
À Kingabwa, mercredi 18 mars 2026, Jean‑Marc Kabund‑a‑Kabund a reçu une délégation de l’ambassade des États‑Unis pour un entretien venu s’ajouter à une série de consultations bilatérales menées par le leader de l’Alliance pour le changement -A.Ch. La rencontre, sobre mais dense, a mis en lumière l’urgence humanitaire et sécuritaire qui ensanglante l’Est de la République démocratique du Congo et la conviction de Kabund qu’il faudra plus que des opérations militaires pour tourner la page.
L’ancien premier vice‑président de l’Assemblée nationale a dressé un portrait sans fard des civils «pris au piège» des affrontements: villages désertés, déplacements massifs, et des mécanismes de protection qu’il juge aujourd’hui insuffisants face à la prolifération des groupes armés. Il a appelé la communauté internationale à intensifier son engagement pour stopper l’hémorragie humaine et garantir un accès humanitaire effectif dans les provinces touchées.
Mais au‑delà de l’urgence, c’est la solution politique que Kabund veut placer au centre du débat. Pour lui, la réponse militaire, même si elle demeure nécessaire pour rétablir un minimum de sécurité, ne suffira pas à stabiliser durablement la région. D’où son appel à l’ouverture d’un «dialogue politique global et inclusif» visant à traiter les causes profondes du conflit -fragmentation politique, questions foncières, accès aux ressources et déficit de gouvernance- en impliquant toutes les forces vives de la nation.
Ce propos n’est pas une simple posture rhétorique: il s’inscrit dans une stratégie de pression diplomatique qui combine consultations avec les partenaires étrangers et plaidoyer interne. Kabund veut que le dialogue ne soit pas seulement symbolique, mais assorti de garanties concrètes -mise en place de mécanismes de protection renforcés, facilitation de l’aide humanitaire, et feuille de route politique susceptible d’aboutir à des engagements de réformes et de réconciliation.
Reste à savoir qui siègera à la table: l’éclatement des acteurs armés et la défiance entre acteurs politiques risquent de rendre les négociations ardues. La présence des diplomates américains à Kingabwa rappelle que Washington suit de près l’évolution de la crise congolaise et que les partenaires extérieurs peuvent jouer un rôle de médiation et de levier financier et politique. Pour Kabund, la mobilisation internationale doit servir à soutenir un processus con-politique inclusif, tout en exerçant une pression pour protéger les civils et garantir la mise en œuvre des décisions prises.
Si l’appel au dialogue de Jean‑Marc Kabund rencontre un écho, la route sera longue: reconstruire la confiance, définir un cadre acceptable par tous et neutraliser les groupes spoilers exigera du temps, des garanties et une coordination internationale soutenue. Quoi qu’il en soit, cette rencontre à Kingabwa souligne une certitude partagée par de nombreux observateurs : sans un volet politique ambitieux, toute solution militaire restera incomplète.
Hénoc AKANO

