
En août 2024 à la faveur d’une interview à la radio Top Congo, le président de la République Félix Tshisekedi a accusé son prédécesseur, Joseph Kabila, de «préparer une insurrection parce que l’Alliance du fleuve Congo -AFC-, c’est lui. Le 15 février, à Munich, alors qu’il s’exprimait dans le cadre d’une conférence sur la sécurité internationale, Tshisekedi est revenu à la charge, accusant une nouvelle fois Kabila d’être le parrain de l’AFC, la plateforme politico-militaire dont la rébellion du M23 fait partie. Bukavu venait de tomber aux mains des rebelles appuyés par les troupes rwandaises, et sa chute, intervenue quelques semaines après la prise de Goma, représentait une expansion sans précédent du territoire du M23 depuis le début de sa dernière insurrection, fin 2021.
Mardi 17 mars, Kabila s’est moqué des affirmations de son successeur devant la presse sud-africaine à l’issue d’un entretien le même jour avec l’ancien président Thabo Mbeki. «Ces accusations sont tout simplement infondées. La prochaine fois que vous le verrez, demandez-lui de vous fournir les preuves de ses dires», a-t-il déclaré, chargeant à son tour Tshisekedi.
«Je crois que le problème au Congo est le président Félix, la solution est le président Félix», a expliqué Joseph Kabila, qui a choisi de s’exprimer le jour même où le dialogue direct prévu à Luanda entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo et les responsables de l’AFC-M23 a été avorté.
C’est désormais un duel médiatique à distance entre les deux personnalités. Face à la presse sud-africaine, Kabila a poursuivi son offensive contre Tshisekedi tout en se disant prêt à œuvrer pour la paix: «Il est clair que nous devons arrêter avec ce jeu de blâme qui consiste à penser que tout ce qui se passe est le résultat de quelqu’un d’autre. À un moment donné, nous devons nous demander si ce n’est pas nous le problème ou notre problème et voir comment nous pouvons le résoudre en tant que Congolais».
Depuis sa réapparition sur la scène politico-médiatique en février dernier via une tribune dans un journal sud-africain dans laquelle il s’est posé en observateur critique du régime de Kinshasa en attaquant Tshisekedi pour mauvaise gouvernance et violation du pacte républicain de 2006 ayant mis fin à la guerre de 1998-2000, Kabila a repris la parole quelques jours après via la presse namibienne pour proposer son schéma de retour à la paix. Il a notamment recommandé un traitement en profondeur de la crise, plaidant pour une réponse globale au-delà d’une solution exclusivement militaire, sans laquelle les problèmes persisteraient bien au-delà du conflit avec le Rwanda. Il a appelé au départ de toutes les forces étrangères du territoire de la République Démocratique du Congo, estimant que les Congolais devaient se parler avant tout entre eux.
Mardi, l’ancien président de la République, opposé à l’idée des pourparlers directs entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo et les rebelles AFC-M23, a réitéré sa pressante requête dans ces termes: «Tout le monde parle du Congo, sauf les Congolais. Si vous allez à Nairobi, vous voyez que les gens parlent du Congo. Si vous allez en Afrique du Sud, les gens parlent du Congo, mais les Congolais eux-mêmes semblent ignorés».
YA KAKESA


