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Kabila et Kamerhe: quelle sera la suite?

C’est la première fois depuis 2010 que le Président de la République a directement revu l’ancien président de l’Assemblée nationale
Joseph Kabila et Vital Kamerhe se sont rencontrés mercredi soir à Kinshasa. Une poignée de mains suivie d’un long tête-à-tête qui, au regard de leur passé et leurs ambitions respectives, sort de l’ordinaire. Vous allez découvrir pourquoi.
Mercredi 12 octobre 2016 à Kinshasa, André-Alain Atundu Liongo, porte-parole de la Majorité présidentielle -MP-, a confirmé que son camp politique a accordé le poste de Premier ministre à l’Opposition présente au dialogue et déclaré imminente la signature de l’accord devant sanctionner ce forum ouvert à Kinshasa début septembre 2016.
S’il est signé, cet accord devrait ouvrir une ère de cohabitation inédite entre Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et Vital Kamerhe, séparé d’avec son ancien mentor en 2009 et pressenti prochain Premier ministre. Un tel compromis s’annonce donc original.
Relation à couteaux tirés depuis 2009
En effet, Joseph Kabila et Vital Kamerhe vivent une relation à couteaux tirés depuis 2009 quand le second a osé s’étonner et dénoncer publiquement l’entrée des troupes rwandaises en RD-Congo pour la traque des FDLR.
«Tout ce que je sais, c’est que l’Assemblée nationale avait adopté un plan de sortie de crise en octobre 2008, soumis au gouvernement sous forme des recommandations. Ce plan avait tracé le cadre de la normalisation de nos relations avec le Rwanda. Ce plan avait aussi un volet politique. Ce qui était en train de se faire donc à Nairobi. Mais nous avons aussi retenu dans ce plan qu’il faut absolument arriver, d’une manière ou d’une autre, à éradiquer les ex-FAR Interahamwe», avait alors expliqué Kamerhe.
L’ancien speaker de l’Assemblée nationale avait fait savoir son étonnement et son opposition en ces termes: «Maintenant vous me dites que les troupes rwandaises viennent d’entrer au Congo, je préfère croire que c’est faux. Puisque si c’est vrai, c’est tout simplement grave, parce que cela va soulever un certain nombre de questions. Nous nous posons la question de savoir dans quel état d’esprit se trouvent nos populations qui viennent à peine de sortir de l’agression rwandaise».
La sagesse du Roi Salomon
On est en janvier 2009. La suite est mouvementée. Elle se solde par la démission du speaker le 25 mars 2009 devant 404 députés nationaux réunis en séance plénière. Ce jour-là, pas d’autre fait saillant à part le discours d’au revoir de Kamerhe.
«Nous voilà aujourd’hui à la croisée des chemins. Je dois opérer, avec vous, un choix et le bon», dit-il. «Notre seul fil conducteur doit être la lutte pour la préservation et la sauvegarde de la démocratie et de la légalité dans notre pays ainsi que l’indépendance du député national, lequel ne doit pas être astreint à un mandat impératif en vertu de l’article 101, alinéa 5 de la Constitution…».
Puisant, comme il le dit lui-même ce jour-là, dans la sagesse du Roi Salomon de la Bible appelé à trancher le conflit entre deux femmes qui se disputaient un enfant, Kamerhe décide d’opter pour la «voie la moins périlleuse et la moins coûteuse pour le peuple qui a démontré, à travers les années, son attachement à la démocratie».
Aucune évocation en public de l’avenir politique de Kabila
Les dernières rencontres entre Kabila et Kamerhe remontent à cette époque. Une fois, le jour où Kamerhe est allé faire part à Kabila de son accord de démissionner.
Une autre fois, au défilé marquant le 50ème anniversaire de l’indépendance de la RD-Congo, le 30 juin 2010. Et la dernière fois, lorsqu’il a revu Kabila pour lui révéler son projet de créer son propre parti politique, l’Union pour la nation congolaise -UNC.
Puis viennent les explications à la faveur de la présidentielle de 2011 à l’avantage de Kabila.
Après l’étape de la Cour suprême de justice où la victoire de Kabila est confirmée, Kamerhe choisit de faire une opposition farouche contre son ancien camp. Alors que le Président, atteint par la limite du nombre des mandats constitutionnels, n’ose jamais évoquer son avenir politique en public, l’ancien Secrétaire général du PPRD et ex-speaker de l’Assemblée nationale le soupçonne de préparer un «glissement» pour «violer la Constitution et se maintenir au pouvoir».
Favorable à un dialogue avec le Régime, il dit non à la formule des concertations nationales convoquées en 2013, réclamant en vain la tenue d’un vrai dialogue.
Au nom de l’apaisement et de la recherche pacifique du compromis
Fin juin 2015, Kabila précise l’ordre du jour d’un nouveau dialogue préconisé pour décrisper le climat politique au pays. Pas suffisant pour séduire Kamerhe. «Si nous suivons Joseph Kabila dans sa démarche, nous allons l’accompagner dans la violation de la loi fondamentale de notre pays et nous allons entamer l’indépendance de la CENI».
Juillet 2016, Kamerhe revient aux bons sentiments. Il accepte de rejoindre le dialogue «tel que prévu par la résolution 2277 de l’ONU» mais à certaines conditions telles que le respect de la Constitution et la libération de tous les prisonniers politiques.
Septembre 2016, Kamerhe rallie bel et bien le dialogue au nom de l’apaisement et par souci de la recherche pacifique du compromis et son engagement «à amener Kabila à quitter le pouvoir sans coup de feu».
Kabila reste aux affaires
Depuis, un accord prévoyant de donner le poste de Premier ministre à une figure de l’Opposition a été trouvé. Selon ce texte, cette personnalité devrait diriger le gouvernement de transition jusqu’à la tenue des élections présidentielle et législatives désormais repoussées. En échange, l’Opposition a dû lâcher sur une exigence cruciale. Elle consent que le Président Kabila reste au pouvoir pendant cette période de transition, au-delà de son mandat qui s’achève le 19 décembre 2016.
Et en contrepartie de cette concession, deux autres clauses devraient figurer dans cet accord: le respect de la Constitution et le principe selon lequel il n’y aura pas de troisième mandat pour Kabila, qui pourra rester aux affaires jusqu’à l’élection d’un nouveau chef de l’Etat et ne pourra pas être candidat à sa succession.
Vrai ou faux, maintenant qu’on le sait et dit bien parti pour co-gérer une nouvelle transition avec Kabila, qui a juré de conduire sa Majorité à une nouvelle victoire électorale, l’opinion est curieuse de savoir si VK, lui-même candidat à la prochaine présidentielle, saura écrire de sa main le scénario idéal.
AKM

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