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José Makila : un scénario surprise dans la course à la primature

Parce que le poste de Premier ministre est octroyé à l’Opposition signataire de l’Accord et si l’ultime stratégie de Kabila repose vraiment sur le choix d’une figure venue du Rassemblement en vue de donner au compromis les allures d’inclusivité, certains analystes pensent que le gouverneur du Sud-Ubangi José Makila Sumanda est le seul à avoir de solides arguments pour que sa désignation à la Primature fasse consensus
L’Accord du 18 avril 2016 prévoit la formation d’un gouvernement dirigé par une figure de l’Opposition 21 jours après sa signature. Il s’est ouvert une nouvelle période: l’aube d’une joute de plusieurs jours entre les ténors de l’aile de l’Opposition qui a participé au dialogue. Alors que le choix d’une telle personnalité ne peut jamais être serein, c’est le moment d’évaluer les chances des candidats cités dans la course et de répondre à la question que l’on se pose à propos du futur chef du gouvernement.
Vital Kamerhe, donné comme favori, a-t-il la chance de succéder à Augustin Matata Ponyo? Selon le confrère en ligne www.afrik.com, voir l’ancien président de l’Assemblée nationale accéder à la Primature est le scénario le plus attendu et le plus probable. Raison: «Le leader de l’UNC a tout lâché lors du dialogue. Il a donné satisfaction à Kabila sur toute la ligne», explique www.afrik.com citant Martin Fayulu, l’un des cadres de la Dynamique de l’Opposition.
 
Convaincre d’abord les caciques du PPRD
Kamerhe présente l’avantage d’avoir le contrôle d’une bonne partie des provinces de l’Est de la RD-Congo, où sa popularité est incontestable. Il est à la tête d’un important groupe de 17 députés à la Chambre basse du Parlement. Il a un parcours politique et vient d’être co-modérateur de l’Opposition au dialogue.
Sérieux handicaps: sa candidature doit d’abord convaincre les caciques du PPRD qui ne le portent pas tous dans leur cœur. Les gens risquent d’accuser Kabila d’avoir monté la stratégie de l’infiltrer dans l’Opposition en vue de le récupérer à son profit le moment venu alors que Kamerhe est candidat déclaré à l’élection présidentielle. A ce titre, il n’est pas question pour la Majorité présidentielle de lui donner un chèque en blanc et les moyens de sa prochaine campagne. Autre petit souci: sa désignation impliquerait un remaniement direct de l’entourage immédiat de Kabila.
Selon plusieurs sources, Néhémie Mwilanya Wilondja, originaire du Sud-Kivu comme Kamerhe, serait la première victime de ce cas de figure et devrait perdre son poste de directeur de cabinet du Chef de l’Etat. Quitte à être casé quelque part, très probablement dans l’équipe gouvernementale. Nul ne sait si Kabila est disposé à se séparer déjà de son dircab, celui-là même qui a apposé sa signature au bas de l’Accord politique, au nom de toute la Majorité présidentielle.
 
Kabila avec son «Faustin Birindwa»
A défaut de Kamerhe, l’article parle du sénateur Florentin Mokonda Bonza, l’ancien directeur de cabinet de feu Maréchal Mobutu, ou de Samy Badibanga Ntita, le président du Groupe parlementaire UDPS et Alliés, la première force de l’Opposition à l’Assemblée nationale avec 54 députés.
Le cas Badibanga mérite qu’on s’y attarde. Politiquement et sociologiquement proche d’Etienne Tshisekedi, dont il a été le conseiller spécial jusqu’avant sa décision d’aller siéger à l’Assemblée nationale et qu’il connait très bien, l’élu du Mont-Amba à Kinshasa, qui instille aux radicaux de l’UDPS une dose d’ouverture, pourra avoir un mot à dire dans une architecture qui préconise une nouvelle majorité parlementaire et, donc, l’investiture de l’Exécutif par la Chambre basse du Parlement, surtout qu’il ne pourra jamais faire ombrage à Kabila.
A l’opposé de cet atout maitre, un écueil: Kabila doit être prêt à tenter d’avoir son «Faustin Birindwa» en écartant définitivement l’idée d’un improbable rapprochement avec Tshisekedi après le raté de l’accord de l’Hôtel Raphaël de Paris, et le «consensuel» Samy Badibanda apte à jouer ce rôle, l’assumer et s’assumer pour l’Histoire.
 
François Mwamba non signataire de l’Accord
L’autre scénario évoqué par «afrik.com» est le choix du Premier ministre parmi les personnalités issues du Rassemblement. Le nom de François Muamba Tshishimbi est même cité. Voici que l’ancien coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba n’a pas pris part au dialogue et est, ipso facto, écarté de la course, en vertu  de l’article 17c de l’Accord du 18 avril 2016, qui stipule: «Il sera procédé, dans les 21 jours de la signature du présent Accord, à la formation d’un nouveau Gouvernement d’union nationale. Sans préjudice des dispositions constitutionnelles et législatives nationales en vigueur, le Premier ministre est issu de l’Opposition politique signataire du présent Accord».
C’est ici que des sources relèvent le côté inédit de cette analyse: la carte surprise José Makila Sumanda. Seul membre du Rassemblement, l’aile de l’Opposition alignée derrière Tshisekedi et Katumbi, à avoir rallié le dialogue de la Cité de l’Union Africaine, le gouverneur du Sud-Ubangi aurait été, lui aussi, approché par les faucons du camp présidentiel.
Joint au téléphone par AfricaNews, le député élu et réélu de Gemena, Makila n’infirme pas et n’affirme pas non plus ces informations. Mais il dit observer une réserve pour des raisons évidentes. La principale: «Je n’ai pas participé au dialogue pour le partage des postes, mais pour trouver un compromis nécessaire à la paix en République démocratique du Congo, notre pays».
 
José Makila, des arguments de taille
Immédiatement après la signature de l’Accord et la clôture du dialogue, cet homme qui a eu, par le passé, à diriger l’Office des voiries et drainage -OVD-, le ministère des Travaux publics et aménagement du territoire sous le 1+4 ainsi que la province de l’Equateur au début de la législature 2006-2011, a aussitôt pris son avion à destination de Gemena, province du Sud-Ubangi, pour re-vaquer à ses fonctions de gouverneur.
En revanche, parce que le poste de Premier ministre est octroyé à l’Opposition signataire de l’Accord et si la stratégie de Kabila repose vraiment sur le choix d’un homme venu du Rassemblement en vue de donner les allures d’inclusivité, certains analystes pensent, de ces points de vue, que l’ex-MLC est le seul à avoir des arguments pour que sa désignation à la Primature fasse consensus.
Il est aussi vrai que Makila a des arguments. Il est issu de l’ex-Equateur, la province de feu Mobutu, Léon Kengo… et Jean-Pierre Bemba, qui appartient fondamentalement à l’Opposition à l’instar du Grand Kasaï et du Kongo Central. Une des grandes gueules de l’Opposition capable de fédérer une bonne partie de cette sensibilité politique, en commençant par l’Equateur. Le président de l’Alliance des Travaillistes Démocrates -ATD-, 4 députés à l’Assemblée nationale, pourrait tirer son épingle du jeu s’il réussissait à faire de cette faiblesse du nombre une force.
AKM

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