
Dimanche à Kisangani, un vent de colère a soufflé lors d’une rencontre entre des victimes de la guerre de six jours et Guillaume Ngefa, ministre d’Etat en charge de la Justice et Garde des Sceaux. En juin 2000, les affrontements entre les forces rwandaises et ougandaises ont laissé d’innombrables sinistrés dans leur sillage, mais aujourd’hui, des accusations pesantes de corruption au sein du Fond pour la réparation et l’indemnisation des victimes de l’agression ougandaise -FRIVAO- surgissent, plongeant le système d’indemnisation dans un tourbillon de soupçons.
«Quelle honte! Nous qui avons tant souffert, nous sommes toujours en attente d’une indemnisation qui ne vient jamais», déclare Moïse Ndawele, ému et amputé de sa jambe droite suite au conflit. Les accusations n’ont pas traîné: «Des agents du Frivao exigent 500 dollars pour nous inscrire sur les listes. Et pour ceux qui ne peuvent payer, ils nous font miroiter une place sur la liste en contrepartie d’un partage des éventuelles indemnisations. C’est un véritable business!»
Derrière le vernis d’un processus censé être réparateur, se cache une vérité sordide: le trafic d’influence et les demandes illégitimes brouillent l’image d’un système devenu tragi-comique. La société civile, comme suspendue, attend des réponses face à ces dérives on ne peut plus réelles. Les représentants de l’Église du Christ au Congo et de l’Armée du Salut ont également exprimé leurs inquiétudes en rencontrant le ministre d’État Ngefa, illustrant l’étendue d’un malaise collectif partagé au sein des confessions religieuses.
«Cet argent, que nous appelons l’argent du sang, doit revenir aux véritables victimes», s’insurge Samuel Lotika, président de l’Église du Christ au Congo dans la province. «Si des indemnisations ont été promises, lenteur et inégalité persistent, laissant nos frères et sœurs dans l’oubli. Seules les voix de l’Église catholique semblent avoir été entendues».
Malgré le climat de désillusion, les responsables religieux ont pu faire part de leurs préoccupations. «Le ministre a écouté et pris note de nos doléances. Nous lui faisons confiance, même s’il est nouveau dans ses fonctions», souligne Lotika, visiblement soulagé de faire entendre sa voix. Parmi les pistes de solutions, les mouvements citoyens, également venus à la rencontre du ministre d’État Ngefa le même jour, ont proposé le respect du décret portant création du FRIVAO.
«On dit dans son article 8 alinéa 3, que le Frivao revient à la société civile. Il faudra nommer des animateurs qui viennent de la société civile de la région afin que Frivao soit géré sans qu’il y ait des interférences politiques», a plaidé Christian Kumbi, membre de la dynamique de la nouvelle société civile de la Tshopo. «Pour mettre fin aux dégâts qui ont été décriés au fonctionnement et au détournement, nous avons demandé au ministre pour qu’il y ait des mécanismes de traçabilité, de transparence et de crédibilité de ce processus là. Heureusement, le ministre nous a dit qu’il est en train de travailler avec une équipe, de telle sorte que lorsque les travaux vont reprendre au niveau de l’établissement, qu’il y ait l’harmonie de choses pour qu’on ne puisse pas décrier ce qu’on a décrié hier», a martelé de son côté, Zacharie Kingombe, militant du mouvement citoyen Lutte pour le changement -LUCHA- à Kisangani.
Alors que la quête de justice s’intensifie dans la province de Tshopo, l’heure est à l’espoir: les promesses d’indemnisation doivent enfin s’incarner en actes. La promesse du ministre Ngefa de porter toutes ces dénonciations au Conseil des ministres est une note d’espoir dans cet océan d’injustice. Engagé à rétablir l’ordre selon la vision d’un Chef de l’État avocataire de la transparence, il pourrait bien être le catalyseur tant attendu.
Le gouvernement saura-t-il se montrer à la hauteur des attentes? Les regards sont braqués sur les décisions futures, tandis que le combat pour la dignité et la justice continue. Les victimes veulent être entendues, et le temps des promesses doit céder place à des actes concrets. Courage et détermination sont les mots d’ordre pour ces âmes meurtries en quête de reconnaissance.
Natine K.

