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Guerre en RDC: Luanda annonce un dialogue direct avec le M23 après une viste de Tshisekedi chez Lourenço

C’est un tourant dans la crise qui secoue la RD-Congo depuis près de 5 ans. La présidence angolaise a annoncé, mardi 11 mars dans la soirée, des «négociations directes» entre le gouvernement RD-congolais et les rebelles du M23. Pour Lourenço, il sera question de «négocier une paix définitive dans [un] pays frère» mais pour Kinshasa, il s’agit d’une «ligne rouge» qui va peut-être être franchie, pour reprendre les mots de «Jeune Afrique». Opposé à tout dialogue avec les rebelles, qualifiés de «pantins», de «supplétifs de l’armée rwandaise», Félix Tshisekedi aurait finalement mis de l’eau dans son vin, au terme d’une «brève visite de travail» dans la capitale angolaise.

Aussitôt le communiqué de la présidence angolaise publié, la porte-parole du président Tshiseked a apporté une précision via le réseau social X. Pour Tina Salama, cette annonce est une initiative angolaise. «Nous prenons acte et attendons voir la mise en œuvre de cette démarche de la médiation angolaise. Nous rappelons par ailleurs qu’il existe un cadre préétabli qui est le processus de Nairobi et nous réaffirmons notre attachement à la Résolution 2773», a-t-elle écrit.

Tshisekedi est arrivé à Luanda seulement 24 heures après le passage de la délégation des églises catholique et protestante qui a présenté au chef de l’État angolais son pacte de paix pour la paix et le bien-être en RD-Congo et dans la région des grands-lacs. Après la fusion des processus de Luanda -mettant face à face Kinshasa et Kigali- et celui de Nairobi -cadre des négociations entre le gouvernement RD-congolais et les groupes armés-, Joao Lourenço, président angolais et médiateur de l’Union africaine pour le processus de Luanda avait décidé de jeter l’éponge. Désormais, celui qui est devenu, depuis février, président en exercice de l’UA, revient à ses vieux amours pour tenter de ramener la pays en RD-Congo.

Ce possible revirement de Kinshasa intervient à un moment crucial. Depuis le début de l’année, les rebelles du M23, appuyés par l’armée rwandaise, sont passés à la vitesse supérieure, prenant le contrôle des points stratégiques, dont les villes de Goma et Bukavu. En ce début de l’année 2025, le M23 semble avancer plus vite que lors des précédentes insurrections dans l’est du pays.

Bunia, capitale de la province de l’Ituri, échappe également au contrôle de l’armée régulière. Officiellement, l’armée ougandaise y a posé ses quartiers, comme dans Mahagi, toujours en Ituri. Cependant, la rhétorique du fils Museveni, chef de l’armée ougandaise, dénote une sorte de chute de la ville, à en croire les analyses de «africacenter.org». Selon d’autres analystes, Kisangani, autre ville stratégique de l’Est du pays, est également dans le viseur de la coalition Rwanda-Ouganda alors que Kinshasa semble très tendre envers Kampala.

A deux jours d’un nouveau sommet extraordinaire de la Communauté des États d’Afrique australe -SADC-, Kinshasa a peut-être décidé de se plier aux recommandations de plusieurs capitales du monde. De Bruxelles à Washington, en passant par Londres et Pretoria, l’on affirme que la crise en RD-Congo «n’a pas de solution militaire». Le sommet de ce vendredi, prévu en vidéoconférence, devait «examiner la situation sécuritaire en RD-Congo» sur base des «informations récentes sur l’évolution de la situation sécuritaire». A coup sûr, cette nouvelle position de Kinshasa devrait donner une nouvelle direction aux échanges entre les chefs d’État et de gouvernement de la zone SADC.

Reste à savoir si Kinshasa va abandonner ses préalables, notamment le retrait des troupes rwandaises de son territoire avant le début des discussions. L’autre grosse interrogation est la manière dont ce changement va être accueilli dans l’opinion alors que le narratif était connu: «pas de négociations directes avec les supplétifs de l’armée rwandaise». A plusieurs reprises, Félix Tshisekedi en personne a juré ne jamais négocier avec les rebelles.

«Jamais, au grand jamais, tant que je serai président de la République démocratique du Congo, je n’aurai en face de moi la délégation du M23 ou de l’AFC pour négocier, jamais», prévenait-il au cours d’une interview donnée le 6 août 2024. Pour Kinshasa, la paix passait obligatoirement par des discussions avec Kigali, non pas pour négocier mais pour connaitre les vraies motivations de Kagame. S’ils ont toujours demandé des discussions directes avec le gouvernement, les rebelles ont également augmenté les enchères ces derniers jours, galvanisés par leurs récentes conquêtes. Au cours d’une récente interview, Corneille Nangaa, leader de la rébellion, a émis des doutes sur le crédit à accorder à la parole de Tshisekedi. Autant d’incertitudes qui laissent encore planer des doutes sur la tenue de ce dialogue, malgré l’annonce surprise.

WIDAL

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