
Dans la capitale de la République Démocratique du Congo, un nouveau rendez‑vous médiatique ambitionne de transformer la manière dont la coopération sino‑congolaise est racontée, entre diplomatie, formation et enjeux de narration. Kinshasa s’apprête à tourner une page.
Les 18 et 19 mars 2026, l’hôtel Béatrice accueille la première édition du Forum médias RDC‑Chine, une initiative présentée mardi 17 mars par Bienvenu‑Marie Bakumanya, directeur général de l’Agence congolaise de presse -ACP. L’intention affichée est claire: passer du simple échange d’accords à une mise en œuvre tangible, en dotant les acteurs de l’information d’outils pour mieux couvrir ce partenariat massif et parfois controversé.
Réécrire le récit, pas seulement le célébrer
Choisi sans détour, le thème -«Modernisation à la chinoise et voie de développement de la RDC: une exploration conjointe de nouvelles trajectoires gagnant‑gagnant»- traduit la volonté de produire un récit positif et autonome. L’initiative prolonge l’accord signé entre l’ACP et l’agence Xinhua en septembre 2023, lors de la rencontre entre Félix‑Antoine Tshisekedi et Xi Jinping.
Mais loin d’un simple geste protocolaire, le forum veut faire émerger une industrie médiatique congolaise capable de documenter, contextualiser et valoriser les retombées réelles des investissements chinois, tout en se construisant ses propres récits.
Un carrefour diplomatique et professionnel
À la fois diplomatique et technique, l’événement réunira quelque 200 participants: responsables politiques, journalistes, experts, acteurs économiques et diplomates. Parmi eux figurent la Première ministre Judith Suminwa, le vice‑premier ministre en charge de l’Économie Mukoko Samba, le ministre d’État en charge de la Justice Guillaume Ngefa, le ministre de la Communication Patrick Muyaya, l’ambassadeur de Chine Zhao Bin et l’inspecteur général des finances honoraire Jules Alingete. Cette diversité témoigne du double enjeu du forum: affirmer une stratégie de communication nationale tout en renforçant les compétences professionnelles des médias.
Ateliers et débats : de la technique au récit
Le programme conjugue débats de haut niveau et ateliers pratiques. Il s’agira, d’un côté, d’apprendre à couvrir des projets d’infrastructure sans sombrer dans le simplisme promotionnel ; de l’autre, de questionner les méthodes de valorisation des retombées locales et d’explorer l’apport des nouvelles technologies à la production journalistique. Au‑delà des bonnes intentions, l’ambition est de créer des routines éditoriales nouvelles: vérification des faits, mise en perspective économique, suivi des impacts sociaux et environnementaux, et pédagogie envers le public.
Au fond, le Forum médias RDC‑Chine pose une question lourde de sens: qui tient la plume sur l’histoire congolaise? Dans un continent où les récits influent sur les investissements et les perceptions internationales, la maîtrise de la narration devient un levier stratégique. Le forum vise à constituer un réseau sino‑congolais de professionnels capables d’imprimer une vision nuancée et ancrée localement, susceptible de peser autant sur l’opinion nationale qu’à l’étranger.
Pour autant, ce chantier n’est pas exempt de tensions. Faire valoir les bénéfices des projets chinois ne doit pas effacer la nécessité d’une presse indépendante capable d’enquêter sur les effets sociaux, environnementaux et économiques. Le défi consiste à conjuguer formation, coopération et éthique journalistique: renforcer les compétences sans aliéner l’indépendance professionnelle. Le forum sera, à cet égard, une première tentative pour poser des garde‑fous et des standards partagés.
Un premier acte aux conséquences durables
Au terme des deux jours, l’enjeu dépassera la simple réussite logistique: il s’agira d’évaluer si Kinshasa parvient à amorcer une nouvelle manière de raconter son développement, moins dépendante des narratifs externes et plus attachée à ses réalités locales. Si le Forum médias RDC‑Chine tient ses promesses, il pourrait installer des pratiques éditoriales durables et offrir aux Congolais une lecture plus complète et plus souveraine de leur propre transformation.
Sinon, il risque de n’être qu’un épisode de plus dans la longue série des grands rendez‑vous de communication sans lendemain. Quoi qu’il en soit, la marque de l’évènement est posée: la République démocratique du Congo entend désormais être actrice de son récit, et non plus seulement sujet des histoires écrites ailleurs. Le défi reste d’ampleur -technique, éthique et politique- mais la première édition du forum ouvrira sans doute la porte à une redéfinition du paysage médiatique congolais.

