
C’est une sortie qui fait jaser. Dans une tribune au ton très direct, Zéphyr Kaninda Mukanya, ancien président de la Ligue de football des jeunes de la République Démocratique du Congo et journaliste sportif, fustige les premières prises de parole internationales de Véron Mosengo-Omba, le président contesté de la FECOFA. Le constat est dressé en deux temps sur France 24 et TV5 Monde: Gianni Infantino omniprésent, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et Didier Budimbu aux oubliettes. Or, rappelle l’auteur, la chronologie est têtue. Véron Mosengo-Omba a été élu à la tête de la fédération le 20 mai 2026.
La qualification historique des Léopards pour la Coupe du monde 2026, après 52 ans d’absence, a été acquise plusieurs semaines auparavant. La nouvelle équipe fédérale n’en est donc pas l’artisan. «Cette qualification ne commence pas le 20 mai 2026», écrit Kaninda. Elle est le fruit d’une chaîne collective où l’implication du chef de l’État, son soutien aux joueurs, les moyens mobilisés par les pouvoirs publics et le rôle du ministre des Sports dans l’accompagnement des comités de normalisation et des supporters ont été, selon lui, «visibles» et «reconnus par les joueurs eux-mêmes». D’où sa question: pourquoi ce silence? Mais la charge va plus loin que l’omission.
Zéphyr Kaninda accuse Mosengo-Omba d’une seconde ruse: s’arroger un rôle de porte-voix de l’Afrique face à Europe dans le débat sur la gouvernance du football mondial, pour mieux défendre le projet Infantino et sa promesse de «20 millions de dollars par an» pour la République Démocratique du Congo. Une posture sans mandat, estime le tribun. Ni la CAF, ni les fédérations africaines, ni Kinshasa ne l’ont mandaté pour opposer les continents. «Il existe une différence entre défendre un partenariat avec la FIFA et donner l’impression que l’avenir du football congolais dépend principalement d’un homme installé à Zurich», tranche Kaninda.
Pour lui, le vrai débat n’est pas de savoir s’il faut célébrer Infantino, mais qui finance quoi, qui contrôle, et avec quelles garanties de transparence. Le mandat de Mosengo-Omba, conclut-il, ne se jugera pas à Zurich, mais à Kinshasa: sur les clubs, les ligues, les jeunes, les infrastructures et la gouvernance.
Véron Mosengo à l’international: Infantino célébré, Tshisekedi et Budimbu aux oubliettes
Deux sorties médiatiques sur des chaînes francophones de premier plan, France 24 et TV5 Monde, et une impression qui revient avec insistance: dans le discours international de Véron Mosengo-Omba, Gianni Infantino occupe une place centrale. Le président de la FECOFA assume sa proximité avec le patron du football mondial, défend son action et explique pourquoi il entend accompagner son projet. Mais lorsqu’il s’agit de raconter le retour historique de la République démocratique du Congo à la Coupe du monde 2026, un autre constat interpelle: les noms de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et de Didier Budimbu semblent beaucoup moins présents, sinon absents, du récit dans le récit de Véron. Or, cette qualification ne commence pas le 20 mai 2026.
Une qualification acquise avant l’arrivée de la nouvelle équipe de la FECOFA
Il existe d’abord une réalité chronologique qu’il est difficile de contourner. Véron Mosengo-Omba a été élu à la présidence de la FECOFA le 20 mai 2026. La RDC, elle, avait obtenu sa qualification pour la Coupe du monde plusieurs semaines auparavant. La nouvelle direction fédérale n’est donc pas à l’origine de la qualification. Cela ne signifie évidemment pas qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans la préparation de la sélection, dans son accompagnement ou dans sa participation à la phase finale du Mondial. Mais cela signifie simplement qu’il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Et dans cette histoire, l’implication du président de la République ne peut raisonnablement être passée sous silence. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo s’est personnellement impliqué dans l’accompagnement des Léopards. Sa présence autour de l’équipe, son soutien aux joueurs et les moyens mobilisés par les pouvoirs publics ont été visibles tout au long de cette campagne. Cette implication n’est d’ailleurs pas uniquement une lecture politique. Elle a été reconnue à plusieurs reprises par des joueurs et des membres de l’encadrement de la sélection.
Après son élection à la tête de la FECOFA, Véron Mosengo-Omba avait lui-même été reçu par le chef de l’État, qui lui avait assuré du «plein soutien» de l’État à la nouvelle équipe dirigeante.
Pourquoi ce silence?
C’est précisément là que se situe le malaise. Véron Mosengo-Omba pouvait naturellement parler de Gianni Infantino. Il pouvait défendre la FIFA, expliquer les réformes qu’il souhaite mener à la FECOFA et présenter sa vision du football congolais. Mais pourquoi, dans le même récit, ne pas rappeler également l’implication du président de la République et du gouvernement dans l’accompagnement des Léopards?
Est-ce un simple oubli?
Si c’est le cas, il est encore temps de le corriger. Car lorsqu’un dirigeant sportif congolais s’adresse à une audience internationale pour parler de l’une des plus grandes réussites récentes du sport national, son récit devrait être suffisamment complet pour restituer la dimension collective de cette aventure. Une intervention sur France 24 ou TV5 Monde n’est pas une conversation ordinaire. Chaque mot compte. Chaque nom cité compte. Et chaque omission peut être interprétée. Le président de la FECOFA gagnerait donc à mieux préparer ses interventions internationales avec son équipe de communication.
Infantino, oui. Mais la RDC d’abord
Le soutien de Véron Mosengo-Omba à Gianni Infantino peut parfaitement être assumé. Le président de la FIFA constitue un partenaire important pour la RDC. Son accompagnement annoncé des réformes de la FECOFA, ainsi que la perspective d’une visite à Kinshasa, notamment autour du futur centre technique de la Fédération, peuvent naturellement être présentés comme des opportunités.
Mais il existe une différence entre défendre un partenariat avec la FIFA et donner l’impression que l’avenir du football congolais dépend principalement d’un homme installé à Zurich. À un moment donné, le débat doit revenir à la RDC.
Lorsque le président de la FECOFA explique que le projet porté par Gianni Infantino pourrait permettre de générer environ 20 millions de dollars par an, une question fondamentale se pose: quel modèle de financement veut-on réellement construire pour le football congolais? Car il ne suffit pas d’annoncer un montant. Il faut savoir d’où viendront les ressources, qui les contrôlera, comment elles seront distribuées et quels résultats seront exigés en contrepartie. Le véritable débat n’est donc pas seulement financier. Il est aussi institutionnel et même, dans une certaine mesure, souverain. Le développement du football congolais doit-il être pensé d’abord à Kinshasa, avec les ressources et les institutions nationales, ou dépendre principalement de financements et de programmes venus de l’extérieur? La question mérite d’être posée.
Et Budimbu?
Dans cette séquence, une autre absence interpelle: celle de Didier Budimbu. Le ministre des Sports et Loisirs a lui aussi été associé à la dynamique institutionnelle qui a accompagné les Léopards durant cette période. Il était au centre de l’action menée aux côtés du chef de l’État et a notamment apporté son soutien aux différents comités de normalisation qui se sont succédé à la tête de la FECOFA. Son nom aurait donc naturellement pu apparaître dans un récit consacré à l’environnement institutionnel ayant entouré le parcours de la sélection nationale. Il ne s’agit pas ici de distribuer artificiellement les mérites. Une qualification historique appartient-elle à une seule institution? À un seul dirigeant? À une seule génération? Évidemment non. Elle est le résultat d’une chaîne d’actions: les joueurs, le staff technique, la Fédération, les dirigeants sportifs, les pouvoirs publics, le ministère des Sports, la Présidence de la République et, au-delà, toute une population mobilisée derrière son équipe nationale.
«20 millions de dollars»: la vraie question
La déclaration de Véron Mosengo-Omba sur les 20 millions de dollars annuels mérite donc d’être examinée avec sérieux. Si le président de la FECOFA estime qu’un tel niveau de ressources est nécessaire pour bâtir un football congolais solide, alors le débat doit être ouvert.
Qui doit financer quoi? Avec quelles garanties? Quel rôle pour la FIFA? Quel rôle pour l’État? Quelle contribution du secteur privé? Et surtout: quelles garanties de transparence et de bonne gouvernance?
Le football congolais a besoin de beaucoup plus que de ressources financières. Il a besoin de compétitions régulières, d’infrastructures fonctionnelles, de centres de formation, d’un véritable système de détection et d’encadrement des jeunes, d’un arbitrage crédible et d’une administration fédérale capable de gérer durablement ses ressources. C’est là que le mandat de Véron Mosengo-Omba sera réellement jugé.
Le président de la FECOFA doit aussi regarder vers Kinshasa
Le parcours international de Véron Mosengo-Omba et ses relations avec les dirigeants de la FIFA constituent incontestablement un atout pour la RDC. Mais cet atout ne prendra véritablement son sens que s’il produit des résultats visibles sur le terrain. La proximité avec Gianni Infantino peut ouvrir des portes. Elle ne peut toutefois pas constituer, à elle seule, une politique de développement du football congolais. Aucun dirigeant international n’est éternel. Aucun partenariat ne garantit automatiquement des résultats. Et aucun mandat fédéral ne peut être évalué uniquement à travers la proximité avec les puissants du football mondial. Ce sont les résultats obtenus en RDC qui jugeront le mandat. Il faudra donc regarder vers Zurich, certes. Mais surtout vers Kinshasa. Vers les clubs. Les ligues. Les jeunes. Les entraîneurs. Les arbitres. Les infrastructures. Les compétitions. Et la gouvernance de la Fédération.
Il faudra également se souvenir que la qualification historique de la RDC au Mondial 2026 est le fruit d’une histoire collective et d’un processus engagé avant l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante de la FECOFA. Dans cette histoire, le rôle des joueurs et du staff est évident. Celui de la Fédération l’est également. Mais l’implication du président de la République et de son gouvernement mérite elle aussi d’être racontée. Infantino peut être célébré. C’est légitime. Mais Tshisekedi et Budimbu ne devraient pas être oubliés. Car lorsqu’on raconte le retour de la RDC à la Coupe du monde après 52 ans, il faut raconter toute l’histoire.
Zéphyr KANINDA MUKANYA
