
Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité, Aimé Sakombi Molendo, a lancé le premier appel à projets du Fonds Mwinda ce mercredi 17 septembre au fleuve Congo Hôtel à Kinshasa. Cet événement a eu lieu en présence de représentants de la Banque Mondiale, de la Global Energy Alliance for People and Planet -GEAPP- et d’autres partenaires techniques et financiers.
Établi en 2020 et doté de 5 millions USD en 2021, le Fonds Mwinda est géré par l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieu rural et périurbain -ANSER. «En 2021, alors que beaucoup douteaient de son avenir, le Président de la République a fait un geste fondateur en y investissant 5 millions de dollars, un acte qui a insufflé une nouvelle vie au Fonds Mwinda. Cinq ans plus tard, grâce à sa vision et à l’engagement de nos partenaires, cette idée devient réalité», s’est félicité Cyprien Musimar Ndele, Directeur général de l’ANSER.
Le Fonds Mwinda repose sur quatre leviers principaux: des subventions de démarrage, des subventions basées sur les résultats, des mécanismes de partage des risques, et des appels à projets compétitifs. «Le Fonds Mwinda n’est pas simplement un mécanisme financier. Il représente une source de progrès, un outil fiable et transparent visant à transformer la vie de millions de Congolais», a ajouté le DG Musimar.
Au-delà d’une simple cérémonie, Sakombi Molendo a annoncé avec cet appel à projets l’avènement d’une époque où l’électricité est perçue comme un «droit fondamental, une ressource concrète et une source de dignité pour les communautés rurales de la RD-Congo», suscitant ainsi de l’espoir dans un pays où l’accès à l’électricité, pourtant essentiel pour le développement, demeure un des défis les plus pressants. Alors que la RD-Congo possède un potentiel électrique immense, son taux d’électrification est inférieur à 25 %, et seulement 2 % en milieu rural. «Ces statistiques ne sont pas de simples chiffres alarmants, elles reflètent une réalité difficile qui appelle à l’action. Elles indiquent l’ampleur du défi, mais aussi l’immensité des possibilités qui nous attendent», a déclaré Sakombi Molendo.
À travers cette initiative, le gouvernement souhaite «ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire énergétique du Congo, basé sur la transparence, la collaboration et l’investissement».
Un fonds multibailleurs
Avec le Fonds Mwinda, le gouvernement, soutenu par des partenaires techniques et financiers, aspire à tripler le taux d’électrification. Cette ambition s’inscrit dans le cadre d’un compact énergétique national qui vise à dépasser le seuil symbolique de 50 % d’électrification d’ici 2030. «Dans ce contexte dynamique, le Fonds Mwinda se positionne en acteur clé. Il a été conçu comme un instrument financier national, agissant comme un catalyseur pour l’électrification rurale et périurbaine», a poursuivi Molendo. Voulu comme un mécanisme «transparent et crédible qui dépasse la simple notion de fonds», Mwinda vise à devenir le pilier de la politique énergétique nationale, sous une gouvernance qui «assume ses responsabilités tout en incitant ses partenaires à investir ensemble dans l’avenir énergétique». En cinq ans, le Fonds Mwinda a progressé, bénéficiant d’un soutien stratégique de la Banque mondiale. Toutefois, le gouvernement espère élargir un portefeuille actuellement estimé à plus de 20 millions de dollars en fonds propres, avec une enveloppe supplémentaire d’environ 50 millions de dollars déjà mobilisés. «Le Fonds Mwinda est un fonds multibailleurs, et c’est en rassemblant les forces du secteur privé, des partenaires internationaux et de l’État que nous atteindrons nos objectifs», a exhorté Sakombi.
Un engagement présidentiel au cœur du PAG
Le lancement de ce premier appel à projets marque l’aboutissement d’une «vision patiemment élaborée» depuis 2020, peu après l’accession du président Tshisekedi au pouvoir. Ce dernier s’était engagé à promouvoir l’électricité comme un «droit citoyen inaliénable», cherchant à corriger l’incohérence qui avait transformé ce service de base en un «privilège réservé aux grands centres urbains».
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a bénéficié du concours de nombreuses parties prenantes, visant à bâtir un «Congo énergétiquement inclusif». «Le Fonds Mwinda doit aujourd’hui alléger cette vision pour en faire une réalité tangible, apportant une lueur d’espoir à toutes nos communautés», a affirmé le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité.
En 2023, alors qu’il se prépare à solliciter un second mandat, le président Tshisekedi s’est engagé à garantir «un meilleur accès aux services de base» afin de réduire progressivement les disparités géographiques entre les zones urbaines et rurales, les provinces, ainsi qu’entre grandes et petites villes en ce qui concerne l’accès à l’éducation, à la santé, à l’électricité, etc. Cet engagement fait partie intégrante du Programme d’actions du gouvernement -PAG. Le pilier 4 du PAG envisage notamment de diversifier les sources de production d’énergie pour réduire la dépendance à l’hydroélectricité et à la biomasse.
«Pour concrétiser ces objectifs, des mesures incitatives ont été mises en place», a rappelé Sakombi. Ces mesures incluent la libéralisation du marché en faveur des opérateurs privés, une tarification suffisamment attrayante, l’assurance d’un cadre légal stable, des incitations fiscales et douanières pour les projets d’énergies renouvelables, ainsi que la facilitation du déploiement de mini-réseaux ruraux.
Pour le gouvernement, le message est clair: «L’accès à l’électricité ne doit plus être un privilège réservé aux grandes villes». La RDC entend se positionner comme un acteur majeur de la transition énergétique en Afrique. Avec un marché encore embryonnaire riche en «opportunités», le DG de l’ANSER a encouragé les opérateurs et les investisseurs à saisir cette chance. «Ensemble, changeons la narration de l’histoire énergétique du Congo. Écrivons ensemble ce nouveau chapitre», a-t-il lancé.
Cet appel a été relayé par Didier Tsasa, spécialiste principal en énergie à la Banque mondiale et responsable du projet AGREE. En saluant la politique novatrice du gouvernement qui n’a pas attendu les bailleurs pour débloquer des fonds pour le Fonds Mwinda, il a appelé d’autres partenaires à se joindre à ce Fonds «multibailleur». «Tout le monde est le bienvenu, la Banque mondiale ne pourra pas seule atteindre l’objectif fixé par le gouvernement de tripler l’accès à l’électricité dans le pays», a-t-il déclaré. Il a également lancé un autre appel : «Aux opérateurs, d’être réactifs dans la souscription et aux gestionnaires de crédits d’être prompts».
Lyza Onema, représentante de la GEAPP, s’est réjouie d’un «grand pas» porteur d’une concrète espérance de voir l’électricité atteindre les villages les plus isolés de la RDC. Selon elle, «chaque foyer électrifié est une victoire pour l’équité». Du côté du gouvernement, l’engagement a été pris pour s’assurer que chaque acteur, qu’il soit public, privé, national ou international, trouve sa place dans le paysage énergétique du pays, dans un esprit de «synergie et de transparence».
WIDAL