
Le calendrier a des airs de déjà-vu. L’élection du Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, le 5 octobre, à quelques semaines du Sommet de la Francophonie de Phnom Penh, pourrait faire basculer la course au secrétariat général de l’OIF. C’est l’alerte lancée par Isidore Kwandja Ngembo. L’ancien Directeur des IXe Jeux de la Francophonie de Kinshasa, qui a longtemps vécu au Canada et connaît intimement les arcanes politiques québécoises, vient d’adresser une note de briefing à l’équipe de campagne de la candidate de la République Démocratique du Congo, Juliana Amato Lumumba.
Son analyse s’appuie sur un précédent resté dans les mémoires. Le 1er octobre 2018, la Coalition avenir Québec de François Legault l’emportait, dix jours avant le Sommet d’Erevan. Le premier ministre sortant, Philippe Couillard, soutenait la Canadienne Michaëlle Jean pour un second mandat. Le nouveau gouvernement avait réorienté le vote québécois vers la Rwandaise Louise Mushikiwabo, finalement élue secrétaire générale. Une alternance à Québec avait fait basculer le scrutin. Or, rappelle Kwandja, le Québec est un «acteur politique majeur» de la Francophonie, l’un de ses principaux contributeurs financiers et un faiseur d’opinion capable d’entraîner Ottawa et d’autres capitales dans son sillage.
La candidate congolaise avait pourtant pris les devants. Lors de son passage au Québec, Juliana Amato Lumumba aurait proposé de maintenir l’actuelle administratrice de l’OIF, Caroline St-Hilaire, à son poste en cas d’élection. Un gage fort pour préserver l’influence québécoise dans la haute administration de l’Organisation, poste historiquement occupé par une personnalité québécoise.
Mais ce gage a vieilli en une nuit. Caroline St-Hilaire est issue de la CAQ, la formation qui vient d’être défaite. «La nouvelle configuration pourrait modifier la valeur politique de l’engagement», avertit Kwandja. Un gouvernement souverainiste, qui entend affirmer davantage la personnalité internationale du Québec, pourrait exiger des garanties nouvelles. D’où son appel à ne pas considérer le soutien québécois comme acquis.
«Le principal risque serait de ne pas réagir suffisamment rapidement», écrit-il. L’équipe adverse pourrait solliciter la première le nouveau pouvoir. Sa recommandation est une offensive diplomatique immédiate en cinq points: prendre langue sans délai avec Paul St-Pierre Plamondon, réactualiser l’offre faite au Québec, ouvrir une discussion sur une Francophonie accordant une place renforcée à Québec en matière de culture et de langue, et surtout dissocier la relation des engagements pris avec l’ancienne majorité. Pour Kinshasa, l’élection du PQ n’est pas un revers à ses yeux, mais une fenêtre d’opportunité, à condition de la saisir vite.






