
Dix mois après son investiture en juin 2024, le gouvernement Suminwa s’apprête à rendre un bilan d’étape. A l’aube du premier anniversaire de cette équipe gouvernementale, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, s’est présenté devant un parterre de journalistes, se recrutant parmi les patrons de presse et grands reporters des médias du pays, mercredi 9 avril à l’hôtel Hilton, pour un premier aperçu de la gestion du pays ces dix derniers mois, marquée par une «résilience exemplaire» alors que le pays est en proie à une «guerre d’agression» dans sa partie orientale. Organisé par l’ONG «Toile d’araignée», cet échange a tourné autour de l’«ajustement budgétaire» et de la «stabilité du cadre macroéconomique face au choc sécuritaire». «Notre économie est encore plus résiliante qu’hier», a lancé en introduction l’argentier national.
Le bilan dressé est flatteur malgré la guerre d’agression. Après avoir hérité d’une «situation fragile», marquée par le conflit armé imposé au pays dans l’Est par le Rwanda, qui oblige d’énormes dépenses financières, le gouvernement Suminwa semble avoir produit de vrais miracles en moins d’une année. Trouvée à 22%, l’inflation est aujourd’hui maîtrisée, selon Doudou Fwamba. «L’inflation a été réduite de moitié, tombant à 10 % en mars 2025», a annoncé le ministre des Finances. Cette prouesse se répercute sur le marché de change avec le franc congolais plus stable que jamais face au dollar américain. «On a comme l’impression que les cambistes ont décidé d’un coup de ne plus aller au-delà de 2.850 francs congolais le dollar», a ironisé l’argentier national, expliquant dans la foulée que cette stabilité est tributaire aux réformes et politiques monétaires exemplaires. «Ce n’est pas un hasard ni une manœuvre de coulisse. C’est le fruit d’un travail technique rigoureux», a-t-il insisté. La rigueur imposée par Judith Suminwa et son équipe de choc a également fait disparaitre la saga des dépenses publiques en procédures d’urgence, jadis monnaie courante. «Ce temps est révolu», a commenté à chaud un des conseillers aux Finances.
Voie royale vers la diversification de l’économie
Comme le taux de change, quasi tous les indicateurs sont restés au vert ces dix derniers mois. La croissance économique a défié toutes les projections, malgré le contexte de la guerre, avec des prévisions revues à la hausse, passant de 4,7% à 6 voire 7,9%. Cerise sur la gâteau, cette croissance n’est pas sous-tendue uniquement par le secteur minier, bien que ce dernier demeure le premier contributeur au budget national. Entre juin 2024 et avril 2025, l’économie non extractive a progressé de 3,2 % en 2024. Doudou Fwamba attend même atteindre 4,2 % d’ici la fin de l’année 2025. Une embellie qui trace une voie royale vers la diversification de l’économie, réduisant ainsi la dépendance aux ressources minières. Cette diversification, selon Fwamba, va permettre d’améliorer le niveau de vie des populations RD-congolaises.
En plus de ces résultats encourageants, le gouvernement Suminwa a également réussi à majorer les réserves de change qui ont aujourd’hui atteint un niveau record. Évaluées à 900 millions de dollars en 2018, elles se situent aujourd’hui à 6,1 milliards, soit plus de deux mois d’importation des biens et services. «La position budgétaire et l’endettement de la RD-Congo sont soutenables et nettement meilleurs que la moyenne en Afrique subsaharienne», s’est du reste réjoui le ministre des Finances, annonçant dans la foulée un travail de fond pour combler le gap de mobilisation des recettes budgétaires et de modernisation de la gestion des finances publiques. Cela implique notamment le respect de la chaîne de la dépense mais aussi l’opérationnalisation de la Direction générale de la comptabilité et du trésor public -DGTCP.
En attendant ces autres réformes, Fwamba a noté un «renforcement de la crédibilité du marché des titres publics RD-congolais». Aux sceptiques qui assimilerait cette stabilité à un prétendu recours à la planche à billets, l’argentier national a juré: «nous ne faisons pas recours à celle-ci». A la place, le gouvernement dit préconiser des moyens plus responsables, comme l’émission des titres publics. La crédibilité retrouvée permet ainsi à l’État de contracter des crédits à échéance raisonnable, beaucoup plus supérieurs aux trois et six mois d’autrefois.
Exemplarité dans la réduction du train de vie des institutions
L’action du gouvernement Suminwa est ainsi orientée vers les investissements et la sécurité, à en croire son argentier. Au 24 mars, les dépenses sécuritaires représentaient 29% des fonds décaissés contre 22 pour les biens et services alors que les investissements arrivent en troisième position avec une enveloppe dépassant le milliard de dollars américains.
Cette approche a été rendue possible grâce à des coupes budgétaires opérés dans les frais de fonctionnement dans le cadre de la réduction du train de vie des institutions. Prêchant par l’exemple, le gouvernement Suminwa s’est privé des véhicules de fonction. «Nous utilisons les véhicules de nos prédécesseurs, nous avons aussi appliqué une décote de 30% sur tout ce qui est avantages des membres du gouvernement», a révélé Doudou Fwamba.
Impact négatif de l’occupation rwandaise
En dix mois d’exercice, le gouvernement Suminwa affiche également une exemplarité en termes de gestion. «Aucun scandale de détournement n’a éclaté depuis juin», s’est réjoui le ministre Fwamba qui a également lancé un appel patriotique à ne pas vendre la RD-Congo comme un «pays de détournement» alors que cette réalité est universelle.
Dans un autre registre, l’argentier national a tout de même fustigé l’impact négatif de cette guerre sur l’économie nationale. Selon les chiffres avancés par l’argentier national, l’occupation de plusieurs territoires du Nord et Sud-Kivu par le M23 influe négativement les finances publiques, avec des pertes de l’ordre de 4,5% sur le budget national.
Pour y faire face, le gouvernement a notamment décidé d’émettre des titres obligatoires à destination des entreprises du portefeuille. Contrairement aux rumeurs, Fwamba a rassuré que tout a été pensé pour voir les entreprises souscriptrices être remboursée avec un taux d’intérêt de 4%.
WIDAL
