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Idengo: les libérateurs tuent un libéré

Goma a vécu une nouvelle horreur jeudi. L’artiste musicien révolutionnaire Descat Idengo, né Delphin Katembo, «a été abattu dans la partie sous contrôle de l’armée rwandaise, selon des témoins présents lors du drame, joints au téléphone à partir de Kinshasa», a rapporté l’Agence congolaise de presse -ACP.

Arrêté en août 2024 après un premier emprisonnement de neuf mois pour ses chansons critiquant le pouvoir en place, Idengo a réussi à s’évader de la prison de Munzenze le 27 janvier dernier alors que la dernière once d’incertitude pesant sur le sort de Goma, cible d’une offensive des AFC/M23/RDF, était en train d’être levée.

Originaire de Beni, à 300 km au nord de Goma, où le général Evariste Somo, nouveau gouverneur militaire nommé par Kinshasa, a installé son QG, le chansonnier était apparu dans une vidéo annonçant sa libération et espérant bien profiter de celle emmenée par l’AFC/23. «On veut libérer tout le Congo», a lancé le 6 février le coordonnateur du mouvement AFC/M23, Corneille Nangaa, devant le public convoqué au stade de l’Unité de Goma, réitérant le message de sa conférence de presse de l’hôtel Serena destiné à convaincre la population du bien-fondé de sa lutte.

«Tshisekedi a détruit l’armée, il a détruit la police, il a détruit l’administration et surtout, il a cannibalisé la justice en l’instrumentalisant. Il a installé la terreur pour faire peur à tout le monde qui a un avis contraire», a dit Nangaa.

Avec ses yeux d’artiste, Idengo a vu autre chose qu’il a voulu vite traduire en chanson, au nom de la liberté retrouvée, de la libération prônée par les nouveaux maîtres de la ville. Le 13 février, sept jours après le meeting de Nangaa, une balle lui a ôté la vie alors qu’il était en plein tournage du clip de sa nouvelle chanson «Bunduki za kwetu» ou «Armes de chez nous», dans laquelle il critique les exactions et atrocités des militaires rwandais sur le territoire de la République Démocratique du Congo. Son avis contraire, sa liberté d’opinion consacrée et garantie par la Constitution que l’AFC/M23 disent défendre, a sonné sa mort.

L’assassinat en plein jour, par balle, d’un jeune musicien qui n’avait que son art, sa voix et sa chanson comme moyen d’expression, moins de 20 jours après son évasion de la prison de Munzenze, où il a été incarcéré pour la deuxième fois de sa vie à cause d’une autre chanson contre le pouvoir, on a l’impression de vivre l’oppression que le libéré avait entrepris de dénoncer et à laquelle les libérateurs prétendent mettre fin. Cette mort atroce rend héroïque l’engagement de Descat Idengo dans la résistance et son martyr, symbolisé par le sang versé sur les pavés de la ville volcanique.

Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement, lui a rendu hommage, estimant qu’il a allongé la liste des martyrs, promettant que justice lui sera rendue.

«Ni l’horreur, ni la terreur, encore moins le recours intempestif aux armes contre les civils innocents ne pourront éteindre la flamme de la résistance à Goma et dans tout le pays. Dans la liste de nos martyrs s’est ajouté aujourd’hui, Idengo Delcat. Lui avait choisi d’utiliser sa voix et son art pour dire NON à la barbarie rwandaise sur notre territoire. Pour lui, comme pour chacun de nos milliers de compatriotes tués par le Rwanda et ses complices, Justice sera faite.

Condamnation de ce nouvel acte abominable. Paix à l’âme du martyr», a posté jeudi sur «X» le ministre de la Communication et Médias.

Natine K.

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