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Fecofa: neuf candidats pour un trône

Neuf candidats se sont jetés dans l’arène pour prendre les commandes de la Fédération congolaise de football association – FECOFA. La journée du mardi 21 avril aura été longue et riche en émotions à la maison du football, sise avenue de la Justice. Surprises et rebondissements au rendez-vous : sept candidatures ont été formalisées, offrant au scrutin du 20 mai une saveur particulière. Sans surprise, Bosco Mwehu, Patrice Mangenda ou encore Jean-Claude Mukanya sont candidats. La surprise du jour est signée Shabani Nonda, alors que Veron Mosengo a longtemps fait durer le suspense avant de franchir le perron du siège de la FECOFA.

Candidat le plus attendu et le plus controversé, Veron Mosengo, ancien secrétaire général de la CAF, a été l’avant-dernier à signer son acte de candidature peu avant 23 heures. Dans les milieux sportifs, son nom a longtemps alimenté les débats, entre éligibilité et timing. L’homme présente certes l’atout de l’expérience continentale et des liens institutionnels. Mais l’épineuse question de conformité au cadre réglementaire international et aux exigences du cadre national pourrait vite le rattraper.

Parmi les éléments discutés figure l’éventuel soutien du président de la République, soulevant des interrogations sur l’indépendance et la transparence des dynamiques autour de l’élection. Ses détracteurs brandissent également sa supposée nationalité suisse, alors que le processus est exclusivement réservé aux détenteurs de la nationalité congolaise.

D’autres évoquent sa récente casquette de secrétaire général de la CAF avec obligation de résidence permanente au Caire. N’ayant pas le don d’ubiquité, Mosengo ne pouvait pas en même temps être à Kinshasa pendant la même période, comme l’exigent les statuts de la FECOFA. Sous réserve de validation de sa candidature, l’ami de Gianni Infantino entend transformer la FECOFA en paradis, selon ses propres mots.

Mosengo, une candidature en quatre principes

Après avoir abattu ses cartes, il a d’ailleurs annoncé les couleurs en esquissant les grandes lignes de son projet, axé sur la gouvernance et la relance du football congolais. «Si nous sommes élus, nos actions s’inscriront dans quatre principes : la transparence, l’intégrité, la responsabilité et la redevabilité», a-t-il déclaré.

Ses priorités sont déjà établies. Il s’agit notamment de «restaurer la bonne gouvernance et la crédibilité» du football, de «stabiliser» les ligues, les clubs et les équipes nationales, mais aussi d’«investir» dans la formation et la jeunesse dans toutes les provinces. «On doit travailler avec le gouvernement pour rénover nos stades et offrir de meilleures conditions», a-t-il ajouté.

La décentralisation du football est également envisagée sous l’ère Mosengo, convaincu que «les 26 provinces sont des terres de talent». Mais en face, l’opposition est de taille. Si Mosengo revendique l’avantage des connexions institutionnelles, bon nombre de ses adversaires ont l’avantage du réseau local où se joue réellement l’élection.

Deux ex-capitaines des Léopards en embuscade

«Le football aux footballeurs». Ce slogan longtemps porté par d’anciennes gloires du football en République Démocratique du Congo a peut-être trouvé du répondant avec le processus électoral actuel à la Fédé. Plusieurs anciens Léopards se sont alignés dans diverses listes. Parmi eux, Shabani Nonda.

L’ancien capitaine de la sélection nationale  -aujourd’hui quadragénaire-  a franchi le pas au dernier jour des dépôts de candidatures, après plusieurs mois d’hésitations, répondant favorablement à la demande d’une partie de l’opinion sportive. En troquant sa culotte de footballeur qu’il a fièrement portée entre 2000 et 2008, la vieille étoile espère surfer sur son aura internationale pour décrocher le graal. Dans les couloirs des ligues, l’on attend d’être séduit par le projet Nonda.

Son programme, baptisé D2R, entend «Développer, Renforcer et Réformer». Une fois élu à la tête de la FECOFA, la légende prévoit d’initier un vaste chantier de développement du football à la base. Le deuxième axe de son plan concerne les infrastructures sportives qu’il compte renforcer avec l’ambition de doter chaque province de cadres dignes de la pratique moderne du football. Le dernier axe et le plus important de son action concerne la réforme.

De l’organisation du football dans le pays au management, Nonda veut tout relooker. Toutefois, l’idée n’est pas de jeter l’enfant avec l’eau du bain. Le célèbre numéro 18 des Simbas veut miser sur les récents succès des Léopards, qualifiés pour la prochaine Coupe du monde, pour bâtir la nouvelle FECOFA.

Un ancien capitaine en appelle un autre. Fort de son étoffe d’ancien président de l’Union des footballeurs RD-congolais, le syndicat des joueurs dont il est le pionnier, Jean-Claude Mukanya a aussi l’ambition d’apporter sa pierre à la FECOFA. Également ancien sélectionneur national dans la catégorie des jeunes, Mukanya est un profil sérieux.

Bâtisseur discret, il s’est imposé comme l’un des artisans de la mise en place d’un cadre de représentation pour les joueurs RD-congolais. Son nom n’est pas forcément le plus connu du grand public, mais dans les cercles du football, il renvoie à la défense des intérêts des premiers acteurs du football, c’est-à-dire les joueurs.

Contrairement à d’autres anciens joueurs, Mukanya a réussi le pari d’une reconversion plus technique, dans une logique de travail en profondeur. Cette posture lui a permis de poser les bases d’une organisation appelée à défendre les droits des joueurs. Aujourd’hui encore, son parcours illustre une autre manière d’exister dans le football, pas seulement par les exploits sur le terrain, mais aussi par la capacité à organiser, représenter et défendre.

Makukula, l’enfant prodigue

Premier à se lancer dans la course, Aziz Makukula présente un profil atypique. Ancien attaquant passé par plusieurs clubs européens et international portugais, Makukula doit notamment s’affranchir de son passé controversé. Malgré son poste d’ambassadeur du football RD-congolais sous Constant Omari, il traîne la réputation de ce binational qui a décliné l’offre de devenir Léopard pour évoluer sous les couleurs portugaises.

Plus de dix ans après, cette décision suscite encore incompréhension et critiques au pays. Pour beaucoup, ce refus de porter le maillot de la République Démocratique du Congo reste une fracture symbolique, difficile à effacer, surtout dans un contexte où l’attachement à la nation demeure un critère fort de légitimité. Mais le réduire à ce seul épisode serait passer à côté d’une autre réalité. Son parcours européen lui confère une expérience du football professionnel structuré, des standards internationaux et des exigences de haut niveau.

Autant d’atouts qu’il pourrait chercher à transposer dans la gestion du sport roi, en rupture avec certaines pratiques locales souvent décriées. Là où certains mettent en avant leur ancrage local ou leur histoire avec les Léopards, Makukula joue la carte de l’ouverture, de l’expertise acquise à l’étranger et d’une vision potentiellement plus globalisée du football. Reste que le poids du passé ne disparaît jamais complètement, surtout dans une élection où l’émotion, l’identité et la perception comptent autant que les projets.

Bosco Mwehu, le candidat du sérail

Grand favori des clubs, Bosco Mwehu est attendu au tournant. Longtemps perçu comme un homme d’influence évoluant dans les coulisses, celui qui dirige la Ligue nationale de football depuis octobre 2017 entend dupliquer son modèle de réussite, cette fois-ci sans avoir les mains liées. C’est en tout cas ce qu’avance son cercle privé.

Dernier survivant de l’ère Omari, il incarne une figure bien particulière dans cette élection. Présenté par certains comme «candidat du sérail», il pourrait s’appuyer notamment sur sa proximité avec les clubs et les ligues provinciales avec qui il a longtemps travaillé dans l’implémentation des réformes du football à la base.

Contrairement aux autres prétendants issus du terrain ou portés par leur aura d’anciens internationaux ou de collaborateurs dans la gestion, Mwehu appartient à l’univers interne du football national de premier plan. Avocat de carrière et cadre à l’Office Congolais de Contrôle – OCC -, le candidat Mwehu pourrait surtout s’appuyer sur son parcours dans la continuité des dynamiques. Toutefois, sa proximité avec l’ancien système peut être perçue comme un couteau à double tranchant.

D’un côté, il peut se targuer de maîtriser les codes du football à la congolaise. Connaître les acteurs et comprendre les rapports de force sont des éléments qui devraient certainement peser à l’heure de convaincre les électeurs. Là où des concurrents doivent encore tisser leur réseau, Mwehu part avec un capital relationnel déjà structuré. Mais selon certaines indiscrétions, cette étiquette d’«Omariste» soulève aussi des interrogations, alors que certains décideurs ne jurent que sur une «tabula rasa».

Moins médiatique, mais potentiellement plus ancré dans les réalités internes et plus pragmatique, Mwehu pourrait séduire ceux qui privilégient la stabilité et la maîtrise des dossiers. Mais il devra surtout s’affranchir d’une ombre encombrante pour obtenir les 35 voix nécessaires pour décrocher la lune.

Mangenda et les outsiders

À côté de ces cinq favoris, quatre outsiders tenteront de tirer leur épingle du jeu. En tête de liste, Patrice-Rainier Mangenda. Ancien secrétaire général adjoint sous Omari, «Pathou Mangenda» aura du mal à s’affranchir de l’étiquette de l’ancien patron. Moins exposé que le quinté de tête, il incarne le profil d’un homme de réseaux, de gestion et de stratégie.

Contrairement aux anciens internationaux qui capitalisent sur leur notoriété, Mangenda peut insister sur le côté institutionnel. Son parcours le place davantage du côté des acteurs qui connaissent les rouages internes du football RD-congolais, ses circuits décisionnels internes et externes ainsi que ses rapports de force. Pareille position peut constituer un avantage dans un scrutin où la maîtrise des mécanismes électoraux est déterminante.

Sa discrétion peut tout autant rassurer certains acteurs en quête de stabilité, mais aussi limiter son impact auprès d’une opinion publique souvent sensible aux figures charismatiques. Face à des candidatures portées par des noms forts, Mangenda apparaît comme un outsider structuré. Un candidat qui ne fait pas de bruit, mais qui pourrait peser dans les calculs, notamment à travers les alliances et les soutiens qu’il parviendra à mobiliser.

Au fond, sa présence dans cette course rappelle que dans le football national, le pouvoir ne se gagne pas uniquement sur la popularité, mais aussi sur la capacité à comprendre et à maîtriser le système. Comme lui, Jean-Didier Masamba, un autre maillon du système Omari, a également postulé. Ancien vice-président, il incarne une candidature de fond, construite sur la discrétion, les compétences et la stratégie plutôt que sur la notoriété. Son profil renvoie à une connaissance des mécanismes internes. «Ceux qui ne connaissent pas Jean Didier Masamba auront le temps de nous connaître. Je vous l’ai bien dit, il y a une étape pour chaque chose. Attendez le temps de la campagne», a-t-il promis.

Jean-Max Mayaka et Kevin Issa complètent cette liste. Le premier est un dirigeant connu dans les milieux du football, passé par DCMP et Renaissance. Il a également effectué un crochet à la FECOFA. Cette longévité lui confère quelques arguments, mais l’inscrit aussi dans un système que d’aucuns appellent aujourd’hui à renouveler. Pour ses soutiens, cette expérience constitue un avantage, mais pour ses détracteurs, elle pose la question du renouvellement réel des pratiques. Kevin Issa, de son côté, se présente comme le candidat de la nouvelle garde, celui qui veut apporter la rupture. Une sorte de consensus entre les pro-Omari et les pro-tabula rasa. Dans les rouages de la Fédé depuis 2014, Issa est initiateur de plusieurs camps de détection des jeunes.

Un de ces 9 candidats va prendre la tête de la FECOFA pour les quatre prochaines années et ainsi succéder à Constant Omari, qui a démissionné en avril 2021. Depuis son départ, l’instance faîtière du football congolais est entrée dans une zone de turbulences sans précédent, faite d’intérim de Donatien Tshimanga et de normalisation sans issue. Cependant, cette liste pourrait vite être réduite. En effet, la Commission électorale doit encore traiter les dossiers reçus pour juger de leur éligibilité. Un chemin encore fastidieux, en attendant l’élection du 20 mai.

WIDAL
Triomphe EFONGE

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