kigali de soutien militaire direct au mouvement armé M23, actif dans l’Est de l’ex Zaïre, ainsi que de jouer un rôle central dans la contrebande de minerais issus du pillage du territoire de la République Démocratique du Congo. Un élément de plus qui complique la position du Rwanda sur la scène régionale et internationale, et renforce l’appel de Kinshasa à des mécanismes de justice, de vérité et de responsabilisation.
