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G7 et AR: sauver Katumbi ou suivre Tshisekedi

C’est, en principe, ce vendredi 30 décembre que la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- a prévu de clôturer, avec à la clé un probable compromis, le dialogue direct entre les signataires et les non signataires de l’Accord politique du 18 octobre 2016.
On a appris jeudi que le Président Kabila a reçu une délégation des évêques au Palais de la Nation et qu’à l’issue de l’audience, l’abbé Donatien Nshole, le secrétaire général adjoint de la CENCO, s’est refusé à tout commentaire, invitant les uns et les autres à se retrouver vendredi à 10h et 15h.
En fait ce vendredi est prévue la dernière plénière du dialogue direct consacrée à l’audition du rapport rédigé par 4 négociateurs, Azarias Ruberwa et Norbert Nkulu pour les signataires de l’Accord de la Cité de l’Union Africaine ainsi que Delly Sesanga et Eve Bazaiba pour le compte du Rassemblement et le Front pour le respect de la Constitution, chargés la veille de présenter à un groupe de seize personnes, en raison de huit par composante, les amendements apportés au projet de compromis politique leur soumis par les évêques catholiques.
Dans chaque camp, des participants ont évoqué des avancées sans pour autant préciser lesquelles. L’on sait cependant que ce groupe restreint devait procéder au toilettage des convergences dégagées au sujet de la Haute Autorité de Transition, du statut du Président de la République actuellement en poste, du respect de la Constitution, du financement des élections, de la séquences et du financement des élections, de la configuration de la CENI et des exécutifs provinciaux, des mesures de décrispation politique et la direction du gouvernement de la République.
L’on sait aussi que les deux parties ne sont pas prêtes à s’accorder sur les mesures de décrispation et la direction du gouvernement. Deux points susceptibles de secouer le Rassemblement des forces politiques et sociales aligné derrière le tandem Tshisekedi et Katumbi. En cause: les revendications de chaque entité membre, notamment le G7 et l’AR en tant que principaux soutiens de Katumbi, et l’UDPS prise comme formation politique d’Etienne Tshisekedi.
Outre leur requête principale, l’abandon des poursuites contre Katumbi et son retour au pays, les pro-Katumbi négocient aujourd’hui un compromis sur le sort de Kabila, les élections et la libération des prisonniers politiques. Entre autres, Jean-Claude Muyambo, Moise Moni Della, Huit Mulongo ainsi que les collaborateurs de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga arrêtés en avril 2016 à Lubumbashi.
Selon plusieurs sources proches du Palais de la Nation, Kabila a donné son accord de principe pour la libération des prisonniers politiques, à l’exception de Diomi Ndongala, condamné pour viol sur mineures, et le retour des exilés dont l’emblématique Katumbi. «Faut-il que le G7 et l’AR courent le risque de compromettre le retour de leur joker pour suivre les exigences de l’UDPS aujourd’hui cristallisées sur la Primature?», interrogent certains acteurs politiques associés aux discussions du Centre Interdiocésain.
Au vu du parcours du parti de Tshisekedi, marqué des positions constamment changeantes et contradictoires, le G7 et l’AR se doivent de faire une réflexion suffisamment mûrie avant de pouvoir lever l’ultime option. «La plus raisonnable parait celle de saisir l’opportunité du retour de Katumbi et d’aller de l’avant», déclare un proche de l’ex-gouverneur du Katanga.
Deux enseignements tirés de l’attitude de l’UDPS renforcent cette thèse. Le premier: on se souvient du document que Tshisekedi a fait rédiger à Christophe Lutundula et son partenaire Dr Buassa au nom du Rassemblement, qui y revendiquait la Primature contre le maintien de Kabila, immédiatement dénoncé par son fils Félix, catapulté chef de la délégation du Rassemblement aux pourparlers directs du Centre Interdiocésain quelques jours plus tard.
Deuxième enseignement: en plein dialogue de la CENCO, le jour où le G7 a posé le problème de la Primature, le Secrétaire général de l’UDPS Jean-Marc Kabund puis Valentin Mubake ont démenti tour à tour, au nom du président Tshisekedi, avec la dernière énergie. «Je vous le dis clairement ici et maintenant : le président du Rassemblement m’a chargé de dire haut et fort que la primature ne nous intéresse pas», déclarait Valentin Mubake avec fermeté, devant Christophe Lutundula pantois. Quelques jours plus tard, via Kabund, l’UDPS, comme à son habitude, a viré à 180° et n’a plus juré que sur le poste de Premier ministre… Officiellement pour le compte du Rassemblement. Mais, en réalité, au bénéfice de l’UDPS, en plus de la direction de la Haute Autorité de transition, où Tshisekedi partirait favori. Si finalement le combat de ce parti n’était que l’obtention de la primature, pourquoi ne pas l’avoir dit si tôt, et avoir mené la guerre à tous ceux qui, à l’instar de Mavungu, l’avait dénoncé ? L’UDPS s’accroche donc à la primature, comme elle l’a fait pendant la transition du maréchal Mobutu entre 1990 et 1997.
Cependant, du côté de la Majorité présidentielle et de l’Opposition partie au Dialogue de la Cité de l’Union Africaine, on estime que rien ne donne à l’UDPS ou au Rassemblement le droit inaliénable de prendre la Primature. «Surtout que le Rassemblement ou l’UDPS n’ont gagné aucune élection législative et ne disposent pas d’une majorité à l’Assemblée nationale», assène-t-on. Du béton.  En outre, l’UDPS ne reconnaît pas l’Assemblée nationale étant donné que Tshisekedi avait prétendument «annulé les élections législatives de 2011», frappant d’une fatwa tous ses élus qui ont décidé de siéger à la chambre basse. Aujourd’hui, devant quelle institution son éventuel Premier ministre irait-il demander l’investiture?
Dans les rangs de l’Opposition signataire de l’Accord du 18 octobre, on sort un argument tout aussi massue: «la Primature, déjà occupée, a été négociée et obtenue par l’Opposition parlementaire, après avoir mené le combat à Kabila au sein du Parlement, durant toute la législature, pendant que l’UDPS/Tshisekedi attendait l’imperium et que le G7 faisait partie de la Majorité présidentielle. C’est, du reste, cette Opposition institutionnelle, incarnée par les Samy Badibanga, Vital Kamerhe, José Makila, Jean-Lucien Bussa, Martin Fayulu… ou Franck Diongo, qui a appelé à revendiquer en janvier 2015, paralysé Kinshasa pendant une semaine et obtenu le retrait du projet de la Loi électorale».
Moralité: la légitimité historique revendiquée par l’UDPS sous couvert du Rassemblement ne vaut pas mieux que la légitimité parlementaire dont se targuent fièrement les cadres de l’Opposition au Dialogue de la Cité de l’Union Africaine. Autant qu’il appartient aux Katumbistes du G7 et de l’AR de voir si, en toute responsabilité, ils vont courir le risque de faire capoter un possible accord qui donne à leur champion la possibilité de revenir libre au pays et de concourir à la prochaine présidentielle simplement pour satisfaire les caprices changeants de l’UDPS. De nombreux cadres de l’AR tiennent à privilégier la survie politique de Moïse Katumbi, et ne veulent bien s’engager dans un accord qui, en outre, permet un processus électoral consensuel, l’engagement du président sortant à ne plus se présenter et la redynamisation de la CENI. «Nous ne pouvons pas bloquer un accord qui offre autant d’acquis à cause de la primature», assène un député membre de l’AR.
Tino MABADA

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