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Guerre dans l’Est: M23, l’UDPS dit non à un dialogue direct

Le parti présidentiel a envoyé balader les églises catholique et protestante, initiatrices d’un pacte social, sous forme d’un dialogue national, présenté au chef de l’État et qui prévoyait d’inclure les supplétifs de l’armée rwandaise comme partie prenante…

La route menant au dialogue national voulu par la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et l’Église du Christ au Congo -ECC- est pleine d’embûches. Déjà confronté à plusieurs contraintes, le «Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RD-Congo et dans les Grands lacs» a pris de sérieux coups en l’espace de 48 heures.

Lundi 10 février à la faveur d’un briefing avec la presse, le porte-parole du gouvernement a invité les deux églises à «dénoncer le mal qui vient du voisin», une démarche plus «urgente» qu’un dialogue pour lequel, a précisé Patrick Muyaya, elles n’ont reçu aucun mandat. S’il a ensuite assuré de la disponibilité du gouvernement à explorer toutes les voies pouvant conduire à la paix, le speaker de l’exécutif national a bien maintenu la ligne officielle de Kinshasa depuis le début de cette crise: «pas de négociations avec le M23».

Non à tout dialogue dialogue direct avec le M23, c’est aussi la ligne de l’Observatoire pour la dépense publique -ODEP-, une organisation de la Société civile, et de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS-, le parti présidentiel. Dans une déclaration politique faite mardi 11 février, le Secrétaire général du parti présidentiel a rejeté la démarche conjointe ECC-CENCO.

Augustin Kabuya a été clair dans sa communication, rappelant l’existence des processus de Luanda et de Nairobi. «En tant que groupe armé, le M23/AFC peut avoir sa place dans le processus de Nairobi à l’instar d’autres groupes armés se reconnaissant RD-congolais», a rappelé l’UDPS, dépité de voir ce «groupe terroriste à la solde du Rwanda» semer la «désolation» dans l’Est de la RD-Congo.

Si les catholiques et les protestants ont présenté leur projet au président Tshisekedi, ils ont aussi rencontré des acteurs de l’opposition comme Martin Fayulu et Delly Sesanga au pays, Kabila et Katumbi à l’étranger, prévoyant également de se rendre à Goma pour prendre langue avec Corneille Nangaa. Une démarche pas du goût de l’UDPS qui y voit une «initiative narquoise», déterrant dans la foulée les velléités pouvoir-Église catholique de ces derniers mois, accusant ces «leaders religieux» d’avoir tenté d’inclure, «séditieusement» aux négociations, un groupe affilié au Rwanda. «Ils [leaders religieux] n’ont fait que cracher sur la mémoire de tous ces RD-Congolais victimes de la barbarie de ce mouvement pro-rwandais qualifié de terroriste par les Nations Unies», a fustigé Augustin Kabuya.

Loin est cette période où la CENCO convolait en justes noces avec l’UDPS dans une opposition au régime Joseph Kabila. Loin est également cette période où cathos et «udpsiens» faisaient du 50-50 pour la mobilisation contre les intentions prétendues d’un changement constitutionnel en 2015. Six ans après avoir pris le gouvernail du pays, l’UDPS brandit désormais la laïcité de la RD-Congo. «L’Eglise n’a pas pour vocation de prendre des initiatives politiques en lieu et la place des Institutions de la République», a taclé Kabuya, appelant les pasteurs à prôner, dans leurs homélies, la paix, la cohésion nationale et le respect à l’égard des autorités étatiques légalement établies.

Appel aux sanctions contre le Rwanda

Cet appel pressant du parti au pouvoir est justifié par la «dégradation de la situation sécuritaire» dans l’Est de la RD-Congo avec, selon Augustin Kabuya, l’incursion de plus de 10.000 militaires de l’armée rwandaise à Goma. Une «invasion» assimilable à un «acte d’agression» du Rwanda contre la RD-Congo, marquée également par des «violations des Droits Humains en plein jour et sous le silence de la communauté des nations». Propriétés pillées, biens volés, femmes violées, scènes d’extorsions…, le décor laissé par l’armée rwandaise à Goma est macabre, avec, en prime, plus de 3.000 morts et encore plus des blessés.

Un «carnage» qui ne devrait pas resté impuni, de l’avis d’Augustin Kabuya, qui en appelle désormais à des «sanctions appropriées» du Conseil de Sécurité des Nations Unies contre le régime de Paul Kagame. En même temps, le chef du parti présidentiel a demandé à l’Union européenne «de suspendre toute collaboration et tout partenariat» avec le Rwanda, «principal agresseur et cause de la souffrance de millions» de RD-Congolais. Cette demande de l’UDPS fait notamment allusion au très controversé protocole d’accord sur les chaines de valeur durables pour les minerais critiques. Un accord vu à Kinshasa et ailleurs comme un sauf-conduit au recel des minerais pillés en RD-Congo.

Convaincue de la victoire des FARDC et de la préservation de l’intégrité territoriale de la RD-Congo, l’UDPS garde cependant un œil sur les «différentes réunions tant au niveau international qu’au niveau régional, autour de la question sécuritaire en RD-Congo». Ce parti continue à croire aux «efforts diplomatiques qui produisent déjà des fruits», recommandant cependant un vigilance sur le front militaire.

Natine K.

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