
Le dialogue direct entre le gouvernement RD-congolais et les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, n’a pas débuté comme prévu le mardi 18 mars, suite à l’absence de l’Alliance fleuve Congo -AFC/M23. Aucun délégué des rebelles n’a fait le déplacement de la capitale angolaise. Le mouvement rebelle a annoncé la veille son désistement, malgré l’annonce de la liste de ses délégués, après avoir appris des sanctions européennes contre son coordonnateur adjoint Bertrand Bisimwa et plusieurs autres de ses têtes d’affiche. «Notre organisation ne peut plus poursuivre sa participation aux discussions», a annoncé l’AFC dans un communiqué publié lundi dans laquelle elle a dénoncé l’«attitude incompréhensible, équivoque et ambiguë» de l’Union européenne.
Dans une publication sur le réseau social X, Corneille Nangaa a fustigé des sanctions prises «unilatéralement» dans une «dynamique d’entrave à la résolution de la crise». «Autant il y a un cessez-le-feu décrété, autant aucun camp ne peut poser d’actes ni bénéficier des décisions de nature à fragiliser l’autre partie au conflit», a-t-il écrit.
De son côté, Kinshasa a répondu présent au rendez-vous de Luanda. Mais face au manque d’interlocuteurs, la rencontre a été ajournée. L’Angola, évoquant un cas de «force majeure» pour justifier ce rendez-vous manqué, a cependant promis de «faire tous les efforts pour la réunion ait lieu à temps».
Dialogue, seule issue à la crise… mais pas pour tout le monde
Dans la foulée de cette annonce, le ministère angolais des Affaires étrangères a réaffirmé son attachement à la résolution pacifique du conflit. «Le dialogue est la seule solution durable pour la paix dans l’Est de la RD-Congo», a affirmé le cabinet du ministre Tete Antonio. Une position partagée par plusieurs pays alors que la démarche de Joao Lourenço est très appréciée.
Lundi 17 mars, le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs -ICG- a, dans un communiqué, exprimé son soutien à la médiation angolaise, saluant au passage la proposition du cessez-le-feu qui est entré en vigueur depuis le 16 mars. Le groupe de contact présidé par l’Allemagne a en même temps appelé les protagonistes au respect de ce break.
La Belgique, le Danemark, l’Union européenne, la France, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis ont aussi rappelé la nécessité d’appliquer la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exige le retrait immédiat des forces rwandaises et du M23 du territoire RD-congolais.
En Afrique, les ministres de la Communauté de développement de l’Afrique australe -SADC- et de la Communauté de l’Afrique de l’Est -EAC-, réunis le même lundi à Harare au Zimbabwe, ont également marqué leur soutien à un dialogue direct entre Kinshasa et les rebelles. Les points urgents du dialogue devraient être, en plus du cessez-le-feu inconditionnel, la cessation des hostilités et l’arrêt de toute expansion territoriale. Pour permettre d’acheminer l’aide humanitaire, l’ouverture des aéroports de Goma et Bukavu est également souhaité.
Au niveau national, plusieurs voix se aussi prononcées en faveur du dialogue. De Katumbi à Sesanga, en passant par Matata, tous ont salué le début des négociations, épousant ainsi la position longtemps préconisée par les églises catholique et protestante.
Mais ce dialogue ne met pas tout le monde d’accord. Le camp Kabila s’est montré pas très chaud alors que Denis Mukwege a ouvertement rejeté les négociations sous la forme actuelle qui seraient une «erreur de diagnostic majeure». Le Nobel de la paix appelle plutôt à une Conférence internationale pour la paix en RD-Congo, refusant de cautionner une démarche s’apparentant à une «trahison de la patrie».
Natine K.

