
Jules Alingete Key, le redouté et redoutable Inspecteur général-Chef de service de l’IGF, a été admis à la retraite par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, après 37 ans de bons et loyaux services à la République dont 5 ans consacrés au rayonnement de l’IGF et à la traque de la mafia financière. Porté au pinacle par Félix Tshisekedi, primé et invité à travers le monde pour son implication dans la lutte contre la corruption, Alingete avait fait la publicité autour de sa retraite depuis 2022 à la faveur d’une interview avec la Voix de l’Amérique -VOA.
«Je suis fier de ma carrière de haut fonctionnaire. J’ai intégré l’IGF à 25 ans en qualité d’inspecteur stagiaire. J’ai gravi les échelons pendant 34 ans pour arriver au sommet. C’est une fierté pour moi de terminer ma carrière et aller me reposer quand le Président de la République le voudra», avait-il dit. Félix Tshisekedi est passé à l’acte en signant, mercredi, l’ordonnance admettant l’auteur de la redynamisation de l’IGF à la retraite et à l’éméritat, soit 3 ans après la sortie du flic financier sur les antennes de VOA.
IGF, chien de garde du régime Tshisekedi
A son avènement au pouvoir en janvier 2020, Félix Tshisekedi, issu des rangs de l’UDPS, parti ayant longtemps milité dans l’Opposition contre notamment la corruption et le détournement des deniers publics, a trouvé en Jules Alingete le profil idéal pour moraliser la gestion des finances publiques et arrêter l’hémorragie des malversations financières.
Avec hargne, abnégation et stratégie, Alingete, nommé à la tête de l’IGF le 1er juillet 2020, s’est jeté à l’eau, plaçant sur orbite ce service de la présidence et lui donnant une prestance, non sans lui permettre de veiller au grain pour prévenir les cas de détournement et d’éplucher les vieux dossiers. Les piliers de sa stratégie: l’amélioration des conditions de travail, la patrouille financière -une sorte de contrôle sous 3 modes: a priori, concomitant et a posteriori-, le renforcement des effectifs des inspecteurs, la formation et le recyclage des inspecteurs ainsi que la communication. Entre 2020 et 2024, l’effectif des inspecteurs a été quintuplé par Alingete, passant de 55 à 225, soit 55 inspecteurs généraux, 170 inspecteurs et 1 inspecteur principal.
Ces inspecteurs sont organisés en brigades pour traquer les prédateurs. Ils sont déployés dans tous les domaines, dans tous les secteurs, notamment des cabinets ministériels, la Banque centrale du Congo -BCC-, les régies financières, les Entités décentralisées, etc. Tout de suite, la mayonnaise a pris. L’IGF est devenue la bête noire de fossoyeurs des ressources publiques, suscitant une véritable trouille dans leur chef. Les observateurs s’accordent à reconnaître le rôle fondamental de l’IGF version Alingete dans la mobilisation des recettes publiques ayant permis l’accroissement très significatif du budget national, passé d’USD 5,7 milliards en 2020 -montant retenu après révision de la copie initiale- à environ USD 16,87 milliards en 2025 grâce au travail des titans réalisé par les flics financiers pour barrer la route au détournement et au coulage des recettes.
Sous le roc envoyé au repos, l’IGF a gagné non seulement en réputation mais aussi en conditions de travail après l’inauguration, début octobre dernier par le Président Félix Tshisekedi, de son nouveau bâtiment, construit sur fonds propres, qui a permis aux agents, longtemps confinés dans un cadre étroit, de retrouver un espace de travail digne.
Les gros dossiers de l’ère Alingete
Le parcours de Jules Alingete à la tête de l’IGF est marqué par la révélation des dossiers sales ayant fait grand bruit dans l’opinion. Ces dossiers, longs comme le bras, ont mis à nu la prédation qui, durant de longues années, a caractérisé la gestion des finances publiques.
Au nombre de ces affaires, l’affaire Bukanga-Lonzo, impliquant l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, accusé d’avoir détourné plus d’USD 200 millions, et qui est aujourd’hui pendante devant la Cour constitutionnelle. Il y a en outre l’affaire sur les fonds COVID ayant conduit à l’emprisonnement durant quelques jours de l’ancien ministre de la Santé, Dr. Eteni Longondo, l’affaire forages et lampadaires, soldée sur la condamnation de l’ancien ministre d’Etat au Développement rural, François Rubota, le démantèlement des cartes de crédit liées aux comptes de la BCC au profit des dignitaires du régime Kabila, etc.
Appuyé par ses équipes, Alingete a également déballé les magouilles des membres de divers gouvernements de la République -les Tony Mwaba, Adèle Kayinda, Willy Bakonga, etc.-, des gouverneurs des provinces, des mandataires publics comme l’ancien DG du BCECO, Matondo Mbungu, celui de la Cominière, Patient Mwamba, en prison pour bradage des actifs miniers de cette entreprise publique, l’ex-inspecteur général de l’EPST, Michel Djamba.
A ces affaires s’ajoute la révisitation du contrat chinois à la suite des révélations relatif au déséquilibre important sur la modicité des revenus encaissés par la RD-Congo qui n’a bénéficié que d’USD 800 millions sur des revenus évalués à USD 10 milliards dans l’exploitation des ressources minières par la Chine. L’IGF, forte de ces révélations et suivant le contrat chinois révisé, a fait gagner au pays USD 7 milliards exclusivement dédiés à la construction des infrastructures routières dont USD 300 millions réservés à l’aménagement de 63Km des rocades de Kinshasa.
Ces révélations, selon Florimond Muteba, ont agi comme un électrochoc moral, stimulant une prise de conscience nationale. Par ailleurs, si certaines de ces affaires ont conduit à des poursuites judiciaires contre les présumés auteurs de détournement des deniers publics, d’autres par contre ont produit des résultats non escomptés, faute pour la justice de s’en saisir et d’initier une contre-enquête afin d’établir les responsabilités et de prononcer des sanctions qui s’imposent.
Déterminé à mener une guerre sans merci contre les prédateurs des finances publiques, Alingete ne s’est pas laissé découragé par cette défaillance de l’appareil judiciaire. Il a par contre relancé, début mars dernier, la patrouille financière sur instruction du Président de la République, Félix Tshisekedi. Cette patrouille vise, selon Alingete, à assurer la gestion efficiente et correcte des finances publiques face au comportement des gestionnaires RD-congolais, habitués à la corruption et au détournement.
En 2023, a-t-il révélé, l’IGF, à l’aide de la patrouille financière, a sauvé USD 1,5 milliard sur le point d’être engagé dans des dépenses teintées d’irrégularités. Parallèlement à la patrouille financière, JAK a plaidé jusqu’à obtenir la création de la justice financière pour mieux reprimer la criminalité financière.
Reconnaissance nationale et internationale
En 5 années passées aux commandes de l’IGF, Jules Alingete, à n’en point douter, a laissé des empreintes indélébiles, reconnues aussi bien sur l’échiquier national qu’international. L’homme, baptisé Alligator tant il inspire la peur du côté des prédateurs des deniers publics, a plusieurs fois été couvert d’éloges par le Président Félix Tshisekedi, fortement impressionné par son rendement au point de se sentir fier d’avoir «ressuscité et renforcé» l’IGF et de compter cela comme un résultat positif de son premier mandat. En 2023, le Chef de l’État a reconnu urbi et orbi que «l’IGF aide les pouvoirs publics à mettre la pression sur ceux qui s’adonnent au détournement et à la corruption. Elle dévoile tous les systèmes de corruption mis en place».
Logique qu’à la suite de la mise en place du premier gouvernement de son second quinquennat, Tshisekedi, à la faveur de la 2e réunion du Conseil des ministres, puisse recommander à l’équipe Suminwa de suivre la voie de la bonne gouvernance tracée par Alingete. Comme Tshisekedi, Florimond Muteba, acteur de la société civile, réputé pour ses avis critiques tranchants sur la gestion de la res publica ainsi que pour ses dénonciations saisissantes des cas de corruption et de détournement, n’a pas tari d’éloges envers Jules Alingete.
Pour lui, ce flic financier a «profondément transformé l’IGF», devenue une «institution centrale de la redevabilité et du contrôle de l’action publique dans un pays où les mécanismes de transparence étaient historiquement fragiles». Il a salué l’action de l’Alligator qui a su «protéger l’intérêt général contre les abus, les détournements et les dérives budgétaires». «Dans un pays où les institutions de contrôle ont souvent été musclées ou instrumentalisées, Jules Alingete a incarné une rupture, un retour à l’éthique de la fonction publique», a souligné Muteba.
Au-delà des frontières nationales, Alingete a séduit le prestigieux magazine économique américain Forbes qui lui a décerné un Oscar le 20 septembre 2022. Deux jours plus tard, sa voix a résonné au Parlement européen et au Parlement fédéral belge quand Alingete, sur invitation, a présenté «toutes les avancées réalisées par la RD-Congo en matière de lutte contre la corruption» sous Félix Tshisekedi. L’Histoire n’oublie rien. Elle fera parler tôt ou tard de ce valeureux compatriote.